Montpellier ressuscite Le Baiser de la Fée d'Akimenko sous la baguette de Kirill Karabits
Annoncée dans la saison 2026-2027 dévoilée hier par Valérie Chevalier, la création mondiale de l'opéra du compositeur ukrainien Théodore Akimenko (1876-1945), endormi dans son manuscrit depuis plus d'un siècle, sera donnée à l'Opéra Comédie les 22, 23 et 27 décembre 2026. À la baguette : Kirill Karabits, défenseur passionné de l'œuvre du maître de Kharkiv.
Voilà l'un des événements lyriques majeurs de la prochaine saison française. À l'occasion du 150ᵉ anniversaire de la naissance de Théodore Akimenko (1876-1945), l'Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie porte sur scène la création mondiale de son opéra Le Baiser de la Fée — sous-titré La Reine des glaciers (et ses fées) —, ouvrage fantastique en un prologue et trois actes composé en 1914, dont le manuscrit dormait depuis plus d'un siècle. Le livret de Michel Dimitri Calvocoressi s'inspire librement de La Vierge des glaces de Hans Christian Andersen, conte alpin que Stravinsky devait également mettre en musique en 1928 pour son propre Baiser de la fée. Curieuse coïncidence : Stravinsky fut justement, dans ses jeunes années à Saint-Pétersbourg, l'élève d'Akimenko, son tout premier professeur de composition.
Car Théodore Akimenko n'est pas un compositeur de seconde main que l'on exhume par curiosité d'archiviste. Né à Kharkiv, élève à Saint-Pétersbourg de Balakirev, Liadov et Rimsky-Korsakov, héritier direct du romantisme russe le plus raffiné, il fut un pédagogue reconnu, directeur du Conservatoire de Tiflis, professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg de 1903 à 1914, puis exilé après la Révolution — d'abord à Prague, puis à Paris où il mourut en janvier 1945. Sa fin de vie est marquée par un retour assumé aux sources ukrainiennes de son inspiration. Voix lyrique singulière, parfois comparée à Scriabine ou Grechaninov, son corpus pour piano, sa musique de chambre et son orchestre demeurent un continent à découvrir — et à entendre absolument.
C'est précisément le combat que mène Kirill Karabits depuis plusieurs saisons. Le chef ukrainien, ancien directeur musical du Bournemouth Symphony Orchestra, avait déjà créé en novembre 2022 à Poole et Portsmouth le Concerto pour violoncelle d'Akimenko, lui aussi resté un siècle dans les rayons d'une bibliothèque parisienne. Karabits le résume ainsi : « un compositeur important et complètement oublié, dont la musique mérite assurément qu'on s'y intéresse. » Avec Le Baiser de la Fée à Montpellier, il franchit une étape supplémentaire dans ce travail patient de réhabilitation : la rencontre avec la scène lyrique.
La production est confiée au jeune collectif italien Opera Popolare, lauréat du Ring Award 2025 et en résidence à l'Opéra Orchestre. La mise en scène de Giorgio Pesenti, dans des décors et costumes de Giulia Bruschi et Riccardo Mainetti, déploie un univers visuel hybride mêlant prises de vue réelles, théâtre d'objets et jeu vidéo. Sur le plateau, le ténor polonais Maciej Kwaśnikowski chante Rudy, entouré de Norma Nahoun (Babette), Charlotte Bonnet (La Reine), Armando Noguera (le meunier) et le Chœur et l'Orchestre national Montpellier Occitanie.
L'œuvre, chantée et surtitrée en français, constitue avec Hôtel Moctezuma de Diana Syrse l'une des deux créations mondiales annoncées dans une saison qui compte quatorze propositions lyriques. À ne pas manquer.