Morton Feldman : invariable de loin, divergent de près
Piano, Violin, Viola, Cello. Morton Feldman (1926-1987). Nieuw Amsterdams Peil. 69’03". 2024. Livret : anglais. trptk. TTK 0127.
Piano, Violin, Viola, Cello. Morton Feldman (1926-1987). Nieuw Amsterdams Peil. 69’03". 2024. Livret : anglais. trptk. TTK 0127.
Victor Aviat. Un portrait. Robert Schumann (1810-1856) : Trois Romances op. 94 ; Fantasiestücke op. 73 ; Fünf Stücke im Volkston op. 102 ; Adagio et Allegro en la bémol majeur op. 70 ; Abendlied op. 85 n° 12. Victor Aviat (1982-2025) : 17 chansons. Victor Aviat, hautbois, hautbois d’amour, piano et chant ; Kim Barbier, piano ; Bruno Delepelaire, violoncelle ; Zoltán Szöke, cor ; Naomi Shaham, contrebasse. 2024. Notice en français et en anglais. Textes des chansons avec traduction anglaise. 120’ 30’’. Un coffret de deux CD Alpha 1232.
Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Partitas no 1 en si bémol majeur, no 2 en ut mineur, no 3 en la mineur, no 4 en ré majeur, no 5 en sol majeur, no 6 en mi mineur BWV 825-830. Céline Frisch, clavecin. Livret en français, anglais, allemand. Août 2024. Digipack cartonné deux CD 76’22’’+ 75’54’’. Alpha 1138
Deux parties bien distinctes au programme de ce récital du rare et précieux pianiste polonais à la Philharmonie de Paris.
Tout d'abord, un choix des dernières pièces pour piano de Brahms. À la fin de sa vie, alors qu’il avait délaissé le piano depuis une bonne douzaine d’années (lui-même excellent pianiste avait beaucoup composé pour son instrument au début de sa carrière de compositeur), il écrit quatre cycles de courtes pièces. Il les appela « berceuses de ma douleur ». Elles constituent son testament pianistique (seules trois œuvres suivront : les Sonates pour clarinette et piano, les Quatre chants sérieux, et 11 Préludes de choral pour orgue).
Vingt pièces constituent ces quatre cycles (Op. 116 à 119). Au disque, la plupart des pianistes enregistrent l’ensemble : cela donne un CD cohérent, de la durée idéale (autour de 75 minutes) pour satisfaire le consommateur et le critique. Pour son récital, comme pour l’album qui sort simultanément, Piotr Anderszewski en a choisi douze. Il les joue dans un ordre qui n’appartient qu’à lui, les enchaînant parfois, y compris quand ils appartiennent à deux cycles différents (et parfois, alors que l’accord final n’a pas fini de résonner). C’est tout à fait dans sa nature de préférer la sélection à l’intégralité. Et de transformer ces courtes (deux à six minutes) pièces isolées en un long récit de trois quarts d’heure sans véritable interruption.
Conversation de comptoir :
Conversation de salon :
Retour au comptoir :
Pour la première fois dans son histoire, l’Opéra de Lausanne présente Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc. Et son directeur, Claude Cortese, reprend la production qu’Olivier Py avait conçue pour le Théâtre des Champs-Elysées en novembre 2013, avant de la présenter à la Monnaie de Bruxelles en décembre 2017. Prenant en considération la pièce de Georges Bernanos jouée en traduction allemande à Zürich en 1951 puis au Théâtre Hébertot l’année suivante, le régisseur prend à son compte le concept que Dieu est mort sur la croix et que le matérialisme règne en nous interdisant une foi qui ferait de Lui une consolation ou une règle morale. S’Il manque dans le siècle, du moins ce manque témoigne pour Lui en devenant la seule preuve de l’existence d’un dieu d’amour.
C’est pourquoi Olivier Py détache sa production du fait historique du 17 juillet 1794 où les seize religieuses du Carmel de Compiègne ont été décapitées sur l’actuelle Place de la Nation à Paris. Il la transpose dans ce XXe siècle marqué par les horreurs d’Auschwitz et d’Hiroshima. Comme il le notait dans le programme de salle du Théâtre des Champs-Elysées, il n’y a « nul besoin de guillotine pour sentir sur leur nuque et au fond de leur âme le couperet du monde matérialiste et agnostique, l’hiver et la nuit épouvantable d’un monde qui ne croit plus et ne connaît de lui-même que le dégoût et l’effroi ».
