Outhere Music lance Fuga Latina, nouvelle collection consacrée aux musiques d'Amérique latine, adossée au label Fuga Libera. Baroque colonial, musique de chambre, répertoire orchestral moderne et contemporain : la première salve d'enregistrements revendique l'éclectisme. Musicienne de formation, fondatrice et directrice de l'équipe de stratégie digitale et de communication d'Outhere, Tzairí Santos García pilote le projet. Elle revient pour Crescendo Magazine sur la genèse de la collection, ses critères de choix et son identité visuelle.
Outhere Music pilote déjà une dizaine de collections aux identités affirmées. Qu'est-ce que Fuga Latina fait que Alpha, Ricercar ou Arcana ne pouvaient pas faire ?
Il faut d'abord distinguer ce que l'on entend par label et par collection. Arcana et Ricercar sont en effet des labels aux identités très affirmées, tant du point de vue territorial pour Arcana que du point de vue du répertoire pour Ricercar. Alpha Classics est, quant à lui, un label éclectique, avec des artistes et des répertoires très divers et de nouvelles signatures importantes. On trouve d'ailleurs plusieurs collections au sein d'Alpha, et leur principe est le même que celui de Fuga Latina : offrir un espace dédié pour mettre en avant des répertoires et des concepts précis. Il s'agit en quelque sorte de créer différentes portes que le public peut ouvrir au sein d'une grande maison.
Il nous a semblé logique que Fuga Latina s'inscrive dans Fuga Libera, un label que nous concevons comme un laboratoire, qui nous permet d'explorer des répertoires très larges, parfois inattendus.
Concrètement, comment sélectionnez-vous les projets ? Vous appuyez-vous sur un conseil consultatif, sur des correspondants régionaux, sur des musicologues associés, ou la décision est-elle centralisée entre Bruxelles et vous ?
Fuga Latina est un projet que nous avions en tête bien avant la crise du Covid. Lorsque l'idée a pris forme, nous avons commencé à contacter des artistes déjà présents dans notre catalogue, mais aussi à prospecter sur place, notamment au Mexique. Les projets de ce lancement sont le fruit de ces échanges, et d'autres sont déjà en préparation, au Mexique et au Brésil.
Le choix artistique suit donc un chemin organique, qui naît des rencontres et des connexions liées à notre notoriété de producteurs. C'est d'ailleurs le cas pour nos autres labels et collections : les artistes viennent vers nous. Nous nous inspirons des musiciens que nous suivons, des programmes de concerts, des festivals locaux… Une idée mène à une autre, et chaque rencontre ouvre de nouvelles perspectives. Nous espérons poursuivre ces prospections sur place, aller à la recherche de nouveaux talents et être à l'origine de nouveaux projets.
Le casting mêle baroque colonial (La Boz Galana, Concerto Scirocco), musique de chambre (Ney Fialkow et Cármelo de los Santos) et répertoire orchestral. Quelle ligne les unit éditorialement ?
Deux facteurs relient cette collection à l'Amérique latine : l'instinct et l'intuition. Autrement dit, le casting de ce lancement s'est construit de manière très instinctive et totalement intuitive ; nous nous sommes retrouvés avec une liste de projets qui sont, je crois, à l'image de l'identité d'Outhere.
Le lancement a pris plus de temps que prévu, et le hasard veut que la collection voie le jour au moment où la latinité est célébrée dans le monde entier, que ce soit à travers des manifestations comme le Hispanic Heritage Month ou par le fait que le monde latino commence à occuper une vraie place sur la scène classique internationale. Ce n'est pas la première fois que Gustavo Dudamel se produit aux BBC Proms, mais c'est la première fois qu'il y dirige la création d'une œuvre contemporaine d'une compositrice mexicaine, Gabriela Ortiz.