La Bayadère : les adieux d'anthologie de Dorothée Gilbert à Nikiya et à la Bastille

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34 ans après sa création, la magie du dernier grand ballet de Noureev pour l'Opéra de Paris demeure intacte, et offre à la danseuse étoile l'occasion de démontrer une excellence artistique allant bien au-delà d'une irréprochable technique.

La production actuelle ayant été créée au Palais Garnier en 1992, le public parisien n'aura donc jamais eu l'occasion de découvrir la version originelle de 1877, le quatrième acte ayant été abandonné dès 1919, du fait d'un effondrement du temple lors du mariage de Solor et Gamzatti, trop gourmand en techniciens. C'est en 1961, avec Noureev en Solor, que le Kirov la donnera pour la première fois à Garnier, avant que l'acte des Ombres remonté par ce dernier fasse son entrée au répertoire du Ballet de l'Opéra en 1974. C'est finalement après un retour à Saint-Pétersbourg en 1989 que le directeur du Ballet de l'Opéra se décidera à la créer à Paris, dans la version encore donnée à ce jour. Point notable pour qui aura été échaudé par le charcutage des somptueux décors d'Enzo Frigerio dans Roméo et Juliette il y a quelques mois.

La représentation de ce 2 juillet marquait l'une des dernières apparitions de Dorothée Gilbert sur le plateau de la Grande Boutique, et plus spécifiquement sa dernière à Bastille et dans le rôle de la Bayadère. Atmosphère des grands soirs donc, dont témoignera l'applaudimètre de manière plus ou moins intempestive tout au long de la soirée ; on aurait en effet apprécié davantage de retenue dans les derniers instants piano du premier grand solo de violon de Karin Ato au troisième acte. On sera toutefois poussé en l'occasion à plus de mansuétude, tant la danseuse étoile aura fait ce soir une véritable démonstration de complétude et de virtuosité. Dès son entrée en scène du premier acte, faute de passage héroïque d'un point de vue chorégraphique, on est impressionné tant par la théâtralité des aspects narratifs que par une danse de la flûte au lyrisme désarmant. De manière plus générale, et plus particulièrement dans son premier pas de deux, l'expressivité des bras ainsi que des expressions faciales est singulièrement saillante. Les altercations avec Gamzatti sont une démonstration d'intensité du regard et de rupture de ton. Dans le deuxième acte, la variation de la corbeille de fleurs est l'occasion d'assister à une gestique trahissant une intelligence rythmique et musicale particulièrement remarquée. Toujours touchante par la suite, la danseuse semble aborder la quintessence de l'art d'une ballerine ; la virtuosité technique étant indubitablement toujours omniprésente, sans pour autant prendre de place prépondérante face aux autres aspects de l'interprétation.

András Schiff en fidèle serviteur de Franz Schubert

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On connaît les affinités d’András Schiff avec Schubert. Au disque, il a enregistré presque tout ce qui nécessite un piano (notons du reste qu’il l’a fait avec autant de bonheur sur piano moderne que sur pianoforte). Au concert, il aime proposer des programmes exclusivement Schubert. Par exemple, le 11 mai 1990, Salle Playel, il donnait son premier concert pour Piano4Étoiles. Au programme, trois sonates de Schubert. Puis, lors de la saison 1992-1993, lors de six récitals, il jouait dix-huit sonates, soit une quasi-intégrale. Depuis, s’il est revenu très souvent pour Piano4Étoiles (encore il y a quelques mois), il n’avait que très peu rejoué Schubert. C’est dire si ce nouveau concert au Théâtre des Champs-Élysées, uniquement consacré à Schubert, avec des œuvres des toutes dernières années, était attendu.

Le programme annonçait, pour commencer : Allegretto D. 915, Klavierstück D. 946 N° 1, Impromptu D. 899 N° 3, Mélodie hongroise D. 817, Klavierstück D. 946 N° 2, Moment musical D. 780 N° 3, Klavierstück D. 946 N° 3, soit une succession de sept pièces de quelques minutes, puisées dans des recueils différents, aux tonalités disparates. Ce qui aurait pu être une longue entrée en matière, décousue, s’est transformée sous les doigts d’András Schiff en une épopée de quarante minutes, où tout s’est enchaîné sans à peine une respiration (quitte à ajouter quelques notes de transition, pour fluidifier certains changements de tonalités par trop périlleux), dans une démarche qui rappelle celle de Piotr Anderszewski lors de son concert il y a quelques mois, avec les ultimes pièces pour piano de Brahms.

250 ans d'histoire et de musique à Pittsburgh. Dvořák et Simon, deux lectures de l'esprit américain

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Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 9 en mi mineur, op. 95, B. 178, « Du Nouveau Monde » ; Carlos Simon (né en 1986) : Four Black American Dances. Pittsburgh Symphony Orchestra, direction : Manfred Honeck. 2025 — Live (Heinz Hall, Pittsburgh, février 2025) — Livret en anglais — 58'51 — 1 SACD Fresh! / Reference Recordings FR-769SACD.

