Le piano secret de Eric Lu

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Entre Eric Lu et son piano semble se nouer un secret que l’interprétation ne cherche jamais à dévoiler tout à fait. Les fluctuations du tempo, le rubato, les nuances du toucher : tout concourt à une expression intense mais retenue, où la musique se livre sans jamais se montrer entièrement. Chopin en est le cœur battant.

La première fois qu’Eric Lu s’est produit à Paris, c’était en septembre 2021, trois ans après son premier prix au Concours international de Leeds. Depuis, le pianiste américain a remporté le Premier prix du Concours Chopin à Varsovie, en 2025. Même après cette consécration, si Eric Lu est rare en France, les nouvelles de ses concerts dans d’autres pays ne donnent pas non plus l’impression qu’il se précipite pour construire sa carrière en étant présent partout. Il semble plutôt préférer prendre le temps de mûrir sa musique. C’est en 2015, à 18 ans, que l’élève de Dang Thai Son, de Jonathan Biss et de Robert McDonald participe pour la première fois au Concours de Varsovie et termine à la quatrième place. Dix ans plus tard, dans le même concours, il est au sommet du podium. Entre-temps, il enrichit sa discographie, consacrée en grande majorité à Chopin et à Schubert, deux compositeurs qui figurent au programme de cette soirée.

Carissimi, deux célèbres oratorios dans deux parutions diversement décevantes

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Giacomo Carissimi (1605-1674) : Historia di Jephte. Annunciate gentes. O quam dialecta sunt. Domenico Mazzocchi (1592-1665) : Christo smarrito col lamento della Beata Vergine. Voces Suaves. Mirjam Wernli, Christina Boner, soprano. Jan Thomer, contreténor. Andrés Montilla-Acurero, Dan Dunkelblum, ténor. Joachim Höchbauer, basse. Johannes Frisch, Katharina Heutjer, violon. Giovanna Baviera, violone. Ori Harmelin, théorbe. Michele Vannelli, orgue, clavecin. Livret en anglais, français, italien. Mars 2025. 63’13’’. Arcana A592

Giacomo Carissimi (1605-1674) : Jonas. Annunciate gentes. O quam dialecta sunt. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Lamento d’Arianna. Orlando di Lasso (1532-1594) : Lagrime di San Pietro [extraits]. Prophetiae Sibyllarum [extraits]. Giovanni Antonini, Il Giardino Armonico. Chœur de la Radio bavaroise. Q-Won Han, Jonas. Livret en anglais, allemand. Novembre 2024. 66’24’’. BR Klassik 900535

À Bastille, le crépuscule des idées

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Avec cette ultime journée du Ring relevant davantage de la succession d'idées sans fil conducteur apparent, Calixto Bieito parachève une tétralogie parisienne dominée par l'abscons, l'absence de cohérence globale et l'aridité scénique. Le plateau vocal, quoique solide, ne parvient pas à sauver la soirée.

« Dans Le Crépuscule des dieux, le monde, au long de ces quatre soirées, disparaît et peut-être l'humanité disparaît avec lui […] Mais l'univers n'a pas nécessairement pris fin. Quelque chose pourrait venir après : quelque chose de post-humain, de naturel, de technologique ou autre chose, pour quoi nous n'avons pas encore de nom », déclarait Calixto Bieito. D'aucuns verront peut-être dans cette nébuleuse assertion le signe avant-coureur de la soirée qui s'annonçait. Après trois premiers opus qui voyaient défiler successivement l'avènement des machines et du big data (L'Or du Rhin), suivi d'un Armageddon technologique où les machines s'en prenaient à l'humanité (La Walkyrie), avant qu'une nature génétiquement altérée ne reprenne le dessus (Siegfried), ce Götterdämmerung choisit d'envoyer valdinguer ces tribulations en présentant une soirée en trois segments successifs sans logique apparente.

