Augustin Dumay : Brahms Forever

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Incroyable mais vrai : à 77 ans, Augustin Dumay signe son premier enregistrement du Concerto pour violon de Brahms. Une gravure qu'il avait longtemps différée, avec le sentiment de ne pas être encore allé assez loin dans sa compréhension de la partition. Pour Crescendo, il revient sur le chemin — varié mais constant — de sa fascination pour le compositeur.

N'y avait-il vraiment aucune limite pour enregistrer cet opus 77 de Brahms ?

Je souris souvent en pensant que, si j'avais eu la chance de vivre cent quarante ans, j'aurais peut-être attendu ma cent vingt-cinquième année avant de l'enregistrer.

Qu'est-ce qui vous a retenu aussi longtemps ?

Il ne s'est jamais imposé à moi comme un sommet à conquérir, mais comme un compagnon de route vers lequel je n'ai cessé de revenir, avec la conviction que chaque rencontre en révélait une lumière nouvelle.

Depuis votre premier enregistrement brahmsien, les sonates pour piano et violon avec Michel Béroff (EMI), votre approche du compositeur n'en démontre pas moins une même complicité avec cette musique qui combine un lyrisme maîtrisé et une recherche d'intimité révélatrice.

Et je suis moi-même revenu deux fois en studio à ces sonates, avec Maria João Pires et Louis Lortie. Je ne peux résister à cette musique et à son mélange d'intensité lyrique — qui fait toute la projection de la mélodie brahmsienne — et d'intimité complice. Cette osmose, on la retrouve presque toutes les vingt mesures dans ces pages : elle crée leur vitalité intrinsèque. Certes, sa musique a un aspect extrêmement charnel, mais elle dégage en même temps quelque chose de tourné vers le spirituel, comme s'il exprimait un sentiment religieux mais universel. C'est une impression que je retrouve également dans les symphonies de Bruckner. Ce sont des compositeurs qui nous construisent, comme les plus grands, Mozart ou Beethoven. Mais le travail ne s'arrête jamais : quelques mois après un concert, une nouvelle lumière arrive et je me sens une responsabilité particulière de la restituer. En fait, cette musique ne nous appartient pas : chaque interprétation n'est que l'illusion d'une ambiance passagère, d'un moment, et le travail de découverte reprend inéluctablement. C'est la raison pour laquelle je ne pouvais pas me décider à enregistrer le concerto. C'est l'une des toutes grandes œuvres pour le violon et je ne pouvais me résoudre à la graver avant d'en avoir fait le tour.

Certains accordent à ce concerto des références hongroises, issues du souvenir des tournées effectuées par Brahms dans sa jeunesse avec le violoniste magyar Reményi. Qu'en pensez-vous ?

Ces influences se retrouvent dans toutes ses œuvres, dans les symphonies comme dans les concertos pour piano. Comme d'autres compositeurs, Brahms a été marqué par la musique d'Europe centrale, qui a intégré son imaginaire. À ce titre, je me dois de la mettre en valeur pour respecter pleinement son langage. Mais cela reste complètement du Brahms, à la fois naturel et très créatif. C'est évident dans la thématique du finale du concerto, qui a des moments all'ongarese. Mais c'est toujours bien du Brahms !

Que vous apporte votre expérience de chef d'orchestre quand vous revenez à l'œuvre comme violoniste ?

Vous m'y faites réfléchir, car personne ne m'a jamais posé la question. Il est évident que le fait d'accompagner mes collègues a enrichi ma conception de l'œuvre. L'angle de vision et d'analyse est certes différent, et cela a une influence sur les couleurs symphoniques. Aussi, quand je reviens au violon, je me rends compte que j'ai appris quelque chose de nouveau — et cela me pousse encore à retarder le moment d'enregistrer.

Le choix d'Eliahu Inbal est symbolique : voilà un chef profondément intégré dans la musique allemande.

C'est une sorte d'évidence respectueuse. Il a signé de remarquables enregistrements, notamment l'une des plus belles intégrales Mahler avec l'Orchestre symphonique de la Radio de Francfort. On a passé des moments merveilleux dans le laboratoire de travail du studio. Communiquer ainsi avec des musiciens est ce qui m'intéresse le plus dans la vie. Nous nous connaissons depuis le conservatoire, quand il s'exerçait avec l'orchestre d'étudiants dont je faisais partie. Davantage qu'un inventaire des fautes commises, ces conversations sont comme un regard ou une écoute conjointe, que l'on approfondit ensemble.

