A la Semperoper de Dresde un magnifique Onegin selon John Cranko

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Qui entre pour la première fois à la Semperoper de Dresde est surpris par les dimensions colossales de ce théâtre mythique où ont œuvré tant Richard Wagner que Richard Strauss. Construit par l’architecte Gottfried Semper entre 1838 et 1841, le bâtiment comportant 1300 places a été détruit plusieurs fois par les incendies, bombardements et inondations. Mais il jouit aujourd’hui d’un prestige lié à son histoire et à son orchestre puisque la Staatskapelle Dresden assure tous les spectacles de la saison 2026-2027 qui affiche vingt opéras et neuf ballets.

Le Ballet de la Semperoper est de toute premier ordre et est rigoureusement divisé en catégories (solistes, coryphées, corps de ballet et élèves, soit une soixantaine de danseurs placés sous la direction du chorégraphe helvético-canadien Kinsun Chan. Et c’est lui qui a décidé d’inclure récemment au répertoire le célèbre Onegin que John Cranko avait conçu pour le Ballet de Stuttgart en 1965 puis remanié deux ans plus tard. Pour la musique, l’on avait fait appel à Kurt-Heinz Stolze qui avait puisé dans la vaste production de Tchaikovsky en arrangeant plusieurs pages tirés des ouvrages moins connus tels que Cerevicki ou des poèmes symphoniques les moins prisés, tout en orchestrant nombre de pièces pour piano. A Jürgen Rose avaient été commandés des décors et costumes bucoliques pour les deux premiers actes, contrastant avec le faste du Palais du Prince Grémine à Saint-Pétersbourg. Du reste, si l’on compare cette production empruntée au Ballet de Hambourg à celle qu’utilise le Ballet de l’Opéra de Paris, l’on en apprécie le côté suranné avec les toiles peintes figurant la maison de Madame Larina et ses bocages, cette chambre à coucher avec ce lit à courtine et ces rideaux défraîchis encadrant la salle pour le bal campagnard.

« Alcide » de Marin Marais et Louis de Lully : une remarquable recréation de Reinoud Van Mechelen

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On connaît, par ses trois récitals, l’intérêt de Reinoud Van Mechelen pour les trois hautes-contre français (Dumesny, Jéliote et Legros) qui servirent successivement Lully, Rameau et Gluck. Rien de plus normal, puisque ces artistes représentaient la quintessence de ce qui fait l’originalité de la voix (rare) de notre compatriote. Dans le disque Dumesny, ce cuisinier devenu chanteur, Van Mechelen avait déjà sélectionné deux airs (« Mon amoureuse inquiétude » et « Ne pourrai-je trouver de remède ») d’un certain Alcide. Voici désormais l’opéra complet, et c’est une révélation.

Un pas important de l’après-Lully

Insatiable chercheur, Van Mechelen arpente les réserves de la Bibliothèque nationale de France à la recherche de manuscrits intéressants, et il découvre les vestiges de cet Alcide, un opéra qui raconte la fin de vie d’Hercule (Alcide est le nom qu’on lui donne comme petit-fils d’Alcée), un temps ressuscité en 2006 à Versailles. À la barre, un duo de compositeurs : Louis de Lully, fils aîné de Lully, que sa vie dissolue fit écarter de la succession à l’Académie royale de musique mais qui y revient, non sans s’associer à des compositeurs plus mûrs. Ce fut Marin Marais pour cet Alcide ou le Triomphe d’Hercule. Brillant élève de Lully, ordinaire de la Chambre du roi pour la viole, Marais est un musicien reconnu, mais il n’a pas encore abordé l’opéra : ses chefs-d’œuvre (Ariane et Bacchus, Alcyone et Sémélé) suivront ce premier essai collectif. Nul ne sait d’ailleurs lequel des deux compositeurs est responsable de quoi, même si les experts se plaisent à reconnaître que l’écriture de cet Alcide annonce clairement un style en devenir. Pour l’essentiel, l’ouvrage s’inscrit en plein dans le moule lulliste, tant par la disposition en cinq actes avec un prologue royal que par la succession des événements, avec la traditionnelle scène infernale du troisième acte. Avec sans doute une expression moins corsetée des sentiments, une humanité plus impliquée des protagonistes et un sens aigu de la réalité du récit. On est d’emblée séduit par le naturel du chant : les conversations se répondent, s’enchaînent, s’opposent et se complètent dans l’instant, avec une rare continuité.

