Une curiosité : l’Enlèvement du Sérail en langue française

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756 – 1791) : L’Enlèvement du Sérail  version traduite en français de 1798. Florie Valiquette, Gwendoline Blondeel, sopranos. Mathias Vidal, Enguerrand de Hys, ténors. Nicolas Brooymans, basse. Michel de Fau, rôle parlé et mise en scène.  Orchestre et Chœur de l’Opéra Royal. Gaétan Jarry, direction. 2024. Notice en français et anglais. 3 CD. 133’34. Château de Versailles.

Janssens, Rilke, Fromont, une association détonante

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Après une dernière séance, aux auditoires Sainte-Barbe, d’un cours consacré à l’individualisme (« qui se sent morveux, qu'il se mouche », dit La Flèche à Harpagon) à l’époque contemporaine – ça avait bien commencé, structuré, circonstancié et éclairant mais les dernières heures, absconses, lacaniennes et crispantes, ont littéralement annihilé ma capacité d’attention, asphyxiant du même coup mes velléités de réconciliation avec la philosophie –, je prends le temps de Louvain-la-Neuve à Eghezée (rentrer chez moi eût été une hérésie kilométrique), aidé par un GPS qui s’amuse à me faire voir la bonne rue dans le mauvais village. Je ne vois de la commune rurale de Hesbaye que la nationale et ses commerces, non loin de l’Ecrin, dont l’animateur-directeur Benoît Raoult tente ce soir, c’est trop peu courant dans l’agenda d’un centre culturel, une incursion programmatique dans la musique écrite.

La salle, modulable, réarrangée en un club où l’on peut étendre ses jambes, fait de demi-cercles de chaises entourant une petite table où déposer son verre, accueille un public probablement peu habitué à l’expérience musicale que sert la nouvelle œuvre de Claude Evence Janssens, oratorio contemporain de neuf cantates sur des textes de Rainer Maria Rilke (« le poète des poètes ») et des photographies d’André Fromont, extraites de son immense photothèque, pliées sur un axe médian à la manière des taches d’encre du Rorschach, puis retravaillées et adaptées au format rectangulaire de l’écran sur l’arrière-scène – s’y projettent les mots (traduits) du poète austro-hongrois et autrichien, qu’il écrit en français comme en allemand. Sur le plateau, les musiciens de Sturm und Klang et le chef Thomas Van Haeperen, la soprano Clara Inglese et le baryton Kris Belligh, tous deux côté cour.

Retrouver les débuts de Leïla Ka

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Après avoir découvert la chorégraphe et danseuse Leïla Ka avec sa pièce Maldonne, spectacle au succès incontesté, nous remontons ce soir à ses débuts avec le solo Pode Ser et le duo C’est toi qu’on adore, ses deux premières pièces. 

Commencerons par parler de Pode Ser créé en premier en 2018 qui est la deuxième pièce dans le déroulé de la soirée à la Maison des Métallos. 

Dans ce solo de 17 minutes, tout est déjà parfaitement réflechi : la lumière se dessine en cercle comme un ring où apparait une femme en robe de tulle rose, parfait stéréotype de la jeune fille sage. Très vite elle se dévoile en guerrière, ses coudes sont joints, ses poings serrés, dans une posture cherchant le combat. Sur la musique, elle joue avec sa robe légère tout en s’accrochant à ses bretelles, lançant des coups avec ses coudes anguleux, faisant trembler tout son corps. 

Puis d’un coup la musique devient bruitage : armes à feu, claque ? on ne sait pas vraiment. Un abat jour tombe brusquement du ciel et le pantalon noir sous sa robe et ses baskets se révèlent à nos yeux. Cette deuxième partie surprend autant que la première. Dès qu’un mouvement plus rond, plus doux, plus lent est esquissé, il s'arrête net. Le bruit d’une arme répond aux mouvements secs et précis  de son bassin.

Le grésillement dans nos oreilles s'arrête, le silence s'installe dans la salle, le public est ému, avant d’acclamer la danseuse. 

Chroniques musicales autour d’un roi fou, dans la tourmente de la Guerre de Cent Ans

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Le Grand Embrasement. Into The Winds. Anabelle Guibeaud, chalemie, flûte à bec. Rémi Lécorché, buisine, trompette à coulisse, flûte à bec. Marion Le Moal, chalemie, flûte à bec, percussion. Adrien Reboisson, chalemie, douçaine, flûte à bec. Laurent Sauron, percussions. Pierre Hamon, cornemuse. Livret en français, anglais. Novembre 2024. 65’39’’. Ricercar RIC 476

Une traversée du romantisme : Schubert et Mahler à Varsovie

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Pour cette nouvelle soirée du Festival Beethoven à Varsovie, nous retrouvons l’Orchestre philharmonique de Varsovie. Le programme réunit la Symphonie n° 8 en si mineur D. 759 « Inachevée » de Franz Schubert et la Symphonie n° 4 en sol majeur de Gustav Mahler, avec la participation de la soprano Olga Bezsmertna. La phalange polonaise est dirigée par le chef Jacek Kaspszyk.

La soirée s’ouvre avec la célèbre « Inachevée » de Schubert. Composée en 1822, cette œuvre ne comporte que deux mouvements complets, et les raisons de son inachèvement restent incertaines : abandon volontaire, orientation vers d’autres projets ou crise personnelle. Elle ne sera créée qu’en 1865, soit plus de trente-sept ans après la mort du compositeur.

Dès les premières mesures, une atmosphère mystérieuse s’installe, portée par les cordes graves. Lorsque le premier thème apparaît, le climat demeure sombre, malgré un léger manque de tension, notamment dans le moteur rythmique des cordes. Le second thème, plus lumineux, bénéficie d’une interprétation délicate, particulièrement mise en valeur par les violoncelles. La suite adopte un caractère plus dramatique avant la réexposition, permettant de savourer à nouveau cette musique empreinte d’émotion, servie avec sensibilité.