Sous des éclairages de Bertrand Killy, aussi oppressants que la trame, les décors de Pierre-André Weitz se limitent à quelques parois coulissantes s’entrouvrant pour former une croix en laissant apparaître une clairière d’arbres décharnés par le gel et quelques éléments religieux en bois blanc que transportent les sœurs. Ses costumes sont d’une extrême sobriété, tant pour les Carmélites que pour le Marquis de la Force et son fils vêtus en bourgeois XIXe ou pour les gens du peuple hébétés au pied de l’échafaud.

Autumn Aubade. ahbez, eden (1908-1995) : Nature Boy. Mark-Anthony Turnage (°1960) : Autumn Aubade, pour bugle et piano. HK (Heinz Karl) Gruber (°1943) : Bossa nova, extrait des ‘3 MOB Pieces’ op. 21e. Roland Pöntinen (°1963) : Bluebird Dream. ; Prélude d’automne, pour piano. George Enescu (1881-1955) : Légende. Frédéric Chopin : Prélude pour piano op. 28 n° 2. Staffan Storm (°1964) : Three Autumns. Ornette Coleman (1930-2015) : Chanting. Jimmy Van Heusen (1913-1990) : The September of my Years. Håkan Hardenberger, trompette et bugle ; Roland Pöntinen, piano. 2024. Notice en anglais, en allemand et en français. 68’ 44’’. SACD BIS-2723.
L’orchestre Philharmonique de Marseille et le jeune chef Mehdi Lougraïda proposaient cette semaine une série de concerts à destination des familles, avec un programme symphonique rassemblé autour du thème de la mer et présenté comme un conte pour enfants : L’histoire du petit pirate.
Format idéal pour séduire grands et petits, les partitions du grand répertoire alternaient avec les aventures d’une jeune pirate du Vieux-Port et de son perroquet, imaginées par Rose, 9 ans (assistée de son oncle... le chef d’orchestre !) et narrées tour à tour avec mystère et ferveur par la comédienne Olga Szanduła qui leur prêtait sa voix et son costume.
Le concert débutait avec le premier mouvement de la Shéhérazade (1888) de Rimsky-Korsakov : La mer et le vaisseau de Simbad. L’orchestre en livra une interprétation ample et posée, dont le tempo presque contemplatif, surprenant au premier abord, ouvrit une fenêtre très française sur le chef-d’œuvre du compositeur russe. Le fameux solo du violon, ici interprété par le super-soliste Da-Min Kim, se déploya tranquillement avant de laisser la place à des pupitres orchestraux traités de manière presque chambriste, mettant davantage l’accent sur la mer (le paysage) que sur le vaisseau (le personnage), dans une approche en fin de compte très impressionniste de cette page orientale du romantisme slave.
Après une telle mise en bouche venait naturellement le plat de résistance : le poème symphonique La Mer (1905) du français Claude Debussy, considéré non seulement comme le sommet du catalogue orchestral de son auteur mais aussi comme l’une des partitions majeures de l’impressionnisme. Ici le personnage disparaît complètement du tableau au profit de la nature, pour donner à entendre les miroitements des vagues (De l’aube à midi sur la mer) ou le jeu des éléments (Dialogue du vent et de la mer). On saluera la clarté et la transparence du geste de Lougraïda ainsi que la grande précision rythmique de l’ancien assistant de Matthias Pintscher à l’Ensemble intercontemporain, qui offrait confort et liberté aux très beaux pupitres de bois de l’Orchestre philharmonique de Marseille.
