« Lunaris » par Bruce Liu : une prodigieuse plongée dans les secrets des mondes de la nuit

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Lunaris ». Frédéric Chopin (1810-1849) : Nocturne op. 27 n° 2 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate n° 14 op. 27 n° 2 « Clair de lune », Sonate n° 21 op. 53 « Waldstein » ; Claude Debussy (1862-1918) : « Rêverie » ; Jean-Sébastien Bach (1685-1750)/Alexandre Siloti (1863-1945) : Prélude en si mineur ; Agnes Obel (née en 1980) : « Tokka » ; Federico Mompou (1893-1987) : Glossa, Fantasia sobre « Au clair de lune » ; György Ligeti (1923-2006) : Étude n° 5 « Fanfares » ; Alexandre Scriabine (1872-1915) : Sonate n° 4 op. 30 ; John Cage (1912-1992) : « Dream ». Bruce Liu, piano. Livret en anglais. 80'34''. 1 CD Deutsche Grammophon 486 8761.

Pauline s'ouvre : API publique, Contre-Champ et cap sur le Canada

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Depuis son lancement, Pauline poursuit une idée simple : donner envie d'écouter ce qu'on n'aurait pas cherché. L'application de recommandation musicale de Crescendo — 656 compositrices et compositeurs, neuf siècles de création, 98 nationalités — franchit aujourd'hui trois étapes. La plus structurante d'entre elles change la nature même du projet : Pauline passe en Api publique.

Le corpus devient un bien commun

L'intégralité de la base de Pauline est désormais publiée en open data, au format JSON, à une adresse unique : pauline.crescendo-magazine.be/compositeurs.json. Une seule requête, sans clé ni inscription. Les données sont diffusées sous licence Creative Commons BY-SA 4.0 : chacun est libre de les réutiliser, à la seule condition de citer la source et de partager ses versions dérivées dans les mêmes termes.

Ce choix n'est pas une commodité technique, c'est une position. Un savoir musical — et singulièrement celui des compositrices et des voix méconnues que Pauline met en avant — ne vaut que s'il circule. Plutôt que d'en faire une chasse gardée, nous l'exposons tel quel :

  • Pour les chercheurs et les enseignants — un corpus structuré, exploitable dans un travail universitaire, un cours ou un mémoire.
  • Pour les développeurs et les institutions — une source prête à alimenter une application, une programmation de salle, un projet de médiation.
  • Pour les curieux — la possibilité de vérifier, de corriger, de prolonger.

C'est un gage de transparence — les données qui nourrissent les recommandations sont visibles et vérifiables, pas enfouies dans une boîte noire — et de pérennité.

Festival Classic à Guétary : trois rendez-vous passionnés de musique de chambre

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Fondé il y a une quinzaine d'années par le pianiste Aurèle Marthan, le festival Classic à Guétary renoue avec l'héritage artistique de ce petit port de la côte basque, au territoire pentu, bordé par l'Atlantique et où est enterré le poète Paul-Jean Toulet. Pendant une semaine au mois d'août, le village, qui est aujourd'hui le repaire discret de quelques vedettes, se fait le creuset de rencontres entre générations de musiciens, et défend l'excellence dans le répertoire chambriste au sein de l'église perchée sur la colline.

Pour la 14e édition, la relève est à l'honneur avec la prodige Arielle Beck. Dès les notes augurales, sur un ostinato pulsatif, de la Sonate n°15 en ré majeur op. 28 de Beethoven s'entendent une concentration et un contrôle du jeu évidents, que ne démentira pas le léger balancement rythmique de l'Andante, calibré avec soin. Le Scherzo distille une discrète facétie qui ne menace jamais une tenue sobre, quoique nullement austère. L'ivresse du Rondo final confirme une intelligence du caractère et de la construction formelle, signes d'une maturité précoce que l'on retrouve dans la Sonate n°3 en si mineur op. 58 de Chopin.

L'Allegro maestoso résonne avec une puissance qui restitue la noblesse de l'inspiration du compositeur franco-polonais, sans céder aux tentations du sentimentalisme. À la fluidité du doigté dans le Scherzo succèdent la plénitude d'un Largo où s'équilibrent lyrisme et science technique, et un finale aux élans vigoureux qui immerge la nef dans une remarquable intensité expressive. Jeune et ambitieuse, la soliste n'hésite pas à mettre à son programme une troisième sonate non moins exigeante. Plus ramassée que les deux précédentes, la n°4 en do mineur op. 29 de Prokofiev n'en reste pas moins un défi, avec ses trois mouvements très contrastés, que relève sans faillir Arielle Beck, entre un Allegro molto sostenuto empreint d'une gravité qui n'est jamais alourdie inutilement ici, un Andante assai nourri de sentiment et un Allegro con brio tout de vivacité ironique où la pianiste française ne se départit pas d'une légère sagesse réservée qui ne gâche aucunement un talent déjà bien accompli, dont le bis, le finale de la Troisième du même Prokofiev, offre une autre magistrale illustration.