Entre récital et symphonie au Festival Beethoven de Varsovie

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C’est dans le cadre prestigieux du Château Royal de Varsovie que se tient le récital du pianiste irlandais Barry Douglas. Le programme réunit quatre ensembles d’œuvres : les Impromptus op. 142, D. 935, nos 1 et 2, de Franz Schubert, une sélection des Dix pièces tirées du ballet « Roméo et Juliette », op. 75 de Sergueï Prokofiev, des extraits des Fantasies op. 116 de Johannes Brahms, ainsi que la Sonate pour piano en fa mineur op. 57 « Appassionata » de Ludwig van Beethoven.

Le concert s’ouvre avec les deux premiers Impromptus de Schubert. Composées en 1827, période particulièrement féconde pour le compositeur, ces pièces occupent une place de choix dans le répertoire romantique. Dans le premier, en fa mineur, Barry Douglas déploie une ampleur quasi orchestrale, marquée par des contrastes saisissants entre passages solennels et élans lyriques. Le second, un menuet en la bémol majeur, introduit un changement d’atmosphère : l’interprétation, vive et brillante, évoque une danse élégante.

Suit une sélection des pièces issues du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev. Le pianiste y met en valeur de forts contrastes, entre la tendresse des scènes d’amour et la violence des affrontements, parfois teintés d’ironie. Grâce à des rythmes incisifs et une grande variété de couleurs, il instaure une véritable dimension théâtrale.

Anthony Romaniuk : le magicien des modes

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Claveciniste, pianofortiste, jazzman et explorateur des sons synthétiques, Anthony Romaniuk est un artiste inclassable. Après le succès de ses albums Perpetuum et Bells, le musicien revient avec On Modes, un projet fascinant qui redonne vie aux sept modes diatoniques. De l’obscurité dorienne à la lumière phrygienne, il tisse un lien invisible mais puissant entre les polyphonies baroques, le minimalisme hypnotique de John Adams et les univers pop de Radiohead ou Björk. À l’occasion de la sortie de ce nouvel opus et avant son concert attendu au Flagey le 29 mars prochain, Anthony Romaniuk nous livre les clés de son architecture sonore, où l’improvisation reste le battement de cœur d’une musique sans frontières.

L’album explore les sept modes diatoniques. Qu’est-ce qui vous a attiré vers ces modes, et en quoi leur exploration est-elle pertinente pour un auditeur du XXIe siècle ?

Les modes sont en quelque sorte les éléments constitutifs oubliés de l’architecture musicale. Certes, ils ont des racines anciennes et constituaient le principal moyen d’organiser la musique jusqu’à l’époque baroque, mais ils sont restés bien vivants dans le jazz, en particulier depuis les années 1950. C’est d’ailleurs par le jazz que je les ai découverts.

La puissance incroyable de ces modes réside dans leur caractère ou leur atmosphère extrêmement distinctifs. Le mode dorien possédera toujours cette identité propre, cette couleur singulière. Cela n’est pas sans rappeler la façon dont chaque raga de la musique indienne est lié à des phénomènes naturels ou spirituels (comme les moments de la journée). Nous sommes trop habitués à la dichotomie « majeur = joyeux » et « mineur = triste » ; pour moi, les modes enrichissent considérablement le spectre des émotions que nous pouvons ressentir en musique.

Vous décrivez chaque mode avec un caractère distinct. Comment cette perception personnelle guide-t-elle l’interprétation et l’arrangement des œuvres ?

Même si chaque mode possède une structure définie, les associations que j’établis avec eux sont subjectives. Ma conception du mode dorien — les mots que j’utilise pour le décrire — m’est propre ; d’autres y percevront des connotations différentes.

Cependant, lorsque je compose, je ne cherche pas à être “conscient” du mode en soi ; je privilégie le lien émotionnel que je tente de créer. C’est pourquoi un morceau comme Locrian Waltz n’est probablement écrit qu’à 20 ou 25 % en mode locrien, même s’il en incarne les caractéristiques intrinsèques : la désorganisation ou la confusion.

Quel est le fil conducteur qui relie des compositeurs aussi différents que John Adams, Radiohead ou Björk au sein d’une thématique modale ?

Ma manière de programmer, comme en témoignent mes précédents albums (Perpetuum et Bells), consiste à partir d’un concept musical autour duquel les pièces s’articulent, puis à trouver le juste équilibre entre les éléments. Je recherche une variété de textures, de timbres et de rythmes pour que le programme raconte sa propre histoire.

Je comprends l’usage courant de thématiques poétiques ou littéraires (comme « l’Amour et la Mort » ou « l’Exil »), mais ce n’est pas ma méthode de travail. Je trouve une immense beauté dans la programmation d’une série de tableaux émotionnels avec lesquels chaque auditeur est libre de tisser ses propres liens.

Première gravure mondiale pour Mazeppa, l’opéra testamentaire de Clémence de Grandval

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Clémence de Grandval (1828-1907) : Mazeppa, opéra en cinq actes. Tassis Christoyannis (Mazeppa), Nicole Car (Matréna), Julien Dran (Iskra), Ante Jerkunica (Kotchoubey), Pawel Trojak (L’Archimandrite) ; Chœur des Bayerischen Rundfunks ; Münchner Rundfunkorchester, direction Mihhail Gerts. 2025. Documentation en français et en anglais. Livret en français, avec traduction anglaise. 141’ 12’’. Un livre-disque de deux CD Bru Zane BZ 1063.