Gala des trois chefs pour les 50 ans de l'ONL

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C'est soirée de gala et de passion musicale partagée pour les 99 musiciens de l'Orchestre National de Lille et les 1 758 mélomanes, pas un de moins, qui se sont empressés d'occuper toutes les places du vaste auditorium Jean-Claude Casadesus, au Nouveau Siècle, en plein cœur de Lille.

Il règne sur scène et dans la salle comme un curieux mélange de fébrilité positive, d'impatience curieuse, de subtil plaisir de retrouvailles en un lieu familier, après deux années d'absence pour travaux. Et puis, c'est avant tout le soir de fête du 50e anniversaire de l'orchestre avec, cerise sur le gâteau, la présence des trois chefs qui se sont succédé à sa direction depuis la création de l'ensemble symphonique en 1976. Jean-Claude Casadesus, le fondateur, s'est employé au cours d'une aventure musicale et humaine de quatre décennies à donner une âme, un son et un public à son orchestre.

Il a porté avec la même exigence de qualité la musique auprès des habitants des Hauts-de-France (250 communes visitées, salles des fêtes, usines, hôpitaux, prisons) comme sur les scènes les plus réputées de 32 pays sur quatre continents : de Saint-Pétersbourg à New York, de Berlin à Buenos Aires, de Paris à Abidjan, de Montréal à Pékin, de Moscou à Séoul, Singapour ou Shanghai… Avec le soutien jamais démenti du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais, aujourd'hui des Hauts-de-France, il s'est battu pour doter l'orchestre d'une vraie salle de concert à l'acoustique impeccable qui porte aujourd'hui son nom.

Tzairí Santos García : « Fuga Latina, une porte de plus dans une grande maison »

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Outhere Music lance Fuga Latina, nouvelle collection consacrée aux musiques d'Amérique latine, adossée au label Fuga Libera. Baroque colonial, musique de chambre, répertoire orchestral moderne et contemporain : la première salve d'enregistrements revendique l'éclectisme. Musicienne de formation, fondatrice et directrice de l'équipe de stratégie digitale et de communication d'Outhere, Tzairí Santos García pilote le projet. Elle revient pour Crescendo Magazine sur la genèse de la collection, ses critères de choix et son identité visuelle.

Outhere Music pilote déjà une dizaine de collections aux identités affirmées. Qu'est-ce que Fuga Latina fait que Alpha, Ricercar ou Arcana ne pouvaient pas faire ?

Il faut d'abord distinguer ce que l'on entend par label et par collection. Arcana et Ricercar sont en effet des labels aux identités très affirmées, tant du point de vue territorial pour Arcana que du point de vue du répertoire pour Ricercar. Alpha Classics est, quant à lui, un label éclectique, avec des artistes et des répertoires très divers et de nouvelles signatures importantes. On trouve d'ailleurs plusieurs collections au sein d'Alpha, et leur principe est le même que celui de Fuga Latina : offrir un espace dédié pour mettre en avant des répertoires et des concepts précis. Il s'agit en quelque sorte de créer différentes portes que le public peut ouvrir au sein d'une grande maison.

Il nous a semblé logique que Fuga Latina s'inscrive dans Fuga Libera, un label que nous concevons comme un laboratoire, qui nous permet d'explorer des répertoires très larges, parfois inattendus.

Concrètement, comment sélectionnez-vous les projets ? Vous appuyez-vous sur un conseil consultatif, sur des correspondants régionaux, sur des musicologues associés, ou la décision est-elle centralisée entre Bruxelles et vous ?

Fuga Latina est un projet que nous avions en tête bien avant la crise du Covid. Lorsque l'idée a pris forme, nous avons commencé à contacter des artistes déjà présents dans notre catalogue, mais aussi à prospecter sur place, notamment au Mexique. Les projets de ce lancement sont le fruit de ces échanges, et d'autres sont déjà en préparation, au Mexique et au Brésil.

Le choix artistique suit donc un chemin organique, qui naît des rencontres et des connexions liées à notre notoriété de producteurs. C'est d'ailleurs le cas pour nos autres labels et collections : les artistes viennent vers nous. Nous nous inspirons des musiciens que nous suivons, des programmes de concerts, des festivals locaux… Une idée mène à une autre, et chaque rencontre ouvre de nouvelles perspectives. Nous espérons poursuivre ces prospections sur place, aller à la recherche de nouveaux talents et être à l'origine de nouveaux projets.