Le prologue, tout d'abord, voit les Nornes évoluer autour d'un métier à tisser de style jacquard. Les huit scènes suivantes auront lieu sur l'avers et l'envers d'une large table, derrière laquelle un large écran de LED permettra l'affichage d'images de pertinence pour le moins variable. Enfin, le troisième acte convoque autour de cette même table des Filles du Rhin désormais bien vieillies et quelques références aux précédents opus, à l'instar de l'arbre à gravité inversée de Siegfried ou encore du chien robot de La Walkyrie, mais aussi deux des trois Nornes, avant que l'on se mette à planter des fourchettes dans le cadavre de Siegfried durant sa marche funèbre, puis que Brünnhilde termine finalement la soirée sur un plateau, le cheval à bâton supposé représenter Grane à la main.

« Au terme de la disparition progressive de la mémoire, c'est le silence qui règne », affirmait le metteur en scène (le terme MEMORIA sera affiché en gros en fond de plateau). On finira donc avec une Walkyrie tournant sur elle-même, son jouet à la main, tout en se dirigeant lentement vers le fond du plateau. Cela pourrait relever de l'anecdotique si au moins l'on avait conservé un cap qui aurait permis à l'ensemble de prendre sens. De disparition progressive, il y aura toutefois surtout eu celle de la cohérence globale.

Alcina de Haendel à l'Opéra de Lille : géométrie variable de l'amour et ses affects contrariés

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Amoureuse de l'amour en général et, pour l'heure, de Ruggiero en particulier, Alcina dispose du pouvoir absolu, magique et maléfique, de retenir sur son île enchantée les voyageurs qu'elle métamorphose en pierre ou en animal. C'est ce que dit la légende dont s'est inspiré Georg Friedrich Händel pour composer son opéra créé à Londres en 1735 ; sauf que le compositeur nuance le propos en brossant le portrait d'une femme amoureuse, certes puissante tant qu'elle inspire le désir, mais vulnérable et dévastée à la perspective de perdre celui qu'elle aime. Dans la nouvelle production d'Alcina présentée à l'Opéra de Lille, la metteuse en scène polonaise Ewelina Marciniak en rajoute en complexité sur les variations du baromètre de l'amour libre, en faisant de Ruggiero un personnage féminin, en couple avec Melisso, lequel s'en vient arracher sa moitié des griffes de la magicienne susnommée. Ajoutons encore que Melisso débarque sur l'île enchanteresse affublé d'une casquette de touriste, en compagnie d'une amie, Bradamante, déguisée en homme, ce qui ne manquera pas de taper dans l'œil de Morgana, sœur d'Alcina, qui rêve, comme tout un chacun, de nouvelles aventures passionnelles. Ajoutons là encore que, dans la version haendélienne, Bradamante est l'amante délaissée de Ruggiero, venue le reconquérir.

Pas facile de s'y retrouver, mais l'on peut admettre l'envie, le besoin de faire entendre des choses d'aujourd'hui à travers une œuvre magistrale créée voilà trois siècles, même si cela peut poser quelques problèmes d'interprétation.

La mise en scène de cette nouvelle production se révèle en revanche bien plus décevante, et pour l'essentiel en décalage, voire en contradiction, avec le propos dramatique.

Le violoncelle en Finlande, quelques échos du répertoire contemporain

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Kaiku (Écho). Œuvres contemporaines finlandaises pour violoncelle. Sauli Zinovjev (°1988) : Sustained, pour violoncelle et piano. Kalevi Aho (°1949) : Sonate pour violoncelle et piano. Cecilia Damström (°1988) : Aveo, pour violoncelle. Sebastian Fagerlund (°1972) : Recitativo, pour violoncelle. Outi Tarkiainen (°1985) : Sanasi, kiveen uponneet, pour violoncelle. Lauri Porra (°1977) : We Lie Down Only to Get Up Again, pour violoncelle. Jonathan Roozeman, violoncelle ; Johannes Piirto, piano. 2025. Notice en anglais, en allemand et en français. 54’58’’. SACD BIS-2714. 

Pēteris Vasks, discret, humble et ému

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Après une visite éclair au Mumons (le musée des « Sciences, Arts & Curiosités » de l’université consacre une exposition didactique à l’électricité – je n’y croise pas le Reddy Kilowatt de mon enfance), je m’attable, avec un ami, autour d’une burrata, gaiement fondante, issue de l’immigration ancienne de la région, et nous discutons projets et musiques avant de rejoindre Arsonic, où s’ouvre l’édition 2026 d’Ekinox (appellation rénovée du Festival Musical du Hainaut – le classique, accessible), pour un concert entièrement orienté par le feulement feutré des cordes.

