5 albums pour passer la semaine : centenaire Henze, complétions mozartiennes et un Brésil retrouvé

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1. Mozart : Requiem et Messe en ut mineur — Nézet-Séguin & le Chamber Orchestra of Europe

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Requiem K. 626 (complètement et édition Michael Ostryzyga, 2019) ; Messe en ut mineur K. 427 « Grande Messe » (reconstitution, complètement et édition Ulrich Leisinger). Ying Fang, soprano ; Emily D'Angelo, mezzo-soprano ; Stanislas de Barbeyrac, ténor ; Michael Volle, basse ; RIAS Kammerchor ; Chamber Orchestra of Europe ; Yannick Nézet-Séguin, direction. Deutsche Grammophon (parution digitale 26 juin 2026, CD 3 juillet 2026, référence à paraître).

L'édition Süssmayr a longtemps tenu lieu de Requiem mozartien tout court, et c'est là tout le paradoxe : la version qu'on entend partout n'est pas exactement celle de Mozart. Yannick Nézet-Séguin tranche en choisissant la complètement récente de Michael Ostryzyga (2019) — Lacrimosa étendu, Amen retrouvé, orchestration resserrée sur la séquence — et lui adjoint la Messe en ut mineur dans la reconstitution d'Ulrich Leisinger, directeur scientifique de la Fondation Mozarteum de Salzbourg. Deux fragments majeurs, deux tentatives modernes de les compléter selon la philologie d'aujourd'hui : voilà le geste éditorial. Captés en concert au Festspielhaus de Baden-Baden à l'été 2025, le Chamber Orchestra of Europe et le RIAS Kammerchor servent la cause avec la transparence attendue ; le quatuor de solistes — Ying Fang, Emily D'Angelo, Stanislas de Barbeyrac, Michael Volle — assume sans surenchère. Plus qu'un disque, un dossier qui prendra place dans les débats à venir.

2. Henze : intégrale des Symphonies — Marek Janowski & le RSB enfin (re)disponible

Hans Werner Henze (1926-2012) : Symphonies n°1 à 10. Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin ; Rundfunkchor Berlin (Symphonie n°9) ; Michael Gläser, chef de chœur ; Marek Janowski, direction. Wergo WER 69612 (5 CDs).

Henze aurait eu cent ans le 1er juillet, et l'année du centenaire s'ouvre côté disque par l'événement attendu : Wergo lance une grande Hans Werner Henze Edition en cinq boxsets — orchestre et concertos, musique de chambre et piano, musique vocale, œuvres scéniques (avec un inédit, Der Prinz von Homburg) viendront ensuite — qui débute par ce coffret symphonique. L'enregistrement n'est pas neuf : Marek Janowski et le Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin avaient enregistré les dix symphonies en six temps entre 2008 et 2014, le slipcase paru en 2015 n'ayant jamais reçu la diffusion qu'il méritait — certains volumes étaient même devenus introuvables. Wergo le confirme avec une honnêteté rare : les enregistrements de l'édition sont « pour partie épuisés », d'où la recompilation. À les redécouvrir aujourd'hui dans une présentation cohérente, on mesure ce qui rendait ce cycle Janowski indispensable : transparence néoclassique des premières partitions (la Première, presque pudique, n'a pas pris une ride), éclat néo-mahlérien de la Sixième pour deux orchestres, densité civique de la Neuvième sur le poème de Treichel d'après La Septième Croix d'Anna Seghers. .Voici donc, enfin disponible, le seul cycle symphonique intégral moderne du compositeur : l'événement Henze de l'année.

Barenboim et la création : trois mandats, une fidélité

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On retient de lui les sonates de Beethoven, les opéras de Wagner, les trois intégrales Bruckner, le pianiste presque philosophe des concertos pour piano de Mozart. L'imaginaire collectif a fini par sédimenter une figure : Daniel Barenboim, dépositaire du grand répertoire germanique, héritier de Furtwängler, mozartien d'élection. Cette image, juste mais incomplète, a occulté l'une des dimensions les plus singulières de sa carrière — un engagement de près de cinquante ans en faveur de la création contemporaine, dont la cohérence n'a d'égale que la discrétion médiatique. Plus de trente créations mondiales et américaines à la seule tête du Chicago Symphony Orchestra deux opéras créés à Berlin, des symphonies de commande à Paris et à Chicago : peu de chefs purement interprètes, de sa stature, ont sur près d'un demi-siècle intégré la musique de leur temps comme composante structurelle, et non décorative, de la direction de trois grands orchestres dirigés successivement.

