William Grant Still (1895-1978) : Symphonie n° 2 en sol mineur « Song of a New Race » ; Symphonie n° 4 « Autochthonous ». National Symphony Orchestra, direction Gianandrea Noseda. Enregistrement live, Kennedy Center Concert Hall, Washington D.C., 2022-2023. Notice en anglais. 61'22''. National Symphony Orchestra. NSO0020.
Il y a 20 ans, une idée de festival a germé dans la tête de Brigitte Engerer, qui a très vite entraîné dans son projet une équipe de la direction des affaires culturelles de la ville de Beauvais, dont le noyau est resté fidèle. Bien ancré dans la saison culturelle de la région, le festival est toujours attendu avec impatience par les spectateurs. Cette année, « Pianoscope est assez grand pour aborder d’autres rivages », affirment les organisateurs, qui se sont aventurés du côté de la chanson en invitant Vincent Delerm pour l’ouverture de la manifestation. Nous nous y sommes rendus le jour de la clôture pour assister à trois récitals… Enfin, plus exactement à quatre, puisque le concert « Place aux jeunes », le matin, réunissait deux pianistes, Alice Power et Ziyu Shao, tous deux étudiants à l’École normale de musique de Paris.
La jeune pianiste suédoise Alice Power a reçu, en 2025, le prix Cortot, la plus haute distinction que l’École décerne au ou à la lauréat(e) « premier(e) nommé(e) à l’unanimité » du diplôme supérieur de concertiste. Dès l’Ouverture dans le style français BWV 831 de Bach, elle fait preuve d’une grande liberté de jeu. Sous ses doigts, la musique est fluide et naturelle, les ornements sont justes, ni trop lourds ni trop légers, avec quelques touches qui s’apparentent au romantisme. Elle choisit ensuite la suite de La Belle au bois dormant de Tchaïkovski transcrite par Mikhaïl Pletnev. Dans la lignée de Liszt, le pianiste russe conserve dans son arrangement tous les effets orchestraux, tout en ajoutant des traits proprement pianistiques. L’interprétation requiert une grande virtuosité, dont Alice Power fait une belle démonstration. Mais elle ne se distingue pas seulement par la maîtrise technique, qui semble ne lui poser aucune difficulté ; elle donne aussi vie à ces pièces de caractère, directement issues du ballet romantique. Si quelques pièces, notamment le « Prologue », sonnent un peu saturées, voire touffues, dans l’acoustique généreuse mais assez directe de la grange de la Maladrerie Saint-Lazare, elle parvient néanmoins à bien différencier les plans sonores. Ceux-ci évoquent avec efficacité, sous la charpente du début du XIIIe siècle, les différents pupitres de la version orchestrale. Décontractée, elle joue sans donner l’impression de fournir le moindre effort. On relève quelques particularités, comme les dissonances bien soulignées dans « Le chat botté », ou une allure d’étude dans « Vision » et « Canari qui chante », pour lequel elle opte pour un tempo presto. Elle offre également de très beaux moments, comme l’« Andante » et l’« Adagio » du pas de deux, où elle fait chanter l’instrument.
Avant même de traiter des mérites de cette rare visite des Ballets de Monte-Carlo à Bruxelles, où ils n'étaient plus venus depuis vingt-cinq ans, quelques remarques liminaires de nature purement logistique et matérielle s'imposent.
Si le choix du Cirque Royal paraît de prime abord tout à fait indiqué quant à la jauge et à l'acoustique, les spectateurs placés comme votre rédacteur à l'arrière du parterre auront droit à une désagréable surprise. En effet, la combinaison de cette partie centrale parfaitement plane de la salle et des rangs de spectateurs placés plus près de la scène fait — pour donner l'exemple de ce chroniqueur — qu'au quatorzième et dernier rang dudit parterre il est impossible de voir le bas du corps des danseurs : la disposition des sièges par rapport à la scène (qu'il aurait peut-être fallu rehausser, à moins qu'on n'eût pu installer un plan incliné au parterre) fait qu'on est privé de toute vue sur les pieds des danseurs et qu'on ne peut voir leurs jambes qu'à partir du milieu des mollets (sauf, bien sûr, lorsque la chorégraphie demande des sauts). De là qu'il devient difficile d'apprécier pleinement la position et les pas des interprètes.
