Intégrale pianistique de Louise Farrenc, volume 4 : l’inspiration du bel canto

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Louise Farrenc (1804-1875) : Œuvres complètes pour piano, vol. 4 - Thème et Variations, II : Variations sur une galopade favorite, op. 12 ; Les Italiennes. Trois Cavatines favorites de Bellini et Carafa, variées pour le piano op. 14. ; Variations brillantes sur la cavatine d’Anna Bolena de Donizetti ‘Nel veder la tua costanza’, op. 15 ; Les Allemandes. Deux mélodies favorites variées, op. 16. Maria Stratigou, piano. 2024. Notice en anglais et en français. 60’ 35’’. Grand Piano GP965.

Festival Meakusma : la force du protocole, le flou de la mémoire

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Je rencontre, au travers de deux événements en une soirée à Eupen, un festival à la programmation singulière, underground et institutionnelle, déterminée par la recherche plus que par le genre, rassemblant sans distinction musique expérimentale, électronique, création contemporaine, culture club ou sound art et où, au fond, ce qui compte c'est l'attitude d'exploration, de détournement, d'hybridation du son – je me concentre pour ma part sur les noms d’Ictus et de Musikfabrik pour faire connaissance ; l’organisation insiste sur la découverte d'artistes émergents mais ne dédaigne pas des figures reconnues dans leurs niches. La ville elle-même invite à la convivialité, de taille moyenne, accessible à pied. Je finirai la soirée (plutôt la première partie de la nuit) à la terrasse de l'Alter Schlachthof, le centre culturel eupenois, en frissonnant (début septembre, ça commence à refroidir) et refaisant le monde musico-discographique avec un excité du vinyle, observant l’un ou l’autre petit malin accumuler dans ses multiples bras de pieuvre les bouteilles vides et les verres (consignés) chouravés auprès de distraits trop occupés à disserter (comme nous), mais je la commence à chercher l'entrée de l’Eastbelgica Eventlocation – que je peine à dénicher avant de comprendre qu'il faut, pour y accéder, emprunter le hall de l’Eupen Plaza, le centre commercial que je pensais fermé à cette heure.

Cérémonie. Procès-verbal. Règles de l’expérience. Format de l’échange.

Public (assis par terre ou debout ou en mouvement), danseurs et musiciens se partagent l'espace de la salle ; je n'ai pas de mal à me faufiler malgré mon léger retard, trouver un point d'appui, sortir stylo et carnet et ouvrir yeux et oreilles. Protocol, créé ce soir avant sa participation au Kick Off de KANAL - Centre Pompidou en novembre, est le fruit du travail de Kris Verdonck, un artiste belge qui relie arts visuels, théâtre, architecture, performance, danse et musique – une immersion (un mot galvaudé, ici descriptif) multidisciplinaire et un exemple du positionnement à la croisée des chemins du festival –, de la troupe Two Dogs Company (quatre danseurs) et de l'ensemble Ictus (en formation réduite à trois musiciens) : autour d'incarnations actuelles du pouvoir (les nouveaux dieux) que sont l'égo (orange), l'I.A. (violet), le changement climatique (bleu pétrole), l'autoritarisme (rouge), chorégraphie, musique et lumières fomentent, à partir de peu, une progression portée par les percussions live (Ruben Orio) et les beats électroniques (Ofer Smilansky), où la viole de gambe (Eva Reiter, qui y associe, de même qu’à sa flûte Paetzold, des dispositifs électroniques) prend ponctuellement la main, où les danseurs se relaient, seuls ou ensemble, parfois si peu éclairés qu’on peine à saisir le mouvement. Le crescendo agit comme par accumulation progressive d’énergie (il propose des silences, qu’on peut voir comme des respirations ou des hésitations ; il casse la surprise : on sait où on va, mais on ne sait pas à quel point on y va) : un geste imperceptible, un son minimal, une pulsation, un rythme, une répétition, un corpus ; le rituel (les sons, les mouvements, les lumières) rassemble, synchronise, et discipline – la brutalité du monde ; la nôtre, celles de nos règles, écrites, dites ou implicites ; le protocole.  