A 80 ans, Pēteris Vasks, compositeur letton passé progressivement du modernisme d'avant-garde à une nouvelle simplicité nourrie d’accents spirituels et mélodiques proches de ceux de son voisin estonien Arvo Pärt, fournit les éléments d’un programme taillé sur mesure pour Jean-Paul Dessy, dont les gestes de direction de l’orchestre (les cordes de Musiques Nouvelles) se font ce soir encore plus déliés et imprégnés, comme éternels. Epifania, écrit en 2010, déploie, comme un moment calme et éphémère, un thème lyrique qui monte vers une exaltation contenue avant de revenir, en compagnie d’un ancien chant populaire letton : retour de ce qui était enfoui, mémoire qui réélabore ce qu’elle conserve – une piste pour la réponse à la réflexion initiale de Vasks sur « ce qui reste au terme d'une vie entièrement consacrée à la musique ».

Marek Janowski dirige une dernière fois à Monte-Carlo

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Marek Janowski a dirigé, pour la dernière fois de sa carrière, l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dont il fut le directeur musical de 2000 à 2005. Un moment chargé d'émotion. À 87 ans, en pleine possession de ses moyens, le chef entreprend une tournée d'adieu.

Au programme, la Cinquième Symphonie de Bruckner, qu'il dirige sans partition. Cette œuvre exigeante fut composée durant une période de crise. Elle témoigne de la maîtrise technique du compositeur. Surnommée la « Symphonie catholique », c'est un ouvrage contrapuntique d'une réelle richesse et d'une grande subtilité. Bruckner a toujours cherché à suivre les traces de Bach, et cette symphonie est construite comme une cathédrale. Dès le début du premier mouvement, le chant du hautbois semble évoquer l'éternité.

L'orchestre se déploie pleinement. Les cordes évoluent dans un registre inhabituellement grave, passant sans cesse d'une note empreinte de nostalgie à une autre, porteuse d'espoir. Les solos du cor et de la flûte structurent la musique. Les fanfares et les passages choraux des trompettes et des trombones, soutenus par le tuba, encadrent ce mouvement solennel, qui atteint ensuite son point culminant dans un finale ponctué par l'intervention des timbales.

Les deux mouvements centraux présentent certaines faiblesses d'écriture, mais, sous la baguette de Janowski, l'orchestre maintient la tension et déploie une sonorité lumineuse, comme un coucher de soleil par une douce soirée d'automne.

L'Orchestre National de Lille au disque : cinquante ans, trois chefs, une signature

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Pour son cinquantenaire, l'Orchestre National de Lille retrouve son auditorium du Nouveau Siècle sous la baguette successive de ses trois directeurs musicaux — Jean-Claude Casadesus, chef fondateur, Alexandre Bloch, en poste de 2016 à 2024, et Joshua Weilerstein, arrivé en septembre 2024. Une occasion de relire ce que l'orchestre a inscrit au disque en un demi-siècle : une discographie qui, par son volume et par la cohérence de ses axes, dessine une identité éditoriale reconnaissable au sein du paysage orchestral français.

La musique française comme ADN

L'orientation est donnée dès les premières années. En 1980, chez Harmonia Mundi, Casadesus grave Shéhérazade, les Mélodies hébraïques, la Pavane pour une infante défunte et Daphnis et Chloé avec Nadine Denize. En 1981, la Symphonie fantastique de Berlioz au même label. En 1985, les Suites de Carmen et de L'Arlésienne chez Forlane. La signature française se construit par accumulation, sans effet de manche : ce qui compte, ce sont les œuvres publiées et la logique de catalogue régional autonome.

Le partenariat avec Naxos qui s'installe dans les années 1990-2010 amplifie ce geste patrimonial. Casadesus enregistre les grandes fresques françaises attendues — Debussy (La Mer, Nocturnes, La Damoiselle élue), Poulenc (Suite française, Concert champêtre, Concerto pour orgue) — mais il grave surtout ce qui manquait au catalogue mondial. L'Enfance du Christ de Berlioz (Naxos, 1998) avec Michèle Lagrange, Jean-Luc Viala et Michel Piquemal. La cantate Clovis et Clotilde de Bizet, œuvre du Prix de Rome tombée dans l'oubli que Casadesus recrée mondialement à la cathédrale de Soissons en 1988 avant de l'enregistrer à deux reprises : chez Erato en 1990 avec Montserrat Caballé, puis chez Naxos en 2010.