Deux dates suffisent à en saisir la portée. Paris, Palais des Congrès, 18 juin 1980 : l'Orchestre de Paris donne en création mondiale les Notations I-IV de Pierre Boulez, commande passée par son chef titulaire au compositeur qui, contre toute attente, accepte alors de reprendre des miniatures pianistiques de jeunesse pour en faire une œuvre orchestrale monumentale. Chicago, Orchestra Hall, 14 janvier 1999 : le même chef crée la Notation VII avec le Chicago Symphony Orchestra, dix-neuf ans après les quatre premières, sur deux continents et sous le même geste fondateur. L'aventure des Notations orchestrales — restée inachevée à la mort de Boulez en 2016 — n'aurait sans doute pas existé sans cette commande initiale. Le fil tient l'ensemble de la carrière de Barenboim.

Paris, 1975-1989 : la formation d'un goût

Nommé à 33 ans à la succession de Solti, Barenboim engage à l'Orchestre de Paris la plus longue direction qu'ait connue la phalange et une politique de programmation contemporaine d'une rare cohérence. Le bilan parle de lui-même : plusieurs créations mondiales — les Notations I-IV de Pierre Boulez (Palais des Congrès, 18 juin 1980), la Symphonie n°1 d'Edison Denisov (commande des vingt ans de l'orchestre, 1987), le Fandango de Hans Werner Henze, Pour mémoire III de Jacques Lenot — et un travail systématique de premières françaises portant notamment sur Henze et Lutosławski. À quoi s'ajoute une fréquentation soutenue des grandes voix du XXe siècle finissant : Berio, Xenakis, Dutilleux. Pas de spectraux ; la modernité « parisienne » de Barenboim est délibérément internationale et assume une parité éditoriale entre Europe centrale, France et Allemagne. Boulez n'est pas seulement un compositeur joué : c'est, selon Barenboim lui-même, l'initiateur qui lui révèle Schönberg, Berg et Webern, et un partenaire institutionnel régulier — les concerts à deux orchestres réunissant l'Orchestre de Paris et l'Ensemble intercontemporain installent une circulation entre répertoire et création qui n'existait nulle part ailleurs sur cette échelle.

Sonates avec viole et violon de Bach, deux nouvelles parutions chez Arcana

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonates pour violon et clavecin en si mineur, la majeur, mi majeur, ut mineur, fa mineur, sol majeur BWV 1014-1019.3. Andrew McIntosh (1985*) : Tertia deficiens. Ilya Gringolts, violon. Francesco Corti, clavecin. Livret en anglais, français, italien. Novembre 2024. Digipack deux CDs 53’23’’ + 52’54’’. Arcana A583

Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonates pour viole de gambe et clavecin en sol majeur, ré majeur, sol mineur BWV 1027-1029. Sonate pour flûte et clavecin en sol mineur BWV 1030a [transcr.]. Teodoro Baù, viole de gambe. Andrea Buccarella, clavecin. Livret en anglais, français, italien. Février 2024. 57’52’’. Arcana A586

George Szell, l'autre legs : Decca, Philips et Deutsche Grammophon réunis

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Egmont op. 84 ; Symphonie n° 5 ; Concerto pour piano n° 5. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 34 ; Concertos pour piano n° 23 & 27. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n° 3 ; Concerto pour piano n° 1. Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 8 ; Concerto pour violoncelle. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Water Music & Royal Fireworks Music (arr. Hamilton Harty) ; Menuet d'Il pastor fido ; Largo de Serse (avec répétition inédite). Felix Mendelssohn (1809-1847) : Le Songe d'une nuit d'été (extraits). Franz Schubert (1797-1828) : Rosamunde (extraits). Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n° 2. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n° 4 ; Concerto pour piano n° 1. Clifford Curzon, piano ; Pierre Fournier, violoncelle ; Pilar Lorengar, soprano ; Klausjürgen Wussow, récitant ; Wiener Philharmoniker, Royal Concertgebouw Orchestra, London Symphony Orchestra, London Philharmonic Orchestra, Berliner Philharmoniker, New Symphony Orchestra of London, George Szell. 1949-1970. Notice en anglais. 10 CD. Decca Eloquence 4848296.

Adorations, premier album du Quatuor Isidore

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Adorations. Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor à cordes op. 20 n° 2. Samuel Barber (1910-1981) : Adagio pour quatuor à cordes op. 11. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Quatuor à cordes op. 44 n° 3. Florence Price (1887-1953) : Adoration (transcription pour quatuor à cordes de Samuel Araya). 2026. Isidore String Quartet : Phoenix Avalon et Adrian Steele, violons ; Devin Moore, alto ; Joshua McClendon, violoncelle. Notice en anglais. 64' 02''. Delos DE 3622.

Un dialogue choral franco-polonais hautement spirituel

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Dialogue. Krzysztof Penderecki (1933-2020) : Hymne des chérubins ; Stabat Mater ; O gloriosa virginum ; Requiem polonais : Agnus Dei. Daniel-Lesur (1908-2002) : Le Cantique des cantiques. Caroline Marçot (°1974) : Nigra sum. Francis Poulenc (1899-1963) : Salve Regina. Olivier Messiaen (1908-1992) : O sacrum convivium ! 2024/25. Chœur du NFM, direction Lionel Sow. Notice en anglais, en français et en allemand. 63’ 41’’. Alpha 1233.