Gala des trois chefs pour les 50 ans de l'ONL

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C'est soirée de gala et de passion musicale partagée pour les 99 musiciens de l'Orchestre National de Lille et les 1 758 mélomanes, pas un de moins, qui se sont empressés d'occuper toutes les places du vaste auditorium Jean-Claude Casadesus, au Nouveau Siècle, en plein cœur de Lille.

Il règne sur scène et dans la salle comme un curieux mélange de fébrilité positive, d'impatience curieuse, de subtil plaisir de retrouvailles en un lieu familier, après deux années d'absence pour travaux. Et puis, c'est avant tout le soir de fête du 50e anniversaire de l'orchestre avec, cerise sur le gâteau, la présence des trois chefs qui se sont succédé à sa direction depuis la création de l'ensemble symphonique en 1976. Jean-Claude Casadesus, le fondateur, s'est employé au cours d'une aventure musicale et humaine de quatre décennies à donner une âme, un son et un public à son orchestre.

Il a porté avec la même exigence de qualité la musique auprès des habitants des Hauts-de-France (250 communes visitées, salles des fêtes, usines, hôpitaux, prisons) comme sur les scènes les plus réputées de 32 pays sur quatre continents : de Saint-Pétersbourg à New York, de Berlin à Buenos Aires, de Paris à Abidjan, de Montréal à Pékin, de Moscou à Séoul, Singapour ou Shanghai… Avec le soutien jamais démenti du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais, aujourd'hui des Hauts-de-France, il s'est battu pour doter l'orchestre d'une vraie salle de concert à l'acoustique impeccable qui porte aujourd'hui son nom.

Tzairí Santos García : « Fuga Latina, une porte de plus dans une grande maison »

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Outhere Music lance Fuga Latina, nouvelle collection consacrée aux musiques d'Amérique latine, adossée au label Fuga Libera. Baroque colonial, musique de chambre, répertoire orchestral moderne et contemporain : la première salve d'enregistrements revendique l'éclectisme. Musicienne de formation, fondatrice et directrice de l'équipe de stratégie digitale et de communication d'Outhere, Tzairí Santos García pilote le projet. Elle revient pour Crescendo Magazine sur la genèse de la collection, ses critères de choix et son identité visuelle.

Outhere Music pilote déjà une dizaine de collections aux identités affirmées. Qu'est-ce que Fuga Latina fait que Alpha, Ricercar ou Arcana ne pouvaient pas faire ?

Il faut d'abord distinguer ce que l'on entend par label et par collection. Arcana et Ricercar sont en effet des labels aux identités très affirmées, tant du point de vue territorial pour Arcana que du point de vue du répertoire pour Ricercar. Alpha Classics est, quant à lui, un label éclectique, avec des artistes et des répertoires très divers et de nouvelles signatures importantes. On trouve d'ailleurs plusieurs collections au sein d'Alpha, et leur principe est le même que celui de Fuga Latina : offrir un espace dédié pour mettre en avant des répertoires et des concepts précis. Il s'agit en quelque sorte de créer différentes portes que le public peut ouvrir au sein d'une grande maison.

Il nous a semblé logique que Fuga Latina s'inscrive dans Fuga Libera, un label que nous concevons comme un laboratoire, qui nous permet d'explorer des répertoires très larges, parfois inattendus.

Concrètement, comment sélectionnez-vous les projets ? Vous appuyez-vous sur un conseil consultatif, sur des correspondants régionaux, sur des musicologues associés, ou la décision est-elle centralisée entre Bruxelles et vous ?