Virage à tribord vers le romantisme allemand avec l’ouverture du Vaisseau fantôme (1843) de Richard Wagner ! Ici Lougraïda sait trouver une belle pâte sonore aux cordes, épaisse et transparente ; sans rien pousser ni forcer, il laisse s’épanouir la masse symphonique avec un geste d’une grande simplicité. Cette sobriété sans pathos ne l’empêche cependant pas d’appuyer aux points névralgiques de la partition pour en souligner la structure. Les musiciens de l’orchestre lui rendirent bien cette élégance, avec notamment de remarquables interventions, jamais pompières, des cuivres, si essentiels à Wagner et particulièrement mis en valeur dans cette ouverture.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791) : Adagio en si mineur K 540 ; 12 variations sur « Ah ! vous dirais-je maman » K 265 ; 10 variations en sol majeur sur « Les hommes pieusement » (unser dummer Pöbel meint » K 455 ; Sonate pour piano n° 11 en la majeur K 331. Federico Colli, piano. 2024 - Livret en anglais. 65’56''. Chandos CHAN 20350.
Le chef d’orchestre Fabien Gabel est l’une des baguettes qui compte. Régulièrement invité des grands orchestres, dont les plus prestigieuses phalanges des USA, il vient de faire ses débuts au MET. En septembre dernier, il a également pris ses fonctions à la Direction musicale du Tonkünstler-Orchester Niederösterreich, un orchestre autrichien au passé historique d’une rare densité. Fabien Gabel revient sur les développements récents de sa carrière et sur sa collaboration avec son orchestre autrichien.
Vous venez de diriger le Mahler Chamber Orchestra pour une tournée de concerts en Espagne avec la célèbre pianiste Yuja Wang en soliste. Comment s’est passée cette tournée ?
La tournée s'est bien déroulée nous avons joué dans des salles merveilleuses, comme San Sebastian et Barcelone. Certaines de ces salles sont magnifiques, comme le Palau de la música catalana à Barcelone ou l’Auditorio de Jameos del Agua de Lanzarote, qui est creusé dans la roche volcanique. J’étais très heureux de collaborer avec la fabuleuse Yuja Wang, qui est une pianiste extraordinaire dont la virtuosité est impressionnante et avec le Mahler Chamber Orchestra, phalange d’une virtuosité et d’une énergie exceptionnelles.
Vous venez, en septembre 2025, de prendre fonction comme Directeur musical du Tonkünstler-Orchester Niederösterreich, un orchestre autrichien, plus que centenaire, est chargé d'histoire (Sous la direction de Franz Schreker, l'Orchestre Tonkünstler de Vienne créa les Gurre-Lieder d'Arnold Schoenberg en 1913. De 1919 à 1923, Wilhelm Furtwängler fut le chef d'orchestre principal. Bruno Walter, Otto Klemperer, Felix Weingartner, Hermann Abendroth et Hans Knappertsbusch dirigèrent l'Orchestre Tonkünstler les années suivantes). Comment avez-vous rencontré cet orchestre et comment en êtes-vous devenu le Directeur musical ?
J'ai été invité à diriger l'orchestre, pour la première fois en 2019, avec un programme incluant entre autres la Sinfonietta de Korngold et la “Scène d’amour” de Feuersnot de Richard Strauss. Une excellente entente a rapidement émergé. Ensuite, j’ai été réinvité à plusieurs reprises. Revenir au pupitre du Tonkünstler-Orchester Niederösterreich m’apportait beaucoup de satisfaction et j'aimais beaucoup travailler avec cet orchestre. J'ai senti que certains musiciens semblaient désireux de travailler à plus long terme avec moi. Et puis, j'ai été sollicité pour devenir le Directeur musical à la suite à l’annonce du départ de Yutaka Sado, mon prédécesseur.
Quelles sont vos ambitions et quels sont vos projets dans le cadre de votre mandat à la direction musicale du Tonkünstler-Orchester Niederösterreich ?
Je souhaite développer plusieurs axes : tout d’abord, programmer le répertoire français, qui a été peu joué par l'orchestre auparavant. Je souhaite également mettre en avant des compositeurs viennois moins joués, comme Zemlinsky, Schreker ou Marx. Ce répertoire intéresse l'orchestre qui le maîtrise très bien et il nous faut nous distinguer des autres orchestres locaux qui programment majoritairement le grand répertoire classique (Strauss, Mahler, Bruckner, Brahms, Beethoven). En décembre dernier, nous avons joué la Symphonische Nachtmusik de Joseph Marx, figure majeure de la vie musicale viennoise dans les années 1910-30, mais ce compositeur est tombé dans l’oubli. Les concerts à Vienne ont fait salle comble et cette redécouverte a été saluée par la critique et le public.