Mutter : la découverte d’une Amérique décontractée

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American Tunes #1. André Previn (1929-2019) : Concerto pour violon n° 2, pour violon, cordes et deux interludes de clavecin ; Trio pour violon, violoncelle et piano. Sebastian Currier (né en 1959) : Ringtone Variations, pour violon et contrebasse. Anne-Sophie Mutter, Knut Johannessen, Roman Patkoló, Daniel Müller-Schott, Lambert Orkis, Mutter's Virtuosi. Livret en anglais, allemand et français. 51'58. 1 CD Alpha Classics ALPHA1254.

Faust de Gounod par Henri Büsser, au plus près du chef d’œuvre

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Charles Gounod (1818-1893) : Faust, opéra en cinq actes. César Vezzani (Faust), ténor ; Mireille Berthon (Marguerite), soprano ; Marcel Journet (Méphistophélès), basse ; Louis Musy (Valentin), baryton ; Jeanne Montfort (Dame Marthe Schwertlein), mezzo-soprano ; Marthe Coiffier (Siébel), soprano ; Michel Cozette (Wagner), baryton. Artistes des Chœurs de l’Opéra et Orchestre Symphonique, direction : Henri Büsser, chef d’orchestre de l’Opéra. Enregistré en 1930 à Paris. Notes de Mark Obert-Thorn. 2 h 36 m 16 s. 2 CD-R Pristine Audio PACO240.

Sonates pour violon et piano de Mendelssohn

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Mendelssohn est probablement l’un des compositeurs du XIXe siècle dont la connaissance musicologique a connu les développements les plus spectaculaires. On sait que le jeune Felix était d’une étonnante précocité. Mais ses œuvres de prime jeunesse n’étant pas accessibles dans un premier temps, elles n’ont été prises au sérieux qu’un bon siècle après sa disparition. Yehudi Menuhin, le premier, exhuma son concerto pour violon et cordes en ré mineur. Début du grand chamboulement : il allait falloir attribuer un numéro à celui que l’on considérait comme « le » concerto pour violon de Mendelssohn. Numéro 2, donc, numérotation qui n’est toujours pas entrée dans les mœurs. Et il y a eu les symphonies pour cordes, une douzaine, plus une en un seul mouvement (n’y voyez aucune allusion à la douzaine d’œufs chez le crémier). Et d’autres concertos encore. Il avait la plume facile le petit Felix. 

Mais ce n’est pas tout ! En cherchant bien, les musicologues mendelssohniens ont découvert l’existence de versions alternatives à ses créations majeures, car Felix remettait sans cesse ses œuvres sur le métier. 

Ce qui nous amène à ses sonates pour violon et piano dont Breitkopf publie un urtext, signé Birgit Müller. Là encore, il faut parler au pluriel et non plus se limiter à la sonate pour violon et piano, op. 4, en fa mineur (MWV Q 12), unique en son genre dans la plupart des catalogues mendelssohniens de référence, car la seule publiée de son vivant. Nous devons maintenant compter avec les essais de la prime jeunesse, certains incomplets, n’en parlons pas, un autre parfaitement achevé (une sonate en fa majeur, MWV Q 7), et une sonate tardive également en fa majeur (MWV Q 26), restée inédite pendant plus d’un siècle, exhumée par Yehudi Menuhin au milieu du XXe, dont on connaît deux versions. 

Liège : Les Nuits de septembre ou le voyage perpétuel

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Du 4.9 au 11.10, les « Nuits de septembre » dérouleront leur faste dans la cité ardente. Traditionnellement, avec Namur, l’entité la plus aventureuse des Festivals de Wallonie, elle voit son goût pour les voyages à travers le temps et l’espace qui font le sel de sa programmation devenir la thématique propre des Festivals de Wallonie.

Appelé à témoigner sur cette correspondance, son directeur Frédéric Degroote répond : pour moi, c’est une constance que de considérer la musique comme un genre en perpétuel mouvement. J’aime donc suivre les artistes, compositeurs et interprètes, dans leurs voyages au fil du temps mais aussi observer les mélanges de la création à travers les époques et les lieux. Certes j’adapte parfois ma programmation pour accueillir des projets spécifiques des Festivals de Wallonie comme le 7.10 au salon littéraire l’ensemble Satellite pour un programme de musique de chambre qui nous fait voyager de Bach à la musique d’aujourd’hui.

Le voyage, lui, est inhérent à la musique ancienne mais on peut aussi de moins en moins la dissocier des musiques traditionnelles et de l’oralité. Le voyage existe aussi entre les genres et les pratiques et c’est une des tendances les plus vivaces de la musique ancienne aujourd’hui.  

Face à une telle thématique, je pouvais en fait m’en donner à cœur joie, sans jamais revenir à des choses que j’avais déjà faites. Toute l’Europe est présente cette année, à l’exception du monde slave. Mais ma programmation cultive aussi une de mes passions, l’intimité qui me pousse à investir des lieux plus discrets comme l’écrin merveilleux du salon littéraire.

Et cet appétit de la découverte, on va le décliner avec une infinie variété de styles et de genres en fonction des endroits visités.