Le casting mêle baroque colonial (La Boz Galana, Concerto Scirocco), musique de chambre (Ney Fialkow et Cármelo de los Santos) et répertoire orchestral. Quelle ligne les unit éditorialement ?

Deux facteurs relient cette collection à l'Amérique latine : l'instinct et l'intuition. Autrement dit, le casting de ce lancement s'est construit de manière très instinctive et totalement intuitive ; nous nous sommes retrouvés avec une liste de projets qui sont, je crois, à l'image de l'identité d'Outhere.

Le lancement a pris plus de temps que prévu, et le hasard veut que la collection voie le jour au moment où la latinité est célébrée dans le monde entier, que ce soit à travers des manifestations comme le Hispanic Heritage Month ou par le fait que le monde latino commence à occuper une vraie place sur la scène classique internationale. Ce n'est pas la première fois que Gustavo Dudamel se produit aux BBC Proms, mais c'est la première fois qu'il y dirige la création d'une œuvre contemporaine d'une compositrice mexicaine, Gabriela Ortiz.

Les archives londoniennes du Fine Arts Quartet dans son répertoire de prédilection

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quatuor à cordes n° 19 en ut majeur K 465 « Les Dissonances ». Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n° 14 en ré mineur D 810 « La Jeune Fille et la Mort ». Fine Arts Quartet (Ralph Evans et Efim Boico, violons I et II ; Jerry Horner, alto ; Wolfgang Laufer, violoncelle). 1986. Livret en français et en anglais. 68'38. Le Palais des Dégustateurs PDD046.

Roma de Massenet revient à Monte-Carlo : la musique retrouvée, le théâtre en suspens

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Il est des résurrections qui ont valeur de symbole. Cent quatorze ans après sa création à l'Opéra de Monte-Carlo, Roma de Jules Massenet revient en Principauté, cette fois en version de concert, sous la direction du jeune chef italien Diego Ceretta.

En entrant dans l'Auditorium Rainier III, une première image suscite pourtant une certaine perplexité : la scène est occupée jusqu'à la limite de sa capacité. L'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo est au grand complet ; derrière lui, la centaine de chanteurs du Chœur de Radio France ; au bord du plateau, les neuf solistes alignés, avec à peine l'espace nécessaire pour bouger.

On se prend rapidement à penser que Roma aurait mérité davantage.

Car cet opéra en cinq actes, créé à Monte-Carlo en 1912, est une vaste fresque historique et tragique. Rome vient de subir la défaite de Cannes face à Hannibal. La cité humiliée cherche une faute qui puisse expliquer le désastre. Elle la trouve en Fausta, vestale qui a rompu ses vœux en aimant Lentulus. Derrière les fastes de la Rome antique, c'est une femme broyée par la religion, la raison d'État et le besoin d'une collectivité de désigner un coupable.

« Stranger Saiton » : le retour fracassant de Dmitry Smirnov

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Prosper Sainton (1813-1890) : Rêverie pour violon solo ; Thème italien varié pour violon et orchestre — Niccolò Paganini (1782-1840) : I Palpiti, variations pour violon et orchestre — Hector Berlioz (1803-1869) : Rêverie et caprice, romance pour violon et orchestre H 88 — Richard Strauss (1864-1949) : Le Bourgeois gentilhomme, suite d'orchestre — Gioacchino Rossini (1792-1868) : Andante con variazioni sur un thème de Tancrède pour violon et harpe. Dmitry Smirnov, violon ; Orchestre de chambre de Bâle, direction Victor Jacob. Livret en anglais, français et allemand. 71'53. Fuga Libera.

Christoph Eschenbach, magistral, galvanise un Orchestre de Paris des grands jours dans Brahms

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C’est à un programme entièrement consacré à Brahms, et dont on ne peut pas dire qu’il brille par son audace, que nous propose l’Orchestre de Paris : Concerto pour violon et Première Symphonie. Des œuvres qui sont régulièrement au répertoire de cet orchestre, puisque jouées respectivement 27 et 31 fois depuis sa création en 1967, soit exactement, en moyenne, l’une ou l’autre chaque saison.

En soliste, Leonidas Kavakos, qui mène une double et brillante carrière, comme on a pu l’observer l’année dernière à Paris, comme chef d'orchestre puis comme violoniste.