Deux gestes discographiques restent en surplomb. D'abord les Cantates du Prix de Rome de Berlioz réunies chez Harmonia Mundi en 1996 (Herminie, La Mort de Cléopâtre, La Mort d'Orphée, La Mort de Sardanapale), avec Michèle Lagrange, Béatrice Uria-Monzon et Daniel Galvez-Vallejo. La Mort de Sardanapale n'existe à ce jour sous aucune autre gravure — l'ONL et Casadesus signent le seul enregistrement mondial d'un fragment que Berlioz lui-même croyait perdu. Ensuite, Les Mariés de la Tour Eiffel du Groupe des Six couplés au Bœuf sur le toit de Milhaud (Harmonia Mundi, 1993), captés en public à Lille les 15 et 16 avril de la même année, avec Daniel Mesguich et Hervé Furic aux récitations. C'est le même Mesguich qui prête sa voix, cette année-là encore, au Roi David d'Honegger que Casadesus grave chez EMI Classics avec Alessandra Marc, Sylvie Sullé, Laurence Dale et le Chœur du Festival de Saint-Denis, capté dans la Basilique Cathédrale de Saint-Denis. Trois disques en une saison, tous dédiés au répertoire français du premier XXᵉ siècle : la démonstration n'est pas fortuite.

Bloch reprend le flambeau français mais sur un tout autre régime. Là où Casadesus complétait un catalogue, Bloch se concentre sur certaines œuvres réunies autour d'une vision éditoriale. Chez Alpha, en 2020, La Valse et la Rapsodie espagnole de Ravel couplées au concerto pour serpent Adh-Dhohr de Benjamin Attahir avec Patrick Wibart — la juxtaposition d'un compositeur canonique et d'un compositeur en résidence, dans une éditorialisation soignée. À cet ensemble s'ajoute un Chausson également chez Alpha. Le contraste avec Casadesus est net : là où le fondateur enregistrait ce qui manquait au disque, Bloch propose des lectures ciselées, souvent d'une œuvre unique par disque, adossées à une politique de commande contemporaine.

La filiation française de l'ONL au disque s'est aussi poursuivie sous des chefs invités qui l'ont enrichie de leur propre lecture. Jun Märkl a gravé chez Naxos en 2017 des Poèmes symphoniques de Saint-Saëns (Le Rouet d'Omphale, Phaéton, La Danse macabre, La Jeunesse d'Hercule, Sarabande et Rigaudon). Le chef singapourien Darrell Ang, ancien lauréat du Concours de Besançon, aura été un partenaire particulièrement fidèle : Meyerbeer, Offenbach (La Fille du tambour-major, La Belle Hélène), d'Indy, Pierné (Ramuntcho et Cydalise et le Chèvre-pied en 2021). Autant de rendez-vous éditoriaux qui inscrivent la signature française de l'orchestre au-delà de la stricte succession de ses directeurs musicaux.

Aaron Pilsan — les Études de Chopin, après Bach

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Le pianiste autrichien Aaron Pilsan s'est très vite imposé parmi les voix marquantes de sa génération. Il avait frappé les esprits avec son enregistrement du Clavier bien tempéré chez Alpha Classics. On le retrouve aujourd'hui pour un album consacré aux Études de Chopin. Il revient sur ce chemin qui mène de la polyphonie de Bach à Chopin, sur le rôle de la main gauche et sur l'enregistrement.

Vous avez enregistré les deux livres du Clavier bien tempéré pour Alpha avant d'aborder Chopin. Le projet des Études devait-il toujours suivre Bach, ou est-ce votre travail sur Bach qui vous y a conduit ?

Lorsque j'ai commencé mes études, j'avais dressé une liste des œuvres que je voulais enregistrer, et le Clavier bien tempéré de Bach comme les Études de Chopin figuraient tous deux en tête de cette liste.