Les fantômes à travers les pièces symphoniques françaises, sous la baguette hautement inspirée de Pierre Dumoussaud

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Phantoms. French Symphonic Poems. Ernest Guiraud (1837-1892) : Chasse fantastique. Augusta Holmès (1847-1903) : Héro et Léandre, prélude (La Naissance de Cypris). Florent Schmitt (1870-1958) : Le Palais hanté, op. 49. Marie Jaëll (1846-1925) : Ossiane, prélude. Charles Gounod (1818-1893) : La Nonne sanglante, ouverture. Gaston Carraud (1864-1920) : La Chevauchée de la chimère. Guy Ropartz (1864-1955) : La Chasse du prince Arthur. Charles Silver (1868-1949) : La Belle au bois dormant, suite symphonique n° 3 (Urgèle et les gnomes). Orchestre National Bordeaux Aquitaine, direction Pierre Dumoussaud. 2025. Notice en français, anglais et allemand. 77'. Alpha Classics ALPHA1284.

Mahler de luxe avec Simon Rattle

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 2 en ut mineur « Résurrection ». Louise Alder (soprano) ; Beth Taylor (mezzo-soprano) ; Chor des Bayerischen Rundfunks ; Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, direction Simon Rattle. 2026. Notice en allemand et anglais. 82'39''. BR-KLASSIK 900240.

Le Sacre et Daphnis par Rafael Payare : un millésime majeur

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Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, M. 57 (version intégrale avec chœur). Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du printemps. Chœur de l'Orchestre symphonique de Montréal ; Orchestre symphonique de Montréal, direction Rafael Payare. Enregistrement Maison symphonique de Montréal — 2025 et 2026. Livret en anglais et français. 92'13''. Pentatone PTC 5187665.

Vérone au crépuscule de la Renaissance : La Quintina révèle un polyphoniste méconnu

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Incogniti Sentieri. Paolo Fonghetti (1572-c1630) : Missaque triplici modo concinenda tribus vocibus. Lamentationes in Hebdomada mariori decantandae. Oeuvres d’orgue de Jacques Brumel (?-1564), Girolamo Cavazzoni (c1510-c1577), Claudio Veggio (c1510-?), Bernardino Bottazzi (c1560-post1614). La Quintina. Joseph Rassam, orgue gothique. Esther Labourdette, superius. Sylvain Manet, altus. Jérémie Couleau, ténor et direction. Octobre 2025. Livret en français, anglais. Paroles des chants accessibles par code QR. 57’48’’. Albus ALB014

Les modernités de William Grant Still

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William Grant Still (1895-1978) : Symphonie n° 2 en sol mineur « Song of a New Race » ; Symphonie n° 4 « Autochthonous ». National Symphony Orchestra, direction Gianandrea Noseda. Enregistrement live, Kennedy Center Concert Hall, Washington D.C., 2022-2023. Notice en anglais. 61'22''. National Symphony Orchestra. NSO0020.

20 ans de Pianoscope à Beauvais

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Il y a 20 ans, une idée de festival a germé dans la tête de Brigitte Engerer, qui a très vite entraîné dans son projet une équipe de la direction des affaires culturelles de la ville de Beauvais, dont le noyau est resté fidèle. Bien ancré dans la saison culturelle de la région, le festival est toujours attendu avec impatience par les spectateurs. Cette année, « Pianoscope est assez grand pour aborder d’autres rivages », affirment les organisateurs, qui se sont aventurés du côté de la chanson en invitant Vincent Delerm pour l’ouverture de la manifestation. Nous nous y sommes rendus le jour de la clôture pour assister à trois récitals… Enfin, plus exactement à quatre, puisque le concert « Place aux jeunes », le matin, réunissait deux pianistes, Alice Power et Ziyu Shao, tous deux étudiants à l’École normale de musique de Paris.