Bruno Walter : la révélation des enregistrements d’avant-guerre

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Bruno Walter, Complete Warner Classics Remastered Edition. Œuvres de Ludwig van Beethoven (1770-1827), Hector Berlioz (1803-1869), Johannes Brahms (1833-1897), Anton Bruckner (1824-1896), Arcangelo Corelli (1653-1713), Georg Friedrich Haendel (1685-1759), Joseph Haydn (1732-1809), Gustav Mahler (1860-1911), Felix Mendelssohn (1809-1847), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594), Franz Schubert (1797-1828), Robert Schumann (1810-1856), Bedřich Smetana (1824-1884), Johann Strauss II (1825-1899), Richard Strauss (1864-1949), Richard Wagner (1813-1883), Carl Maria von Weber (1786-1826). Walter Gieseking, piano ; Joseph Szigeti, violon ; Kathleen Ferrier, contralto ; Kerstin Thorborg, contralto ; Lotte Lehmann, soprano ; Anton Dermota, ténor ; Lauritz Melchior, ténor ; Alexander Kipnis, basse ; Emanuel List, basse. Chœur de l'Opéra de Vienne. Royal Philharmonic Orchestra, Wiener Philharmoniker, London Symphony Orchestra, Mozart Festival Orchestra (Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire de Paris). Enregistré entre 1923 et 1949. Textes de présentation en anglais, français et allemand. 1 coffret de 20 CD Warner Classics.

Autour du luth de John Dowland, avec Jonas Nordberg et Bor Zuljan

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Amidst the Shades. Œuvres de John Dowland (1563-1626), Robert Johnson (c1583-1633), Anthony Holborne (1545-1602), John Danyel (1564-1626), Tobias Hume (c1569-1645), Henry Purcell (1659-1695), Benjamin Britten (1913-1976), Errollyn Walter (*1958), Deborah Prichard (*1977), Cheryl Frances-Hoad (*1980). Ruby Hughes, soprano. Jonas Nordberg, luth, archiluth. Mime Yamahiro Brinkmann, viole de gambe. Livret en anglais, allemand, français. Juin 2023. 78’50’’. SACD BIS 2698

Mr Dowland’s Dream. Œuvres de John Dowland (1563-1626), Robert Johnson (c1583-1633), John Coprario (1570-1626), Peter Warlock (1894-1930), William Walton (1902-1983), Thelonious Monk (1917-1982), Bor Zuljan (*1987) etc. Clara Brunet, voix. Bor Zuljan, orpharion, orpharion électrique. Livret en anglais. Mars 2025. 61’42’’. Ricercar RIC 484

Sueye Park offre au concerto pour violon de Goldmark sa chaleureuse expressivité

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Karl Goldmark (1830-1915) : Concerto pour violon et orchestre en la mineur, op. 28. Jean Sibelius (1865-1957) : Suite pour violon et cordes, JS 185 ; Deux Mélodies sérieuses pour violon et orchestre, op. 77 ; Deux Humoresques, pour violon et orchestre, op. 87. Sueye Park, violon ; Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, direction Valentin Egel. 2024/25. Notice en anglais, en allemand et en français. 65’ 37’’. BIS-2782.

Jan Mráček et Gardiner : un triptyque de raretés

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Josef Suk (1874-1935) : Fantaisie pour violon et orchestre en sol mineur op. 24. Franz Schubert (1797-1828) : Rondo pour violon et cordes en la majeur D. 438. Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Concerto pour violon et cordes en ré mineur. Jan Mráček, violon. Orchestre philharmonique tchèque, Orchestre de chambre philharmonique tchèque, John Eliot Gardiner. Enregistré en janvier 2022 et février-mars 2023. Livret en anglais, tchèque et allemand. 1 CD Supraphon SU 4380-2.

Concert inaugural du Philopéra : quand le symphonique s’invite à l’opéra, et réciproquement

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La dernière fois qu’un grand orchestre symphonique parisien, à vocation internationale, a été créé, c’était en 1967, avec l’Orchestre de Paris. C’est dire si ce concert inaugural d’un orchestre composé des deux tiers des musiciens de l'Orchestre de l’Opéra national de Paris était un événement. 

