Bang Bang, un duo énergique aux Hivernales 

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Créé en 2017 sous la forme d’un solo, cette pièce physiquement éprouvante pour l’interprète mais jouissive pour le public a beaucoup voyagé au Canada mais aussi en Europe et en France. Le chorégraphe et interprète Manuel Roque décide de transmettre cette partition à Nils Levazeux pour la danser en duo. Proposée aux Hivernales à Avignon jusqu’au 20 juillet, cette pièce met en scène deux corps solidaires face à l’effort.  

Bang Bang explore le double sens du mot performance : à la fois comme dépassement physique et comme représentation de ce travail. 

Tout commence par un squat répété dont le rebond se transmet aux pieds puis à l’ensemble du corps. Le son des pieds qui frappent le sol fait office de bande sonore. Tantôt à l'unisson, tantôt en réponse, les déclinaisons se poursuivent. Les danseurs sont d'une précision folle dans un spectacle où la moindre baisse de concentration ne leur permettrait plus de reprendre en rythme. 

Vive le sujet ! Tentatives réussies de Zoé Lakhnati et Nicole Genovese à Avignon 

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Ce programme historique pensé conjointement avec la SACD est un laboratoire de création qui commande à deux artistes une rencontre avec une personnalité de leur choix. Cela aboutit à deux formes de 30 minutes dans l’écrin du jardin de la vierge du lycée Saint Joseph. Ce concept créé en 1997, apparaît toujours comme un joyeux temps d’essais. 

Zoé Lakhnati, chorégraphe formée au CNSMD de Lyon puis à P.A.R.T.S, propose une rencontre avec Claudia Atletica, bodybuildeuse pour la pièce Claudia the Virgin. 

La chorégraphe se place au pied de la scène, en costume noir aux épaules larges avec lunettes de soleil et cheveux tirés inspectant les derniers spectateurs qui s’installent. Vigile attentive, elle reçoit des ordres de la sécurité en voix off. Tout est fin prêt pour l’apparition de la vierge. 

Vous avez bien lu, la vierge apparaît dans un immense drapé bleu pétrole et salue sa miniature blanche en ce lieu magnifique. Un autel se constitue à ses pieds, composé d’une statue d’athlète, de coupes de victoires sportives et de baskets dorées. Du tissu s’extrait Claudia Atletica et son corps veiné, aux muscles saillants. 

La rencontre opère quand la danseuse tombe à plat ventre, la bodybuildeuse se dresse alors debout sur son dos. Magie du spectacle vivant en extérieur, quelques gouttes de pluie tombent. Peu à peu les rôles s’estompent : elles jouent de leurs poids, contrepoids et de la gravité pour proposer des figures multiples avec différents points de contact et portés. C’est au moment où l’on s’interroge sur ce qui se joue que la voix off revient et se demande “qui protège qui ?”. 

Sonya Yoncheva et Leonardo García-Alarcón nous transportent dans un voyage imaginaire à travers les genres, les lieux et les temps

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Tout commence avec un air de Salome extrait du San Giovanni Battista d’Alessandro Stradella, réinventés par une chanteuse au sommet de ses moyens et un quarteron de cracks de la Cappella Mediterranea emmenés par Leonardo García-Alarcón.

Et le voyage de se poursuivre entre pièces instrumentales très typées (Monteverdi, Caldara, Cavalli, Ribayaz, Murcia, Diaz) et pages chantées d’origines diverses (air d’Adelanta dans Serse de Cavalli, madrigal de Monteverdi, air final de Dido & Aeneas de Purcell, chant traditionnel bulgare, air de la nourrice Arnalta dans l’Incoronazione di Poppea, air de Minerva dans El Prometeo complété par García Alarcón lui-même, madrigal de Dowland). La voix rayonne à son sommet : force nette des éclats aigus, sobre profondeur des graves, incroyable ductilité d’un medium capable d’absorber et d’accumuler les atmosphères les plus variées. Chaque instant devient alors un moment de poésie unique, relié entre eux avec un naturel subjuguant et, d’une page à l’autre, avec une diversité de climats affriolante. Le tout au travers d’un dialogue avec les instruments, tous solistes à leur tour, de la Cappella Mediterranea qui distillent des moments de joie, de tristesse ou de rêverie avec une santé inépuisable. On est bien là face à une musique de chambre au meilleur sens du terme où chaque page révèle des instants inattendus mais spécialement concentrés dans la démarche de chaque œuvre, les pages instrumentales constituant par ailleurs des enchainements percutants qui se fondent dans une aura quasi initiatique. Le bonheur est total et constant, sans aucun relâchement mais avec une complicité qui, au-delà du survol des contrées et des périodes, nous raconte une histoire.