Fuga Latina est un projet que nous avions en tête bien avant la crise du Covid. Lorsque l'idée a pris forme, nous avons commencé à contacter des artistes déjà présents dans notre catalogue, mais aussi à prospecter sur place, notamment au Mexique. Les projets de ce lancement sont le fruit de ces échanges, et d'autres sont déjà en préparation, au Mexique et au Brésil.

Le choix artistique suit donc un chemin organique, qui naît des rencontres et des connexions liées à notre notoriété de producteurs. C'est d'ailleurs le cas pour nos autres labels et collections : les artistes viennent vers nous. Nous nous inspirons des musiciens que nous suivons, des programmes de concerts, des festivals locaux… Une idée mène à une autre, et chaque rencontre ouvre de nouvelles perspectives. Nous espérons poursuivre ces prospections sur place, aller à la recherche de nouveaux talents et être à l'origine de nouveaux projets.

Le casting mêle baroque colonial (La Boz Galana, Concerto Scirocco), musique de chambre (Ney Fialkow et Cármelo de los Santos) et répertoire orchestral. Quelle ligne les unit éditorialement ?

Deux facteurs relient cette collection à l'Amérique latine : l'instinct et l'intuition. Autrement dit, le casting de ce lancement s'est construit de manière très instinctive et totalement intuitive ; nous nous sommes retrouvés avec une liste de projets qui sont, je crois, à l'image de l'identité d'Outhere.

Le lancement a pris plus de temps que prévu, et le hasard veut que la collection voie le jour au moment où la latinité est célébrée dans le monde entier, que ce soit à travers des manifestations comme le Hispanic Heritage Month ou par le fait que le monde latino commence à occuper une vraie place sur la scène classique internationale. Ce n'est pas la première fois que Gustavo Dudamel se produit aux BBC Proms, mais c'est la première fois qu'il y dirige la création d'une œuvre contemporaine d'une compositrice mexicaine, Gabriela Ortiz.

Les archives londoniennes du Fine Arts Quartet dans son répertoire de prédilection

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quatuor à cordes n° 19 en ut majeur K 465 « Les Dissonances ». Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n° 14 en ré mineur D 810 « La Jeune Fille et la Mort ». Fine Arts Quartet (Ralph Evans et Efim Boico, violons I et II ; Jerry Horner, alto ; Wolfgang Laufer, violoncelle). 1986. Livret en français et en anglais. 68'38. Le Palais des Dégustateurs PDD046.

Roma de Massenet revient à Monte-Carlo : la musique retrouvée, le théâtre en suspens

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Il est des résurrections qui ont valeur de symbole. Cent quatorze ans après sa création à l'Opéra de Monte-Carlo, Roma de Jules Massenet revient en Principauté, cette fois en version de concert, sous la direction du jeune chef italien Diego Ceretta.

En entrant dans l'Auditorium Rainier III, une première image suscite pourtant une certaine perplexité : la scène est occupée jusqu'à la limite de sa capacité. L'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo est au grand complet ; derrière lui, la centaine de chanteurs du Chœur de Radio France ; au bord du plateau, les neuf solistes alignés, avec à peine l'espace nécessaire pour bouger.

On se prend rapidement à penser que Roma aurait mérité davantage.

Car cet opéra en cinq actes, créé à Monte-Carlo en 1912, est une vaste fresque historique et tragique. Rome vient de subir la défaite de Cannes face à Hannibal. La cité humiliée cherche une faute qui puisse expliquer le désastre. Elle la trouve en Fausta, vestale qui a rompu ses vœux en aimant Lentulus. Derrière les fastes de la Rome antique, c'est une femme broyée par la religion, la raison d'État et le besoin d'une collectivité de désigner un coupable.

« Stranger Saiton » : le retour fracassant de Dmitry Smirnov

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Prosper Sainton (1813-1890) : Rêverie pour violon solo ; Thème italien varié pour violon et orchestre — Niccolò Paganini (1782-1840) : I Palpiti, variations pour violon et orchestre — Hector Berlioz (1803-1869) : Rêverie et caprice, romance pour violon et orchestre H 88 — Richard Strauss (1864-1949) : Le Bourgeois gentilhomme, suite d'orchestre — Gioacchino Rossini (1792-1868) : Andante con variazioni sur un thème de Tancrède pour violon et harpe. Dmitry Smirnov, violon ; Orchestre de chambre de Bâle, direction Victor Jacob. Livret en anglais, français et allemand. 71'53. Fuga Libera.