La musique de Bach m'a toujours fasciné. C'est même l'une des raisons pour lesquelles j'ai décidé de devenir musicien, à l'âge de huit ans. Les Études de Chopin sont venues bien plus tard. J'ai commencé à les travailler avec mon professeur, Karl-Heinz Kämmerling, qui leur accordait une grande importance parce qu'elles forgent une technique pianistique complète.

Avec le recul, je crois que mon travail sur Bach m'a très bien préparé à entrer plus profondément dans la musique de Chopin. Fréquenter la profondeur et la complexité de Bach m'a donné des fondations solides pour aborder l'univers des Études.

Vous dites que « Bach révèle la nature polyphonique de Chopin ». Quelle étude le montre le plus clairement à vos yeux, et comment cela change-t-il votre façon de la jouer ?

Il n'y a pas vraiment une étude dont la structure serait plus polyphonique que celle des autres. Dans l'Op. 25 n° 7, par exemple, la mélodie est à la main gauche, mais beaucoup d'autres études recèlent elles aussi de nombreuses voix cachées.

Il m'a toujours paru essentiel de ne pas me contenter de bien jouer les traits rapides et les passages difficiles, mais de comprendre l'ossature de chaque pièce et son architecture. Une fois qu'on la saisit, on peut vraiment faire ressortir les différentes voix et les différents plans de la musique.

Vous insistez sur le rôle harmonique et rythmique de la main gauche. Dans les Études*, l'attention va d'ordinaire à la main droite. Avez-vous reconstruit certaines de ces pièces en partant de la basse ?*

Je ne partage pas l'idée que la main droite serait toujours au centre. La plupart des Études sont bâties autour de la main gauche. C'est elle qui donne sa stabilité à la musique, et, dans bien des cas, suivre la main gauche de l'oreille est aussi décisif pour la technique.

Vous décrivez l'Op. 10 comme « direct, brillant, passionné, presque explosif » et l'Op. 25 comme « plus raffiné et introspectif ». Entendez-vous les deux livres comme deux facettes d'un même compositeur, ou comme une évolution dans le temps ?

Comme ces deux cycles n'ont été écrits qu'à quelques années d'intervalle, j'y vois davantage deux facettes d'un même compositeur qu'une évolution nette de l'un à l'autre. Ce sont pour moi deux cycles à la dramaturgie très différente.

L'Op. 10 débute de façon brillante et énergique, mais, à mesure qu'il progresse, il dévoile aussi des moments bien plus sombres. L'Op. 25, à l'inverse, s'ouvre de manière très poétique et introspective pour glisser peu à peu vers une fin d'un désespoir extrême.

Découvertes pour violoncelle

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Osons le dire, rares sont les découvertes majeures parmi les nombreuses exhumations d’œuvres de compositrices de toutes époques que nous connaissons depuis quelques années. Mais la remise à l’heure des compteurs a eu le mérite de changer les mentalités et de permettre à ces œuvres d’être jouées et entendues. Connaissiez-vous Henriëtte Bosmans ? À ne pas confondre avec son (presque) homonyme belge. Cette musicienne néerlandaise a vécu entre 1895 et 1952. Son père était violoncelle solo de l’Orchestre du Concertgebouw et elle a mené une double carrière de pianiste et de compositrice. 

La révélation que nous propose Henle est sa Sonate pour violoncelle et piano, une œuvre qu’elle composa en 1919, donc œuvre de jeunesse. Mais quelle maturité ! Héritage fauréen incontestable, métissé de Brahms pour la densité de l’écriture pianistique, avec un finale à cinq temps qui évoque les danses populaires. La carrière d’Henriëtte Bosmans fut brisée lors de la Seconde Guerre mondiale : sa mère étant juive, elle se retrouva privée d’exercer et sa musique mise à l’index. Sa sonate était encore disponible chez l’éditeur d’origine, Broekmann & Van Poppel, mais nul doute que cet urtext dû à Andreas Pernpeintner et la force de diffusion du catalogue Henle aidera à la faire connaître. Pour les curieux, sachez qu’Henriëtte Bosmans a aussi composé un concertino pour piano (qu’elle créa avec Pierre Monteux), un concertstück pour flûte, un autre pour violon, deux concertos pour violoncelle (joués régulièrement dans les années trente par Marix Loevensohn, le dédicataire de la sonate) et de la musique de chambre.