Traverso, pianoforte et clavecin autour de J.S. Bach et ses fils

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J.S. Bach & Sons. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Sonate pour flûte et continuo en sol majeur Wq. 133. Wilhelm Friedemann Bach (1710-1784) : Sonate pour flûte et continuo en mi mineur FK. 52. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate en mi bémol majeur BWV 1031 [Siciliano, arrgmt. W. Kempff]. Sonates pour flûte et continuo en la majeur BWV 1032. Sonate en ut majeur BWV 1033 [AdagioPresto]. Suite en ut mineur BWV 997. Anthony Romaniuk : Prélude. Toshiyuki Shibata, traverso. Anthony Romaniuk, clavecin, pianoforte. Livret en anglais, français, allemand. Mai 2024. 59’09’’. Channel Classics CCS 49725

BaroQuiales "Alexander's Feast

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Créé en 1998, le festival des BaroQuiales est devenu au fil des années un rendez-vous culturel incontournable dans les Alpes-Maritimes. Né à Sospel, il rayonne aujourd'hui à travers les communes de la Roya-Bévéra, un territoire au riche patrimoine où chapelles, églises, cathédrale, portes monumentales et monastère offrent un cadre exceptionnel aux concerts.

Pour cette édition, les BaroQuiales ont fait étape dans cinq communes de l'est des Alpes-Maritimes : Saorge, Sospel, Menton, Nice et La Trinité. La programmation s'articule autour de l'oratorio Alexander's Feast de Haendel, œuvre majeure du répertoire baroque.

Sous l'impulsion de la compagnie artistique et culturelle La Chambre et de son directeur artistique Jean-Sébastien Beauvais, le festival défend une approche qui mêle musique, transmission et création. Fidèle à son identité baroque, il encourage les projets originaux, accompagne les jeunes ensembles et développe des actions de médiation culturelle à travers des masterclasses et des projets pédagogiques destinés aux musiciens amateurs.

Cette volonté de transmission se concrétise cette année par un stage vocal de six jours. Des choristes venus de toute la France s'y retrouvent pour préparer l'œuvre avant de rejoindre les instrumentistes et les solistes lors du concert de clôture, donnant naissance à un chœur éphémère réuni autour d'un même projet artistique. Ce travail collectif trouve son aboutissement dans une interprétation d'une remarquable cohésion, où professionnels et choristes amateurs partagent la scène avec une même exigence artistique.

L'organisation du festival se révèle à la hauteur de ses ambitions artistiques. Portée par une équipe soudée, passionnée et particulièrement investie, elle contribue pleinement à la réussite des BaroQuiales et à l'accueil chaleureux réservé aux artistes comme au public.

Esther, l’opéra de Thomas de Hartmann d’après Jean Racine : première gravure mondiale

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Thomas Alexandrovitch de Hartmann (1885-1956) : Esther, opéra en trois actes. Corinne Winters (Esther), Yuriy Yurchuk (Assuérus), Andrew Foster-Williams (Mardochée), Bernard Richter (Aman), Olga Bezsmertna (Élise), Edwin Crossley-Mercer (Hydaspe/Asaph), Paul Appleby (Chantre) ; The Grange Festival Chorus ; Bournemouth Symphony Orchestra, direction Kirill Karabits. 2025. Notice et synopsis en anglais. Livret de l’opéra en français, avec traduction anglaise. 115’ 47’’. Un coffret de deux CD Pentatone PTC 5187 424.

Apogée de la violence pour T’façon on est en 2012 de Loraine Dambermont 

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Créé en 2025, T’façon on est en 2012 est un trio qui cherche à questionner le phénomène des clash en ligne. Après Toujours de ¾ face !, le second opus de la trilogie mes années bagarre laisse un goût plus âpre. 

Tout commence par la retransmission audio d’extraits du “clash des Lopez” : un phénomène internet qui montre des membres d’une même famille s’insulter par vidéos interposées. Dans les sous titres projetés, certains mots sont tronqués pour nous éviter une violence langagière. Cela n'empêchera pas l’expression d’une grande violence physique. Trois silhouettes se dégagent en jogging noir dans une lumière presque toujours blanche. Les danseurs prennent des poses hachées nettes pour donner corps aux mots. Les mouvements se répètent puis s’accélèrent jusqu’à ce qu’un des danseurs prenne une chaîne pour fouetter le sol. Reste ensuite le silence glaçant, de ce qu’on peut interpréter comme une mise à mort. Puis l’action reprend et le son de plus en plus fort accompagne une lumière puissante qui nous fait face. Les trois interprètes avancent vers nous, on craint qu’ils descendent dans le public pour lui faire mal. 

Si l’on peut saluer le travail de coordination entre son et geste, ainsi que l’endurance des trois danseurs, on retient plutôt la démonstration de la violence qui met le public à rude épreuve plutôt que la dénonciation de la virilité toxique. 

Si l’on peut saluer le travail de coordination entre son et geste, ainsi que l’endurance des trois danseurs, on retient plutôt la démonstration de la violence qui met le public et le corps des interprètes à rude épreuve plutôt que la dénonciation de la virilité toxique. 

Fabrice Lambert propose un voyage en eaux profondes aux Hivernales 

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Chorégraphe attentif depuis longtemps aux liens entre l’Homme et les éléments naturels, Fabrice Lambert s’inspire cette fois des mouvements de l’océan. Déclinaison de Renverse créée en 2025 pour 8 interprètes, La vitesse de l’eau est un trio brillant : à découvrir aux Hivernales à Avignon jusqu’au 20 juillet. 

