Concert inaugural du Philopéra : quand le symphonique s’invite à l’opéra, et réciproquement

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La dernière fois qu’un grand orchestre symphonique parisien, à vocation internationale, a été créé, c’était en 1967, avec l’Orchestre de Paris. C’est dire si ce concert inaugural d’un orchestre composé des deux tiers des musiciens de l'Orchestre de l’Opéra national de Paris était un événement. 

Le projet s’inspire des expériences de l’Opéra de Vienne, de la Scala de Milan et de l’Opéra de Bavière. Outre l’aspect politique (est-ce vraiment l’urgence que de susciter une nouvelle offre symphonique à Paris, qui en propose pléthore, quand tant de moyens manquent ailleurs ?), bien des questions se posent, puisque cet orchestre, dans le cadre de sa saison, joue déjà de la musique symphonique (et son nouveau directeur musical, Semyon Bychkov – présent du reste à ce concert – a déjà programmé de nombreux concerts symphoniques). Il est vrai que le nouveau projet prévoit également de la musique de chambre. 

Par ailleurs, il est annoncé « une attention particulière apportée à la défense du répertoire français rare ou oublié » ; rien de tel ce soir-là, avec un programme 100 % viennois et qui ne brille pas par sa rareté (Troisième de Schubert et Première de Mahler). Il nous est dit qu’à l’instar des musiciens de Philopéra « ces deux compositeurs ont traversé la frontière entre les mondes lyriques et symphoniques ». À voir... Mais il est vrai qu’ils ont, l’un comme l’autre, beaucoup donné à la voix. Du point de vue de la symphonie, ils ont, chacun à leur manière, ouvert un nouveau chapitre, précisément avec ces deux ouvrages. 

Philopéra choisit donc ses programmes, mais aussi ses chefs. Pour cette première, ils avaient invité Daniel Harding, dont la précédente collaboration avec l'Orchestre de l’Opéra (qui date, il est vrai, d’un quart de siècle) s’était pourtant mal passée : invité à diriger Così fan tutte, il était parti en plein milieu de la deuxième répétition, justement à cause de tensions avec l’orchestre. C’est donc du passé.

Si ce n’est que le concert est à guichet fermé, et que la queue est longue au bureau des invitations, formellement tout tient d’un concert symphonique de saison : aucun discours ni même petit mot de quiconque, pas de fleurs ni de bis. Mais de la musique, assurément.

Festival Ravel : ciné-concert contemporain et magistral duo de piano

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Né à Ciboure, à quelques kilomètres de la frontière espagnole, Ravel s'est nourri du folklore ibérique. Coïncidant avec la célébration des cent cinquante ans de la naissance de Falla, l'édition 2026 du Festival Ravel a ainsi été conçue par Bertrand Chamayou comme le creuset idéal pour mettre en avant l'imaginaire musical commun tissé, hier et aujourd'hui, entre la France et l'Espagne, au fil d'une quinzaine de rendez-vous sur une dizaine de jours — sans oublier la participation des étudiants de l'Académie.

Le ciné-concert réunissant Buñuel et Martin Matalon dans la Salle Tanka du Centre Culturel Peyuco Duhart illustre cette passerelle féconde entre les époques. Avec les pupitres de l'ensemble 2e2m, Léo Margue fait dialoguer deux courts-métrages du surréaliste avec des partitions du compositeur argentin. Jouée devant un écran blanc en introduction du programme, la partition Axes, initialement conçue pour accompagner une trilogie autour de Buster Keaton, déploie une irrésistible virtuosité instrumentale, dans une plasticité formelle aussi intelligible que sensible, où se succèdent les images sonores. Au-delà du support visuel de la commande initiale, la pièce s'émancipe à travers sa propre puissance évocatrice, mise en valeur par l'ensemble français. Portée par les traits de Claire Merlet à l'alto que prolonge l'électronique, la page Traces II (La Cabra) se fait canevas décanté qui à la fois soutient et distend l'impact de la crudité des images de Las Hurdes (Terre sans pain), reportage-fiction de Buñuel sur la misère endémique dans un coin reculé de l'Estrémadure. Siete vidas de un gato, le contrepoint que Martin Matalon propose au Chien andalou, collaboration iconique de Buñuel avec Dalí qui, par certains aspects, se révèle parfois datée, prend au contraire le parti d'une relative profusion redoublant celle du court-métrage lui-même, solidement défendue par Léo Margue et ses musiciens.