La dynastie Järvi et Arvo Pärt : une lignée, trois vecteurs

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Après Daniel Barenboim, notre série sur les liens entre interprètes et créateurs de notre temps se poursuit avec un cas d'exception : non pas un artiste, mais trois, réunis dans une même dynastie et consacrés depuis plus de six décennies à l'œuvre du plus célèbre des compositeurs estoniens.

Pärnu, un lien qui traverse

À Pärnu, à l'été 2025, Paavo Järvi refermait son festival estival par une exécution monumentale du Credo d'Arvo Pärt. Le geste, sur le moment, ressemble à une célébration parmi d'autres — le compositeur estonien s'apprêtait à fêter ses quatre-vingt-dix ans le 11 septembre suivant, et le monde musical préparait ses hommages. Il engage pourtant beaucoup plus qu'une déférence générationnelle : ce Credo-là referme, cinquante-sept ans plus tard, une boucle familiale et politique dont le premier maillon avait été frappé le 16 novembre 1968, dans la salle de l'Estonia Concert Hall de Tallinn, par le père du chef qui dirigeait ce soir-là à Pärnu.

Ce père, c'est Neeme. Entre lui et Paavo, il y a Kristjan, le cadet, qui a lui aussi consacré à Pärt plusieurs disques importants, dont un enregistrement de référence gravé à Berlin pour les soixante-quinze ans du compositeur. Trois chefs, une seule famille, une même œuvre pendant plus de six décennies : ce phénomène de filiation dynastique autour d'un compositeur vivant est à peu près unique dans la vie musicale contemporaine, et il mérite qu'on cesse de le résumer à la formule paresseuse « Neeme et son fils Paavo ».

Une dynastie et une œuvre

Les Järvi n'ont pas seulement défendu Pärt : ils l'ont accompagné dans trois géographies successives, à trois moments historiques distincts, avec trois orchestres différents, et selon trois logiques qu'il vaut la peine de distinguer. Neeme est le créateur historique du corpus tallinnois d'avant le silence, celui d'un compositeur soviétique et estonien. Kristjan est le passeur intime de la période berlinoise, celui qui recueille et grave l'amitié familiale nouée dans les années 1960. Paavo est le continuateur estonien, celui qui, à travers son festival et son orchestre de Pärnu, rapatrie la ligne Järvi-Pärt sur le sol de ses origines.

Ces trois rôles se recouvrent parfois, mais ils ne se confondent pas. Les nommer distinctement permet aussi de comprendre ce qu'ils partagent — un même compagnonnage biographique, en famille, depuis plus d'un demi-siècle — et ce qui les distingue d'une entreprise d'une autre nature, celle par laquelle Manfred Eicher a porté la stature planétaire du compositeur via ECM à partir de 1984. Ces vecteurs procèdent de logiques différentes qui, à l'échelle de l'œuvre, se sont conjuguées plus qu'opposées.

Neeme : la création d'un corpus (1961-1972)

Neeme Järvi devient chef régulier de l'Orchestre symphonique de la Radio estonienne en 1960, chef principal en 1963. Sa collaboration avec Pärt, encore jeune diplômé du Conservatoire de Tallinn, commence dès 1961 par l'inscription d'un oratorio de l'étudiant dans un programme de concert. Les créations s'enchaînent sur un peu plus d'une décennie : Perpetuum mobile immédiatement après le diplôme en 1963, la Symphonie n° 1 « Polyphonique » en 1964, le concerto pour violoncelle Pro et contra en 1967, Credo en 1968, la Symphonie n° 3 en 1972 — cette dernière dédiée à Järvi lui-même.

L'ossature du Pärt d'avant le silence — celui du sérialisme, du sonorisme et de la technique du collage, aujourd'hui occultée par le triomphe ultérieur du tintinnabuli — est portée pour l'essentiel par Järvi, même si d'autres chefs, notamment Eri Klas, s'y sont également impliqués. Elle est aussi gravée pour la première fois sous sa direction : dès 1969 paraissent sur vinyle la Symphonie n° 1, Perpetuum mobile, Collage über B-A-C-H et Pro et contra, seules traces sonores disponibles pendant près de vingt ans du Pärt sériel. C'est un régime d'exclusivité de fait, qui n'a d'équivalent dans l'histoire récente que dans quelques cas — Britten et Pears, Chostakovitch et Mravinski.

Le point de bascule est le Credo du 16 novembre 1968. L'œuvre incorpore un texte latin — profession de foi christologique et citation du Sermon sur la montagne — sur une trame musicale qui saccage par le collage un Prélude en ut majeur de Bach. Järvi passe outre les instances habituelles de l'Union des compositeurs et de la section culturelle du Parti, laisse la salle et l'orchestre découvrir la nature réelle du texte lors des dernières répétitions, et dirige. La création provoque un scandale, le public exige un bis qui est accordé, puis l'œuvre disparaît des programmes pour dix ans. Pärt entre dans son fameux silence de huit ans qui aboutira au tintinnabuli. Järvi voit sa carrière soviétique s'éroder jusqu'à l'émigration en 1980. La famille Järvi est mise sur liste noire par le régime pour ce même geste.