A la baguette, le compositeur Patrick de Oliveira, habitué des collaborations chorégraphiques (avec Jann Gallois ou les frères Ben Aïm par exemple), signe une partition élaborée en même temps que la chorégraphie. Sur scène 3 interprètes : Eve Bouchelot, Elsa Dumontel et Agathe Thévenot entièrement dévouées à une écriture chorégraphique exigeante. On assiste donc à une version resserrée, mais non moins puissante. 

Tout commence par un bruissement de pieds qui laisse deviner le déplacement des trois danseuses dans l’obscurité. De dos d’abord, on les suit des yeux lorsqu’elles oscillent à une même fréquence. Tantôt à l’unisson, tantôt reliées par une vibration commune, les trois danseuses sont quasi perpétuellement en mouvement durant ces 50 minutes foudroyantes. Elles développent une grande puissance ponctuée de brefs instants de suspension. Parfois on ressent même l’ivresse d’une scène de battle lorsque tout devient plus circulaire et que des solos émergent. 

Les déplacements mettent la scène en mouvement et les compositions chorégraphiques explorent différents états de la mer. Nous sommes contemplatifs et fascinés devant cette houle faite de marche aux tempos divers qui se transforme en clapotis, plus courts et irréguliers, grâce à des roulades et quelques arabesques, puis c’est un remous qui prend forme avant un tumulte explosif où se dévoilent des renversés rapides et des mouvements de bras larges qui accentuent l’ampleur des tourbillons. 

Pärnu — Trois leçons de lumière avec l'Estonian Festival Orchestra et Paavo Järvi

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Le programme du 11 juillet au Festival de Pärnu se laissait lire comme une méditation sur la lumière : lumière méridionale filtrée par le voile symboliste de Fauré, lumière boréale — celle qui, en été estonien, ne se couche jamais tout à fait — dans la création de Tõnu Kõrvits, et lumière-paysage enfin, habitée, presque organique, dans la Sinfonia espansiva de Nielsen. Trois régimes de clarté, trois manières de faire chanter l'orchestre.

Fauré ouvre la soirée avec la Suite de Pelléas et Mélisande, choix qui rappelle d'emblée la maîtrise stylistique dont Paavo Järvi a laissé tant de grands enregistrements dans le répertoire français. Clarté d'énoncé qui refuse le voile, phrasé sculpté sans céder à l'ornement : la Sicilienne solaire ne vient pas écraser la pénombre symboliste du Prélude et de La mort de Mélisande. La Fileuse file sans mécanisme, portée par un legato de la petite harmonie qui vaut à lui seul le déplacement.

Le premier grand moment du conert vient de la création mondiale du Concerto pour alto et orchestre « Secret Garden » de Tõnu Kõrvits, écrit pour Amihai Grosz. Kõrvits confirme cet art narratif qui lui est propre : un récit qui se déploie par échanges — sublimes — entre l'alto et un orchestre auquel il oppose une économie d'effets, un univers infini de nuances et une orchestration d'une maîtrise stupéfiante. La partition s'ouvre sur un dialogue avec les timbales et se referme sur ce même échange, refermant un arc dramaturgique d'une évidence rare. À l'exception du mouvement central — Song of the Light —, on n'entend que rarement la totalité de la masse orchestrale : Kõrvits privilégie des configurations chambristes finement pensées — trois clarinettes, un cor, un hautbois, un basson, une percussion contenue —, où chaque timbre trouve sa fonction narrative. Derrière cette retenue affleure une vraie beauté mélodique, servie par une science de l'orchestration qui donne à ce concerto tout pour s'imposer comme une grande référence du répertoire, encore peu fourni, de l'alto concertant.

Au théâtre élisabéthain de Hardelot, Le Lieu de nulle part par la jeune compagnie J’ai tué mon bouc

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Le théâtre élisabéthain, situé face au château de Hardelot et reconnu internationalement pour son architecture circulaire en bois et sa conception écologique, a célébré ses dix ans le 24 juin dernier. Pour l’occasion, le Midsummer Festival a passé commande à une compagnie implantée dans les Hauts-de‑France. Trois comédiens‑chanteurs et leur équipe y proposent un « cabaret élisabéthain », Le lieu de nulle part, présenté en création.

Le spectacle s’ouvre sur Here the deities approve de Purcell, chanté dans une atmosphère de recueillement par François Gardeil, contre‑ténor. Pourtant, on comprend très vite que l’on n’assistera pas à un théâtre « sérieux ». En effet, il réapparaît pour le chanter en brossant ses dents, avec des trilles en gargarisme… L’air revient d’ailleurs à plusieurs reprises, tel un leitmotiv ou un ground, chaque fois transformé. Tout oscille entre gravité et légèreté : les trois funambules théâtraux avancent sur des cordes de couleurs, hantés par le Berlin des années 1930 et par des scènes underground new‑yorkaises des années 1980. Dans ce mélange joyeux, ils convoquent Shakespeare, Ovide et d’autres figures fondatrices du théâtre, dans une marmite de fulgurances électriques. Le plateau, transfiguré, devient tour à tour cabaret, tréteau, laboratoire, lieu de résistance et de fête.