L'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo accueillait de nouveau cette saison un chef attaché à son histoire. Figure des annales de l'OPMC, l'Américain Lawrence Foster en a assuré la direction musicale de 1980 à 1990. Plusieurs décennies plus tard, il retrouve cette formation avec laquelle il entretient un lien durable.
Le programme faisait dialoguer deux univers contrastés : le souffle dramatique de Beethoven et les couleurs orchestrales de Benjamin Britten.
Il y a tout juste un an, Lawrence Foster dirigeait déjà l'OPMC aux côtés de Maxim Vengerov, à l'occasion du 25e anniversaire des Amis de l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Il venait alors de subir une intervention chirurgicale sérieuse et éprouvait des difficultés à marcher. Aujourd'hui encore, ses déplacements restent malaisés. Mais dès qu'il se retrouve face à l'orchestre, toute son énergie se concentre dans la musique : la volonté, la passion et l'autorité du chef prennent le dessus sur les contraintes physiques.
Beethoven : Lawrence Foster, une histoire d'amour
Le concert s'ouvre avec l'Ouverture Leonore n° 2, liée à Fidelio, l'unique opéra de Beethoven. Leonore, déguisée en homme sous le nom de Fidelio, tente de libérer son époux injustement emprisonné. La musique porte déjà les enjeux dramatiques de l'œuvre : l'oppression, l'angoisse, l'espérance et la délivrance.
Entre Lawrence Foster et Beethoven, c'est une véritable histoire d'amour. Le chef semble atteindre une forme de plénitude dans cette musique où la générosité et la foi se conjuguent à une solidité de granit. Tout y respire l'espérance, la fraternité et l'amour.
Les cordes témoignent d'un engagement réel. Les instrumentistes paraissent offrir au chef ce qu'il attend d'eux. Les bois, les cuivres et les timbales répondent avec ardeur. La tension dramatique se construit avec une intensité qui ne faiblit pas.
Place ensuite au Concerto pour piano n° 4 en sol majeur, avec le pianiste hongrois Dezső Ránki. Composé entre 1805 et 1806, ce concerto occupe une place singulière dans l'œuvre de Beethoven. Le piano prend la parole dès les premières mesures, dans une entrée d'une simplicité presque désarmante, avant que l'orchestre ne reprenne et développe le matériau. Le mouvement lent fait entendre un dialogue entre un orchestre ferme et un piano plus doux, presque suppliant, tandis que le finale libère une énergie nouvelle.
L'interprétation de Dezső Ránki se révèle très classique, presque académique. Le pianiste paraît en retrait, et l'on regrette de ne pas retrouver pleinement le Ránki des jeunes années, celui qui, aux côtés de ses compatriotes Zoltán Kocsis et András Schiff, incarnait une génération marquante de pianistes hongrois, notamment dans le répertoire de Mozart.
Le souvenir de cette jeunesse musicale fait naître une certaine nostalgie. Mais le concerto demeure une œuvre de dialogue, et l'on aurait souhaité que le piano s'affirme davantage face à l'orchestre.