Par ailleurs, il est dommage qu'une troupe de cette qualité ait fait l'impasse sur un vrai orchestre. Bien sûr, amener une formation d'une taille suffisante pour cette tournée de quatre jours en Belgique (avec chaque fois deux représentations à Anvers comme à Bruxelles) a un coût, surtout pour une initiative émanant d'un organisateur privé (en l'occurrence D Show Production), mais il est vraiment décevant d'entendre la superbe musique de Prokofiev sortir de deux impressionnantes grappes de haut-parleurs disposées en hauteur de part et d'autre de la scène pour nous offrir un fond sonore très probablement sur base de fichiers informatiques excessivement comprimés (la dynamique est vraiment restreinte, le son est généralement uniment fort et parfois très fort, alors que les perspectives sonores se retrouvent totalement faussées).
Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. Heather Harper (soprano) ; Josephine Veasey (mezzo-soprano) ; Carlo Bini (ténor) ; Hans Sotin (basse) ; London Philharmonic Choir (chef de chœur : John Alldis) ; Royal Philharmonic Orchestra, direction Carlos Païta. 1975. Notice en français et en anglais. 84'29''. Le Palais des Dégustateurs PDD063.
L'Orchestre philharmonique de Monte-Carlo consacre son concert du 25 octobre 2026 à trois figures de la musique américaine du XXe siècle. Sous la direction de Lio Kuokman, la soirée s'ouvre sur l'ouverture de Candide, de Leonard Bernstein, dont le chef livre une lecture dansante et spirituelle, d'une précision rythmique constante, où nombre de détails et de phrasés se révèlent convaincants.
Randall Goosby dans le Concerto de Barber
Le brillant violoniste Randall Goosby rejoint l'orchestre pour le Concerto pour violon, op. 14, de Samuel Barber, l'un des plus joués du répertoire américain pour son lyrisme romantique tardif. Le premier mouvement, un Allegro de forme sonate, oppose deux thèmes dont le second joue des rythmes syncopés ; le deuxième, lent, expose son thème au hautbois avant de le confier au violon ; le troisième, Presto in moto perpetuo, tranche par sa course continue et ses accents vifs, et exige une virtuosité soutenue du soliste comme de l'orchestre.
Goosby en donne une lecture sensible, attentive à l'atmosphère onirique de la partition plus qu'à l'effet. En bis, il joue Louisiana Blues Strut de Coleridge-Taylor Perkinson — une page pour violon seul qui mêle virtuosité classique, blues et formes baroques (chaconne, passacaille) — puis un extrait de la Sonate pour violon en do majeur de Bach.
Ce samedi 24 octobre, la Dresdner Philharmonie se produit au Kulturpalast sous la direction du chef français Stéphane Denève. Quatre œuvres sont au programme : Flammenschrift de Guillaume Connesson, le Concerto pour violoncelle et orchestre en la mineur, op. 129, de Robert Schumann, la Symphonie n° 3 en sol mineur, op. 42, d’Albert Roussel, et le célèbre Boléro de Maurice Ravel. Le violoncelliste français Jean-Guihen Queyras est le soliste de la soirée.
Composée en 2012, Flammenschrift de Guillaume Connesson s’inspire du tempérament passionné de Beethoven. Son écriture rythmique incisive et son orchestration virtuose multiplient les références à la tradition musicale allemande, notamment à Beethoven, Brahms et Richard Strauss.
Véritable découverte, cette pièce marque d’emblée par l’engagement des musiciens et son rythme intense et soutenu, qui laisse peu de place aux temps morts. Sous la baguette dynamique et claire de Stéphane Denève, l’œuvre déploie une énergie constante. Le ton est donné dès les premières notes : le public, surpris par cette entrée en matière, reste tenu en haleine jusqu’à la dernière.