La jeune pianiste suédoise Alice Power a reçu, en 2025, le prix Cortot, la plus haute distinction que l’École décerne au ou à la lauréat(e) « premier(e) nommé(e) à l’unanimité » du diplôme supérieur de concertiste. Dès l’Ouverture dans le style français BWV 831 de Bach, elle fait preuve d’une grande liberté de jeu. Sous ses doigts, la musique est fluide et naturelle, les ornements sont justes, ni trop lourds ni trop légers, avec quelques touches qui s’apparentent au romantisme. Elle choisit ensuite la suite de La Belle au bois dormant de Tchaïkovski transcrite par Mikhaïl Pletnev. Dans la lignée de Liszt, le pianiste russe conserve dans son arrangement tous les effets orchestraux, tout en ajoutant des traits proprement pianistiques. L’interprétation requiert une grande virtuosité, dont Alice Power fait une belle démonstration. Mais elle ne se distingue pas seulement par la maîtrise technique, qui semble ne lui poser aucune difficulté ; elle donne aussi vie à ces pièces de caractère, directement issues du ballet romantique. Si quelques pièces, notamment le « Prologue », sonnent un peu saturées, voire touffues, dans l’acoustique généreuse mais assez directe de la grange de la Maladrerie Saint-Lazare, elle parvient néanmoins à bien différencier les plans sonores. Ceux-ci évoquent avec efficacité, sous la charpente du début du XIIIe siècle, les différents pupitres de la version orchestrale. Décontractée, elle joue sans donner l’impression de fournir le moindre effort. On relève quelques particularités, comme les dissonances bien soulignées dans « Le chat botté », ou une allure d’étude dans « Vision » et « Canari qui chante », pour lequel elle opte pour un tempo presto. Elle offre également de très beaux moments, comme l’« Andante » et l’« Adagio » du pas de deux, où elle fait chanter l’instrument.

Roméo et Juliette par les Ballets de Monte-Carlo

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Avant même de traiter des mérites de cette rare visite des Ballets de Monte-Carlo à Bruxelles, où ils n'étaient plus venus depuis vingt-cinq ans, quelques remarques liminaires de nature purement logistique et matérielle s'imposent.

Si le choix du Cirque Royal paraît de prime abord tout à fait indiqué quant à la jauge et à l'acoustique, les spectateurs placés comme votre rédacteur à l'arrière du parterre auront droit à une désagréable surprise. En effet, la combinaison de cette partie centrale parfaitement plane de la salle et des rangs de spectateurs placés plus près de la scène fait — pour donner l'exemple de ce chroniqueur — qu'au quatorzième et dernier rang dudit parterre il est impossible de voir le bas du corps des danseurs : la disposition des sièges par rapport à la scène (qu'il aurait peut-être fallu rehausser, à moins qu'on n'eût pu installer un plan incliné au parterre) fait qu'on est privé de toute vue sur les pieds des danseurs et qu'on ne peut voir leurs jambes qu'à partir du milieu des mollets (sauf, bien sûr, lorsque la chorégraphie demande des sauts). De là qu'il devient difficile d'apprécier pleinement la position et les pas des interprètes.

Par ailleurs, il est dommage qu'une troupe de cette qualité ait fait l'impasse sur un vrai orchestre. Bien sûr, amener une formation d'une taille suffisante pour cette tournée de quatre jours en Belgique (avec chaque fois deux représentations à Anvers comme à Bruxelles) a un coût, surtout pour une initiative émanant d'un organisateur privé (en l'occurrence D Show Production), mais il est vraiment décevant d'entendre la superbe musique de Prokofiev sortir de deux impressionnantes grappes de haut-parleurs disposées en hauteur de part et d'autre de la scène pour nous offrir un fond sonore très probablement sur base de fichiers informatiques excessivement comprimés (la dynamique est vraiment restreinte, le son est généralement uniment fort et parfois très fort, alors que les perspectives sonores se retrouvent totalement faussées).

L'OPMC célèbre la musique américaine

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L'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo consacre son concert du 25 octobre 2026 à trois figures de la musique américaine du XXe siècle. Sous la direction de Lio Kuokman, la soirée s'ouvre sur l'ouverture de Candide, de Leonard Bernstein, dont le chef livre une lecture dansante et spirituelle, d'une précision rythmique constante, où nombre de détails et de phrasés se révèlent convaincants.

Randall Goosby dans le Concerto de Barber

Le brillant violoniste Randall Goosby rejoint l'orchestre pour le Concerto pour violon, op. 14, de Samuel Barber, l'un des plus joués du répertoire américain pour son lyrisme romantique tardif. Le premier mouvement, un Allegro de forme sonate, oppose deux thèmes dont le second joue des rythmes syncopés ; le deuxième, lent, expose son thème au hautbois avant de le confier au violon ; le troisième, Presto in moto perpetuo, tranche par sa course continue et ses accents vifs, et exige une virtuosité soutenue du soliste comme de l'orchestre.

Goosby en donne une lecture sensible, attentive à l'atmosphère onirique de la partition plus qu'à l'effet. En bis, il joue Louisiana Blues Strut de Coleridge-Taylor Perkinson — une page pour violon seul qui mêle virtuosité classique, blues et formes baroques (chaconne, passacaille) — puis un extrait de la Sonate pour violon en do majeur de Bach.