« Furioso » par Le Concert de l’Hostel Dieu et Xavier Sabata : Orlando dans tous ses états

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Le Concert de l’Hostel Dieu et son chef Franck‑Emmanuel Comte présentent un nouveau programme, Furioso, imaginé à partir d’une proposition du contre‑ténor Xavier Sabata. À l’occasion de la sortie du disque en avril, une tournée est engagée jusqu’au 18 septembre. Nous avons assisté au concert donné à la Chapelle de la Trinité de Lyon, dont F.-E. Comte est le directeur artistique.

La Chapelle de la Trinité : un lieu baroque pour des esthétiques élargies

Construite au début du XVIIᵉ siècle par les Jésuites, la Chapelle de la Trinité était destinée au culte, à l’enseignement et à la musique. Désacralisée il y a cent ans, inscrite à l’inventaire des Monuments historiques en 1939, elle est récemment devenue une scène dédiée aux musiques baroques et « irrégulières ». Ce projet réunit Le Concert de l’Hostel Dieu, dirigé par Franck‑Emmanuel Comte, et Superspectives, groupe fondé par le pianiste François Mardirossian et le philosophe Camille Rhonat, qui « militent pour une approche cool de la musique contemporaine ». La rencontre de ces deux entités permet une programmation audacieuse, où cohabitent naturellement concerts baroques et propositions d’autres esthétiques : une « irrégularité » qui, au fond, s’accorde parfaitement avec l’esprit même du mot baroque.

Orlando furioso : un réservoir inépuisable de passions

Le titre Furioso renvoie bien sûr à Orlando furioso, le poème épique que Ludovico Ariosto composa entre 1505 et 1532. Sur la trame historique de la guerre entre Charlemagne et les Sarrasins, l’œuvre se déploie comme un véritable roman‑fleuve, dont figures sont allègrement adaptées à l’opéra : Angelica, Alcina, Bradamante, Ruggero ou encore Ariodante, offrant un vaste catalogue de sentiments. Même après son achèvement, le poème continua de s’enrichir, comme si ses héros poursuivaient leur existence propre. Le programme en reflète l’évolution : aux extraits célèbres de Vivaldi et Haendel répondent des pages moins connues, voire rares, de Nicola Porpora, Agostino Steffani et Johann Joseph Fux, dont une inédite. Autant de visages d’un même héros, déclinés dans des styles contrastés, du adagio expressif au presto virtuose, entrecoupés de pièces instrumentales tout aussi variées.

Riccardo Muti et l’ONF écrivent une nouvelle page de leur histoire commune

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Le 11 mars 1980, Riccardo Muti a quarante ans. Il dirige pour la première fois l’Orchestre National de France (ONF). Pendant les quatre années suivantes, il le dirigera encore trois fois. Puis, après une période de quelques années sans concert ensemble, ils se retrouvent en 1993. Jusqu’en 2010, ils donnent, chaque année en moyenne, un programme ensemble, soit au Théâtre des Champs-Élysées, soit à la Salle Pleyel, soit à la Basilique de Saint-Denis (dont ils sont des fidèles). Le chef italien, alors presque septuagénaire, lève un peu le pied sur ses activités. Mais il restera fidèle à notre National : 2014, 2018 (première à l’Auditorium de Radio France), 2024 (premièreà la Philharmonie de Paris), et donc 2026. En attendant 2027.

Pour leur vingt-huitième programme ensemble, trois œuvres extrêmement chères au Maestro. En première partie, de la musique symphonique de deux compositeurs italiens spécialisés dans l’opéra, et qui ont la particularité d’avoir été créées en France, voire écrites pour le public français.

Dernier volume de l’Orgelwerk de Bach par É. Lebrun et M.A. Leurent : les Triosonaten à l’atelier du peintre

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Intégrale de l’œuvre d’orgue vol. 10. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonates en trio BWV 525-530. Concerto en mi bémol BWV 597. Trios en ré mineur, sol mineur, sol majeur BWV 583, 584, 586. Praeludium en la mineur BWV 569. Fantaisie en ut mineur BWV 1121. Fugue en sol majeur BWV 581. Fugue en ut mineur BWV 575. Prélude en ut mineur BWV 999. Herr Gott, dich loben wir BWV 725. Marie-Ange Leurent, Éric Lebrun, orgues de l’église Saint Jacques de Lübeck, de l’église Notre-Dame de Saint-Loup-sur-Thuet. Livret en français. Septembre-octobre 2025. Digipack deux CD 56’47’’ + 63’51’’. Chanteloup Musique.