Festival Mosaïques : 3 solistes, dont un altiste en Jimi Hendrix

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Venir à Bruxelles pour écouter un concert, c’est aussi l’occasion de flâner, se cultiver, voir des amis, évoquer des projets – comme en début de soirée dans un bistrot du Parvis de Saint-Gilles, où on discute avec assez d’enthousiasme pour attirer une voisine de table dans la conversation (le coup de main recherché ne se concrétise finalement pas, mais une autre idée émerge). Plus tôt dans l’après-midi, je découvre l’exposition, à la Fondation A, de Lost and Found, intitulé énigmatique pris à Takahashi Munemasa, un des photographes japonais présentés parmi des clichés de la collection propre (et abondante) du musée et d’autres, qui parlent bombe atomique, tremblement de terre ou tsunami, côtoyant des thèmes plus légers – la foule au festival Nebuta ou les couleurs flashy des Takenoko-zoku, groupes de danse d’adolescentes, au tournant des années 1970, qui profitent des zones libérées le dimanche pour les piétons.

La Maison du Peuple est à deux pas, et quelques marches, que je monte pour la soirée d’ouverture du Festival Mosaïques, aux mains de trois solistes, alto, clarinette et percussion – un attelage léger et singulier. Maxime Desert, un ancien du Quatuor Tana aujourd’hui actif, notamment, avec Multilatérale et Musiques Nouvelles, débute par Prologue, de Gérard Grisey, une pièce écrite en 1976, début du cycle Espaces acoustiques, moins simple à mettre en œuvre que les quelques notes de la mélodie de départ ne le laissent supposer : celle-ci décolle peu à peu, suivant l’élévation lente et gauche de l’albatros, dessinant une spirale immobile qui extirpe, cellule après cellule, l’auditeur de l’hypnose de sa répétition évolutive – tout en dialoguant avec les résonateurs « acoustiques » (une façon de tirer parti de la résonance par sympathie d'autres instruments placés à proximité, qui amplifie et prolonge le son de l'alto), ici simulés par un traitement informatique en temps réel, sous les doigts de Quentin Meurisse, qui crée des résonances virtuelles ; la « dialectique entre le délire et la forme » chère au compositeur français. Autre belle pièce du répertoire, autre dialogue : l’inspiration pour Vent Nocturne vient à Kaija Saariaho de sa lecture d’une édition bilingue (allemand / français) des poèmes de Georg Trakl, poète salzbourgeois angoissé et torturé qui cultive la confusion entre la vie de ses personnages et la sienne : synchronicité des langues, synchronicité entre l’alto et l’électronique ; la première partie de l’œuvre (Sombres miroirs) inspecte la symétrie, celle de la pensée en particulier, la seconde (Soupirs de l’obscur) le glissando et ses variations.

Patrick Hahn dynamite Johann Strauss II

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Johann Strauss II. Perpetuum Mobile. Johann Strauss II (1825-1899) : Perpetuum mobile op. 257 ; Nordseebilder op. 390 ; Revolutions-Marsch op. 54 ; Ritter Pásmán op. 441, Csárdás ; Tausend und eine Nacht, Intermezzo ; Der Zigeunerbaron, Ouverture ; Vom Donaustrande op. 356 ; Carnevalsbilder op. 357 ; Klänge aus der Raimundzeit op. 479 ; Perpetuum mobile op. 257 (arrangement Patrick Hahn pour voix et orchestre, paroles Herms Fritz). Johannes Silberschneider, récitant. Münchner Rundfunkorchester, direction Patrick Hahn. Enregistrement de studio. Livret en allemand et anglais. 1 CD BR-Klassik 900353.

