Bach par Kati Debretzeni et John Eliot Gardiner
Jean-Sébastien BACH (1685-1750) : Concertos pour violon BWV 1041 et 1042 et Concertos pour violon, transcriptions d’après BWV 1052 et 1053. Kati Debretzeni, violon ; English Baroque Soloists sous la direction de John Eliot Gardiner. 2019. Livret en anglais, allemand et français. 70.15. Soli Deo Gloria SDG732.
John Eliot Gardiner ajoute une merveille à sa discographie consacrée à Bach, dans un concept cohérent puisqu’aux traditionnels BWV 1041 et 1042, il ajoute les transcriptions des BWV 1052 et 1053 pour clavecin. La soliste Kati Debretzeni, d’origine roumaine, premier violon des English Baroque Soloists depuis une vingtaine d’années, sollicitée aussi dans d’autres formations et chambriste de premier ordre, explique dans la notice du livret -qu’elle rédige- les questions de sources et de manuscrits, et elle précise qu’elle a elle-même transposé le BWV 1053 « un ton plus bas en ré majeur ». De son côté, Gardiner souligne le fait que la sensation globale de ces concertos de Bach est celle d’une « conversation entre amis » et qu’ils « révèlent une invention bouillonnante et une exubérance rythmique dans leurs mouvements extrêmes, fondés sur la danse, et une intimité murmurée dans les sublimes mouvements lents ». On ne pourrait mieux dire, surtout lorsque les explications verbales se traduisent par une exécution musicale qui les conforte.
Parlons de l’orchestre pour commencer, qui est en pleine forme et exprime ses qualités chatoyantes avec un élan qu’il transmet à l’auditeur. Le plaisir de jouer ensemble est manifeste. On admire le travail des basses et la profondeur donnée à tous les mouvements, dont les instrumentistes soulignent, à chaque sollicitation, le dynamisme ou la poésie. C’est du grand art, avec ce côté expressif que Gardiner insuffle de manière permanente à sa formation. On est séduit par les allegros démonstratifs, enlevés et colorés, comme par le lyrisme délicat qui leur fait contraste lorsque le climat l’exige. Dans ce partenariat de haut niveau, Kati Debretzeni est particulièrement à l’aise. Elle allie la qualité de ses sonorités, claires et maîtrisées, à la sensibilité et à la vivacité de son archet, avec une retenue chambriste qui ne privilégie pas la virtuosité mais la respiration. La complicité avec la formation qu’elle pratique depuis si longtemps est évidente, et cette évidence se traduit dans chaque partition, cadences comprises, par une volonté de « toucher l’âme », selon l’expression de Gardiner.
Dans une prise de son réalisée à la St Jude’s Church de Hampstead du 7 au 11 décembre 2018, ce fleuron vient s’inscrire avec goût et finesse parmi les versions auxquelles il faut désormais se référer pour saisir toute l’essence de Bach, même si certains préféreront les audaces stylistiques et l’exubérance de Giuliano Carmignola qui a proposé en 2013, avec le Concerto Köln (Archiv).
Son : 8 Livret : 9 Répertoire : 10 Interprétation : 9
Jean Lacroix