Christoph Eschenbach, magistral, galvanise un Orchestre de Paris des grands jours dans Brahms

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C’est à un programme entièrement consacré à Brahms, et dont on ne peut pas dire qu’il brille par son audace, que nous propose l’Orchestre de Paris : Concerto pour violon et Première Symphonie. Des œuvres qui sont régulièrement au répertoire de cet orchestre, puisque jouées respectivement 27 et 31 fois depuis sa création en 1967, soit exactement, en moyenne, l’une ou l’autre chaque saison.

En soliste, Leonidas Kavakos, qui mène une double et brillante carrière, comme on a pu l’observer l’année dernière à Paris, comme chef d'orchestre puis comme violoniste.

Au pupitre, Christoph Eschenbach, qui a été directeur musical de l’Orchestre de Paris de 2000 à 2010 (dans cette période compliquée où la Salle Pleyel, dans laquelle l’orchestre donnait ses concerts, a longuement été en travaux). Depuis, il est revenu presque chaque saison, ce qui tend à prouver que le courant passe bien.

Martha Argerich et ses amis, en concerts à Hambourg, en juin 2022

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Rendez-vous avec Martha Argerich, volume 4. Œuvres de Grażyna Bacewicz (1909-1969), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Frédéric Chopin (1810-1849), Paul Juon (1872-1940), Serge Rachmaninov (1873-1943), Franz Schubert (1797-1828), Clara Schumann (1819-1896) et Robert Schumann (1810-1856). Martha Argerich, Leonora Armellini, Elena Bashkirova, David Chen, Martin Garcia Garcia, Dong Hyek Lim, Lily Maisky, Szymon Nehring, Akane Sakai et Sergio Tiempo, piano ; Michel Barenboim, Asaf Levy, Sascha Maisky et Rosanne Philippens, violon ; Lyda Chen, alto ; Beata Antikainen, Mischa Maisky et Edgar Moreau, violoncelle ; Michael Volle, baryton. 2022. Notices (de courtes biographies) en anglais, en français et en allemand. 299 minutes. 5 CD Avanti 5414706 10722.  

A Angers, une ouverture de saison XXL

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L’ONPL et leur excellent chef Sascha Goetzel ont invité le pianiste Lucas Debargue pour leur concert d’ouverture de la saison 26/27. Ce choix coïncide parfaitement avec l’actualité de ce musicien hors norme et profondément original qui vient de signer un double album Gershwin très remarqué présentant des compositions du compositeur américain : quelques Préludes, son Concerto en fa et sa Rhapsody in Blue augmentée d’improvisations de Lucas Debargue himself qui joue aussi en première mondiale, et c’est un des nombreux attraits de cette captivante nouveauté discographique, ses propres Douze Études Virtuoses sur des chansons de Gershwin rendant un brillant hommage à toute l’histoire de la musique occidentale, depuis la Renaissance jusqu’au hip-hop, dans une écriture à la fois personnelle, ludique et parodique absolument passionnante.

Hier soir, Lucas Debargue nous a donné une version exaltante du redoutable Concerto N° 2 en sol mineur de Sergueï Prokofiev dont l’extrême difficulté rebute la plupart des pianistes. Au mieux de sa forme, le pianiste français, couronné par le Concours Tchaïkovski de Moscou, nous a offert sa vision fugitive traversée par une énergie électrisante de cette oeuvre fantasque partant dans toutes les directions tout en annonçant les chefs-d’œuvre futurs, Roméo et Juliette et Pierre et le Loup en tête. La terrifiante longue cadence du premier mouvement devient presque un jeu d’enfants sous les doigts d’acier et la fantaisie du jeu de Lucas Debargue qui a trouvé un partenaire de choix avec un Sascha Goetzel particulièrement à son écoute à la tête d’un ONPL des grands jours parfaitement en phase avec son très aimé directeur musical.