Mel Bonis, la consécration orchestrale

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Mel Bonis (1858-1937) : Trois Femmes de légende (Ophélie, op. 165 ; Salomé, op. 100 ; Le Songe de Cléopâtre, op. 180) ; Suite en forme de valses, op. 35-38 (Ballabile ; Interlude et Valse lente ; Scherzo-valse) ; deux mouvements extraits de la Suite orientale, op. 48 (Prélude ; Danse d'Almées) ; Le Chat sur le toit, op. 93, pour voix haute et orchestre ; Trois Danses (Bourrée, op. 62 ; Pavane, op. 81 ; Sarabande, op. 82) ; Noël de la vierge Marie, op. 54, pour mezzo-soprano et orchestre ; Danse sacrée, op. 37 ; Les Gitanos, op. 15 (orchestration d'Adolphe Gauwin). Éditions critiques de Christine Géliot. Elizabeth Watts, soprano ; BBC Scottish Symphony Orchestra, Rumon Gamba, direction. 12-14 février 2025. Livret en anglais. 1 SACD hybride Chandos CHSA 5381.

Paolo Tosti, maître de musique à la cour victorienne

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Sir Paolo Tosti at the British Royal Court. Mélodies et pièces instrumentales de Francesco Paolo Tosti (1846-1916), Frank Bridge (1879-1941), Gaetano Braga (1829-1907) et Giuseppe Verdi (1813-1901). Stanisław Daniel Kotliński, baryton ; Simon Zhu, violon ; Maciej Kułakowski, violoncelle ; Marco Balderi, piano. 2022. 75'15. Notice en italien et en anglais. 1 CD Da Vinci Classics C01087.

The Line par Hopper, la force du programme

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Fort de l’expérience antérieure (ma première sortie au B3 avait tourné à la chasse au trésor – le GPS avait perdu), je me repère cette fois adéquatement, cherchant, un peu en avance, une zone d’ombre dans le grand hall d’entrée du bâtiment crûment éclairé par un soleil, descendant sans avoir dit son dernier mot – les musiciens de Hopper terminent, en sueur dans la salle à la climatisation en panne, le filage du premier The Line de la saison, une programmation de l’ensemble liégeois, qui s’y entend pour repêcher des pièces aux compositeurs desquelles on ne pensait plus et les accoler à d’autres, à la renommée plus installée sans pour autant se retrouver souvent sur la playlist.

Le concert se sous-titre Infinito Nero, selon le nom de la pièce chantée (un court opéra de chambre) de l’autodidacte (à ses débuts ; ensuite il écoute ce que certains professeurs ont à dire) italien (d’accord, sicilien) Salvatore Sciarrino : autour des textes de Maria Maddalena, sainte ou illuminée (selon le point de vue qu’on adopte face au mysticisme) – non pas des écrits de sa main, mais des notes verbatim de ses novices, dont la moitié répète la logorrhée de la possédée (du diable ? du dieu ?) lors de ses visions (dans le DSM, on dit hallucinations visuelles), cependant que l’autre écrit à la volée –, le compositeur pose une musique minuscule, faite de souffles et de claquements et de frottements, aux événements rares et aux variations avares – à laquelle, sans vraiment le décider, notre attention se consacre comme un chat frileux se pelotonne en hiver. « Nous ne devons pas savoir si c’est mon cœur ou un instrument, le bois du piano... », dit Sciarrino ; les brusques flux vocaux (Donatienne Michel-Dansac est la voix de « la solitude, la douleur et [du] sentiment d’être perdu ») sont là comme un Etna démembré, craintif et angoissant – et on sort de là sonné et bienheureux.

Petits motets de Bernier et Campra, avec Romain Bockler et Concerto Soave

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Venite, exultemus. André Campra (1660-1744) : Venite, exultemus. Laudate Dominum. Nicolas Bernier (1664-1734) : Judica me Deus. Alma redemptoris Mater. Venite, exultemus. Pierre Dumage (1674-1751) : Plein Jeu. Louis Marchand (1669-1732) : Fond d’orgue. Nicolas Lebègue (1630-1702) : Préludes du Ve et VIe tons. Concerto Soave. Romain Bockler, baryton. Simon Pierre, Gabriel Ferry, violon. Flore Seube, basse de viole. Ulrik Larsens, théorbe. Jean-Marc Aymes, clavecin, orgue positif, grand orgue. Octobre 2024. Livret en anglais, français ; paroles en latin, traduction bilingue. 67’58’’. Ricercar RIC 481

Un large panorama du piano espagnol en souligne la richesse

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Œuvres pour piano de Isaac Albéniz (1860-1909), Manuel Espona (1714-1779), Manuel de Falla (1876-1946), Manuel Font y de Anta (1889-1936), Enrique Granados (1867-1916), Federico Mompou (1899-1940), Domenico Scarlatti (1685-1757), Antonio Soler (1729-1783) et Joaquín Turina (1882-1949). Alessandro Deljavan, Jean-François Dichamp, Benita Meshulam, Melani Mestre, Pedro Piquero, Esteban Sánchez, Riccardo Schwartz et Sebastian Stanley, piano. 1968-2023. Notice en anglais. Un coffret de dix CD Piano Classics PCL10363.