Un « oubli » de trois siècles pour un des opéras de maturité de Haendel illustrerait à première vue une sorte d'affront à un compositeur majeur de notre histoire. Toutefois, si l'on pense que le public anglais n'a vu sa première reprise qu'en 1964, le grief s'amenuise — le King's Theatre londonien ayant fermé en 1728 en raison des importants émoluments des solistes, dit-on. Dans ce foisonnant renouveau du répertoire que nous connaissons actuellement, on peut trouver d'autres raisons à l'oubli. Tout d'abord la distribution : en 1727, le Saxon comptait dans sa troupe le célèbre castrat Senesino, la basse Giuseppe Maria Boschi et surtout les deux grandes sopranos Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni, dont la rivalité faisait les délices du public — divisé en deux turbulentes factions, bien sûr, car elles en sont même arrivées à se crêper le chignon en public… Imaginez, de nos jours, Céline Dion et Shakira en plein délire de jalousie !
Il faut donc trouver des voix à la hauteur du défi. Un autre écueil se trouve dans le livret rocambolesque sans trame crédible de Paolo Rolli. On y raconte un épisode de la Troisième Croisade dont le protagoniste serait Richard Cœur de Lion lors de son passage par Chypre (Grétry lui a également consacré un opéra, mais pas sur la même péripétie). On prétend raconter un épisode où Riccardo affronte le tyran chypriote Isacio, son rival pour l'amour de la belle Costanza qui essaye de lui faire prendre pour épouse sa fille Pulcheria en échange, vu qu'il ne connaît pas encore Costanza. Pulcheria aime le guerrier Oronte et tous comploteront, aidés par Berardo, contre le tyran dans le but de permettre leurs amours réciproques… Aussi « simple » qu'invraisemblable, mais c'était un excellent prétexte pour faire l'allégorie avec le monarque britannique George II, duc de Braunschweig-Lüneburg, couronné avec son épouse allemande Caroline d'Ansbach en octobre 1727. Deux princes allemands accédant au trône britannique en même temps que le compositeur de Saxe devenait anglais, il y avait de quoi s'en réjouir, évidemment !
The Ancestors of Johann Sebastian Bach — Complete Works. Johannes Bach (1604-1673), Heinrich Bach (1615-1692), Johann Michael Bach (1648-1694), Johann Christoph Bach (1642-1703), Georg Christoph Bach (1642-1697), Johann Sebastian Bach (1685-1750) : motets, concerts spirituels, cantates et musique instrumentale. Vox Luminis, direction Lionel Meunier ; Ensemble Clematis, direction Leonardo García Alarcón ; Ricercar Consort ; Brice Sailly et Lucie Chabard, clavecins ; Cindy Castillo, orgue. Notice en anglais. 6 CD Ricercar RIC 113.
Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 2 en do mineur « Résurrection ». Wiebke Lehmkuhl, contralto ; Nikola Hillebrand, soprano ; MRD-Rundfunkchor Leipzig ; Sinfonieorchester Basel, direction Markus Poschner. 2025. Notice en allemand, en anglais et en français. 83’ 17’’. Prospero PROSP0139.
Le baryton Samuel Hasselhorn a livré, le 16 octobre, une interprétation du Voyage d’hiver de Schubert hautement incarnée, où l’élan émotionnel a atteint un degré rare.
Le baryton allemand Samuel Hasselhorn fait partie d’une poignée de chanteurs capables d’exprimer toutes les subtilités des Lieder de Schubert. Dans le cadre de son projet d’enregistrement « Schubert 200 », qui célèbre les 200 ans de la mort du compositeur en 2028, il poursuit la publication, chez Harmonia Mundi, de ses Lieder, à raison d’un disque par an. À l’occasion de la parution de « Hoffnung » en avril dernier, la salle Cortot affichait complet pour le récital de lancement.
Ce soir à Avenue Montaigne, le chanteur a montré tout son art, accompagné de son pianiste de prédilection et complice de ce projet, Ammiel Bushakevitz.
Les deux musiciens entrent en scène. On remarque que le pianiste a apporté un autre instrument : une vielle à roue. Ceux qui connaissent le cycle pensent immédiatement à la dernière pièce, « Le Joueur de vielle ». Mais avant même de commencer, il attache l’instrument contre son ventre à l’aide d’une sangle et en tourne la manivelle. Une note résonne en pédale. Cette note, dont la hauteur n’est pas tout à fait fixe, semble annoncer l’instabilité des pensées du héros dans son errance. Puis le pianiste introduit doucement les accords réguliers.