Au pupitre, Christoph Eschenbach, qui a été directeur musical de l’Orchestre de Paris de 2000 à 2010 (dans cette période compliquée où la Salle Pleyel, dans laquelle l’orchestre donnait ses concerts, a longuement été en travaux). Depuis, il est revenu presque chaque saison, ce qui tend à prouver que le courant passe bien.

Martha Argerich et ses amis, en concerts à Hambourg, en juin 2022

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Rendez-vous avec Martha Argerich, volume 4. Œuvres de Grażyna Bacewicz (1909-1969), Ludwig van Beethoven (1770-1827), Frédéric Chopin (1810-1849), Paul Juon (1872-1940), Serge Rachmaninov (1873-1943), Franz Schubert (1797-1828), Clara Schumann (1819-1896) et Robert Schumann (1810-1856). Martha Argerich, Leonora Armellini, Elena Bashkirova, David Chen, Martin Garcia Garcia, Dong Hyek Lim, Lily Maisky, Szymon Nehring, Akane Sakai et Sergio Tiempo, piano ; Michel Barenboim, Asaf Levy, Sascha Maisky et Rosanne Philippens, violon ; Lyda Chen, alto ; Beata Antikainen, Mischa Maisky et Edgar Moreau, violoncelle ; Michael Volle, baryton. 2022. Notices (de courtes biographies) en anglais, en français et en allemand. 299 minutes. 5 CD Avanti 5414706 10722.  

A Angers, une ouverture de saison XXL

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L’ONPL et leur excellent chef Sascha Goetzel ont invité le pianiste Lucas Debargue pour leur concert d’ouverture de la saison 26/27. Ce choix coïncide parfaitement avec l’actualité de ce musicien hors norme et profondément original qui vient de signer un double album Gershwin très remarqué présentant des compositions du compositeur américain : quelques Préludes, son Concerto en fa et sa Rhapsody in Blue augmentée d’improvisations de Lucas Debargue himself qui joue aussi en première mondiale, et c’est un des nombreux attraits de cette captivante nouveauté discographique, ses propres Douze Études Virtuoses sur des chansons de Gershwin rendant un brillant hommage à toute l’histoire de la musique occidentale, depuis la Renaissance jusqu’au hip-hop, dans une écriture à la fois personnelle, ludique et parodique absolument passionnante.

Hier soir, Lucas Debargue nous a donné une version exaltante du redoutable Concerto N° 2 en sol mineur de Sergueï Prokofiev dont l’extrême difficulté rebute la plupart des pianistes. Au mieux de sa forme, le pianiste français, couronné par le Concours Tchaïkovski de Moscou, nous a offert sa vision fugitive traversée par une énergie électrisante de cette oeuvre fantasque partant dans toutes les directions tout en annonçant les chefs-d’œuvre futurs, Roméo et Juliette et Pierre et le Loup en tête. La terrifiante longue cadence du premier mouvement devient presque un jeu d’enfants sous les doigts d’acier et la fantaisie du jeu de Lucas Debargue qui a trouvé un partenaire de choix avec un Sascha Goetzel particulièrement à son écoute à la tête d’un ONPL des grands jours parfaitement en phase avec son très aimé directeur musical.

Le Grand Manège inaugure son merveilleux orgue de scène

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Soucieux d'offrir un écrin idéal aux concerts qu'on y organise, le Grand Manège a, dès son ouverture, investi dans les moyens de donner à chaque événement le cadre qui lui convient. Un dispositif acoustique ingénieux permet d'adapter la résonance au type de concert, de la sécheresse d'une salle de château pour un récital de clavecin à l'opulence d'une cathédrale pour un concert vocal solennel.

Cinq ans après son ouverture, il affine son offre en se dotant d'un orgue de scène apte à rendre aux concerts vocaux le relief qui était le leur à l'origine, quand chanteurs et instrumentistes se disposaient autour de l'orgue pour l'exécution de la musique.

D'un grand positif à un véritable orgue

Le Grand Manège disposait d'un orgue positif, mais Jean-Marie Marchal souhaitait un positif plus complet et en passa commande à Étienne Debaisieux. C'est alors qu'au cours d'une discussion à bâtons rompus, Leonardo García Alarcón s'exclame soudain : « Pourquoi un orgue positif ? Nous en avons déjà un ! Construisons plutôt un orgue grand comme… » — et il écarte les bras.