Ravel révélé au MITO SettembreMusica

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Présent dans notre guide des festivals estivaux, l'excellent festival MITO SettembreMusica, qui court chaque mois de septembre entre Milan et Turin, présentait au Teatro Dal Verme un programme « Ravel Révélé » articulé autour de deux pages ravéliennes récemment redécouvertes, mises en regard de Manuel de Falla, dont on célèbre cette année le 150ᵉ anniversaire de la naissance.

La soirée offrait la première italienne du Prélude et Danse et de l'Air de Manassès extraits de la cantate inachevée Sémiramis, composée par Ravel en 1902 dans la perspective du Prix de Rome et longtemps considérée perdue. Le ténor belge Pierre Derhet, familier de cette partition qu'il avait déjà défendue avec l'Orchestre symphonique de La Monnaie et Alain Altinoglu à Bozar, en novembre dernier, en livre une lecture superbe : timbre éclatant, projection généreuse, musicalité fabuleuse dans un air qui appelle autant l'élégie que l'éclat lyrique. Le Prélude et Danse confirme la sûreté du jeune Ravel déjà maître d'une orchestration brillante, que Ludovic Morlot déploie avec une clarté d'architecte.

Festival Dans le Jardin de William Christie : musique, partage et fantaisie malgré la pluie

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La 15e édition du Festival Dans le Jardin de William Christie s’est déroulée du 22 au 29 août. Au cours du second week-end, une intempérie a entraîné l’annulation de concerts de l’après-midi dans le jardin et le déplacement du spectacle prévu sur le miroir d’eau.

Après-midi dans le Jardin

En quinze ans de festival, c’est seulement la deuxième fois qu’une annulation se produit. Après une sécheresse due aux canicules répétées, le sol n’était pas en mesure d’absorber les abondantes précipitations. Le terrain devenu trop glissant, l’organisateur a dû annuler, le samedi 29 août, une quinzaine de courts concerts répartis dans le vaste jardin.

La veille, nous avons pu assister à quelques-uns de ces traditionnels mini-concerts, interprétés par des musiciens et chanteurs des Arts Florissants, des lauréats du Jardin des Voix et des instrumentistes de la Juilliard School. Les festivaliers composent eux-mêmes leur parcours, choisissant programmes et lieux selon leurs envies. Sur des chaises pliantes qu’on amène, assis à même le sol ou adossés à un arbre, ils entourent les musiciens au plus près. Si le son se perd parfois dans la nature, c’est tout l’esprit du concert au bosquet qui règne dans une charmante convivialité.

Sous la pinède, « Amours contrarié ou… les “presque” Amours de Ragonde », condensé de l’opéra Les Amours de Ragonde de Jean-Joseph Mouret, amuse par ses situations comiques. Devant le « Pont chinois », quatre musiciens de la Juilliard School jouent Purcell et John Blow puis, le violoncelliste Cyril Poulet demande à une spectatrice de tirer au sort une suite pour violoncelle de Bach et joue ainsi la troisième en ut majeur. La soprano Sarah Fleiss, lauréate du Jardin des Voix, et la claveciniste Marie Van Rhijn, avec Thomas Dunford à l’archiluth, évoquent ensuite trois états amoureux d’une jeune femme à travers Purcell. Leurs expressions musicales et corporelles donnent au concert l’allure d’une légère mise en espace.

Une invitation de Claire Chevallier sur « la route blanche » de Satie

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La Route blanche. The endlessly surprising Erik Satie (1866-1925) : Les trois valses du précieux dégoûté, Avant-dernières pensées, Pièces froides, Préludes flasques, et autres petites pièces pour le piano ; Je te veux, La Diva de l’Empire, Allons-y Chochotte. Claron McFadden, soprano ; Claire Chevallier, piano. 2025. Notice en anglais et en français. 62’ 40’’. Passacaille PAS 1166.