Le projet s’inspire des expériences de l’Opéra de Vienne, de la Scala de Milan et de l’Opéra de Bavière. Outre l’aspect politique (est-ce vraiment l’urgence que de susciter une nouvelle offre symphonique à Paris, qui en propose pléthore, quand tant de moyens manquent ailleurs ?), bien des questions se posent, puisque cet orchestre, dans le cadre de sa saison, joue déjà de la musique symphonique (et son nouveau directeur musical, Semyon Bychkov – présent du reste à ce concert – a déjà programmé de nombreux concerts symphoniques). Il est vrai que le nouveau projet prévoit également de la musique de chambre. 

Par ailleurs, il est annoncé « une attention particulière apportée à la défense du répertoire français rare ou oublié » ; rien de tel ce soir-là, avec un programme 100 % viennois et qui ne brille pas par sa rareté (Troisième de Schubert et Première de Mahler). Il nous est dit qu’à l’instar des musiciens de Philopéra « ces deux compositeurs ont traversé la frontière entre les mondes lyriques et symphoniques ». À voir... Mais il est vrai qu’ils ont, l’un comme l’autre, beaucoup donné à la voix. Du point de vue de la symphonie, ils ont, chacun à leur manière, ouvert un nouveau chapitre, précisément avec ces deux ouvrages. 

Philopéra choisit donc ses programmes, mais aussi ses chefs. Pour cette première, ils avaient invité Daniel Harding, dont la précédente collaboration avec l'Orchestre de l’Opéra (qui date, il est vrai, d’un quart de siècle) s’était pourtant mal passée : invité à diriger Così fan tutte, il était parti en plein milieu de la deuxième répétition, justement à cause de tensions avec l’orchestre. C’est donc du passé.

Si ce n’est que le concert est à guichet fermé, et que la queue est longue au bureau des invitations, formellement tout tient d’un concert symphonique de saison : aucun discours ni même petit mot de quiconque, pas de fleurs ni de bis. Mais de la musique, assurément.

Festival Ravel : ciné-concert contemporain et magistral duo de piano

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Né à Ciboure, à quelques kilomètres de la frontière espagnole, Ravel s'est nourri du folklore ibérique. Coïncidant avec la célébration des cent cinquante ans de la naissance de Falla, l'édition 2026 du Festival Ravel a ainsi été conçue par Bertrand Chamayou comme le creuset idéal pour mettre en avant l'imaginaire musical commun tissé, hier et aujourd'hui, entre la France et l'Espagne, au fil d'une quinzaine de rendez-vous sur une dizaine de jours — sans oublier la participation des étudiants de l'Académie.

Le ciné-concert réunissant Buñuel et Martin Matalon dans la Salle Tanka du Centre Culturel Peyuco Duhart illustre cette passerelle féconde entre les époques. Avec les pupitres de l'ensemble 2e2m, Léo Margue fait dialoguer deux courts-métrages du surréaliste avec des partitions du compositeur argentin. Jouée devant un écran blanc en introduction du programme, la partition Axes, initialement conçue pour accompagner une trilogie autour de Buster Keaton, déploie une irrésistible virtuosité instrumentale, dans une plasticité formelle aussi intelligible que sensible, où se succèdent les images sonores. Au-delà du support visuel de la commande initiale, la pièce s'émancipe à travers sa propre puissance évocatrice, mise en valeur par l'ensemble français. Portée par les traits de Claire Merlet à l'alto que prolonge l'électronique, la page Traces II (La Cabra) se fait canevas décanté qui à la fois soutient et distend l'impact de la crudité des images de Las Hurdes (Terre sans pain), reportage-fiction de Buñuel sur la misère endémique dans un coin reculé de l'Estrémadure. Siete vidas de un gato, le contrepoint que Martin Matalon propose au Chien andalou, collaboration iconique de Buñuel avec Dalí qui, par certains aspects, se révèle parfois datée, prend au contraire le parti d'une relative profusion redoublant celle du court-métrage lui-même, solidement défendue par Léo Margue et ses musiciens.