La remarque est judicieuse et fait très vite l'unanimité : la commande est revue et agrandie, à la plus grande joie du facteur. « Pour moi qui chante depuis 34 ans dans le Chœur de chambre et côtoie régulièrement toute une série d'instruments, la présence d'un véritable orgue au concert en lieu et place du positif constituait une plus-value considérable, par ailleurs pleinement justifiée historiquement. »

Un bel instrument

Le choix s'est donc porté sur un orgue à la croisée du positif et de l'orgue de concert. Haut de 2,55 m et pesant quelque 400 kg, l'instrument dispose de douze registres qui conviennent aussi bien au continuo qu'au jeu soliste. Il peut être réglé sur quatre diapasons (392, 415, 440 et 465 Hz), ce qui lui permet de s'adapter aux choix des interprètes, selon les pratiques propres aux lieux et aux traditions d'exécution. Ajoutons que cet imposant instrument reste mobile grâce aux 27 roulettes intégrées à sa structure.

Son esthétique le rattache à l'Italie : il est doté de la fameuse voce umana, personnification même du chant. Aucun modèle précis n'a toutefois été fixé, l'objectif restant de répondre aux nombreuses sollicitations des instrumentistes et des ensembles qui se produisent au Grand Manège.

De même que la salle s'adapte aux exigences spatiales des œuvres jouées, l'orgue qui les accompagne pourra répondre à leurs sollicitations variées — une flexibilité dont peu de salles disposent actuellement. Le Grand Manège renforce ainsi encore son hospitalité envers les musiciens qui s'y produisent. La réponse n'a d'ailleurs pas tardé : la semaine précédant l'inauguration, Ricercar y a enregistré des cantates de David Pohle.

Une démonstration en concert

La première partie du concert se voulait didactique et exposait les possibilités de l'instrument à travers des pièces choisies par Cindy Castillo, organiste de Saint-Paul, et présentées par Jérôme Lejeune : une Toccata prima de Muffat sur les registres naturels, une Toccata per l'elevatione de Frescobaldi qui laisse libre cours à la ferveur de la voce umana, une Sonata per l'organo e violino de Biagio Marini, où deux solistes de l'Ensemble Clematis illustrent fort bien le potentiel de dialogue entre l'orgue et le violon, et enfin une Passacaglia de Muffat aux étonnantes variations d'atmosphère, qui mobilise toute la palette de couleurs de l'instrument. Une belle démonstration, signée Cindy Castillo.

Festival d’Ambronay : petit format, grande émotion

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Le Festival d’Ambronay se poursuit jusqu’au dimanche 27 septembre. Réduit à trois week-ends, le célèbre festival de musique baroque et ancienne offre toujours une programmation fort variée, avec une grande diversité de propositions et une qualité constante.

Requiem imaginaire pour Charles Quint par la compagnie La Tempête

Pour son premier concert à Ambronay, Simon-Pierre Bestion souhaitait mettre en lumière « un témoignage poétique et non exhaustif d’une Espagne à la charnière entre deux mondes », médiéval et de la Renaissance, en prenant pour prétexte la répétition des funérailles de Charles Quint, organisées par le souverain lui-même en 1558. Il s’agit d’une version légèrement remaniée du programme La Bomba Flamenca, dont l’enregistrement a été publié il y a quelques mois : « une sorte d’immersion dans l’environnement musical espagnol » de la Capilla flamenca, créée en 1515 par l’empereur, où régnait l’émulation très forte entre les plus grands musiciens flamands immigrés à la cour d’Espagne. D’où ce titre. Loin de toute reconstitution historique, Simon-Pierre Bestion laisse libre cours à son imagination, avec une spatialisation qui déplace les chanteurs et les instrumentistes à vent dans les nefs latérales. Les jeux de lumières participent également à cette mise en espace, notamment grâce à des lampes-encensoirs ajourées qui créent une sorte d’ombre chinoise ambulante. La musique mêle habilement des pièces issues de traditions occidentale et orientale. Pour ces dernières, les chanteurs utilisent parfois une voix de poitrine presque « brute », offrant un contraste saisissant. Comme toujours chez La Tempête, l’originalité des idées convainc autant musicalement que sur le plan du spectacle.