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Les graines de curieux : les découvertes un peu piquantes de la musique.
Musiques en pistes : pour une écoute active de la musique. Analyse et exemples sur partitions et écoutes d’extraits.
Focus : un événement particulier dans la vie musicale

Weber, le romantisme des imaginaires

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"Weber vint au monde pour écrire le Freischütz”. Cette formule à l’emporte-pièce représente la contribution de Hans Pfitzner au Dictionnaire des Idées reçues. Elle condamne à l’oubli une œuvre immense et d’une diversité étonnante (un peu plus de 300 numéros au catalogue Jahn, le “Köchel” de Weber), dont la perfection racée et désinvolte excita l’admiration tout de même plus clairvoyante de Stravinski, au point de l’amener à qualifier Weber de “Prince des Musiciens”: son Capriccio pour piano et orchestre de 1929 est un hommage explicite. 

Parmi les maîtres de la première grande génération romantique, Weber occupe une position bien particulière, et son apport est aussi original qu’irremplaçable. Il est bon de rappeler tout d’abord le fait que, né seize ans seulement après Beethoven, il le précéda cependant d’un an dans la tombe, et qu’ils sont donc contemporains, artistiquement parlant. Schubert serait alors le troisième membre de cette première génération, dont les Berlioz, Mendelssohn, Schumann, Chopin et Liszt prendront la relève à partir de 1830 (Mendelssohn seul ayant pris les devants, car enfant prodige). 

Si Weber se situe ainsi chronologiquement à l’orée du romantisme naissant, il participe encore du classicisme par bien des liens, tant matériels qu’ataviques. N’était-il pas le cousin germain de Constance Weber, épouse Mozart, parenté dont il n’était pas peu fier? Et ne reçut-il pas une part essentielle de sa formation à Salzbourg, auprès de ce Michael Haydn, frère cadet du grand Joseph, et dont l’influence sur Mozart fut décisive? Certes, avec le Freischütz, d’ailleurs préparé par bien d’autres pages moins connues, Weber introduisait dans les salles d’opéra et de concert le grand souffle embaumé de la forêt allemande. Certes, il sut le tout premier incarner les voix de la nature par la mélodie d’un cor ou d’une clarinette. Certes, c’est avec Euryanthe, avec Obéron, avec le “scénario” du Konzertstück pour piano et orchestre, que la musique s’annexa l’évocation du monde de la chevalerie médiévale, qui fut à la même époque le thème préféré du roman “gothique” anglais, Walter Scott en tête, et du romantisme littéraire de la France de Charles X. Et la noblesse piaffante, le généreux panache de tant de jaillissants Allegros weberiens ne se peuvent mieux définir qu’à l’aide de l’épithète “chevaleresque”. Il reste néanmoins que ce maître paysagiste en musique, ce virtuose de la couleur instrumentale et harmonique, demeura sa vie durant fidèle à une conception classique, mozartienne de son art. Lui qui, à l’issue de l'  audition de la Septième symphonie de Beethoven, déclarait, horrifié, qu’il fallait “enfermer son auteur aux Petites-Maisons”, écrivait quelques années plus tard cette merveilleuse profession de foi esthétique, qui définit parfaitement sa position de Classique du Romantisme : “Par concentration, j’entends la brièveté, le resserrement, tant de la forme entière que de ses parties constituantes. Et l’on ne peut y parvenir qu’en exerçant un contrôle très sévère sur les éléments les plus infimes comme sur les plus grands. S’il faut veiller à ce qu’aucune faiblesse ne s’infiltre dans le moindre motif, il faut naturellement éviter davantage encore que tout un motif plus faible ou plus terne n’apparaisse dans le cadre de la grande forme, car ainsi la précision et le relief se perdraient, le sentiment serait détruit et l’effet affaibli d’autant. En tenant compte de ces exigences, on gagne au contraire la vérité de l’expression et la forme concise, ce qui est certes déjà beaucoup. Mais il est aussi important de savoir comment on énonce une vérité: de manière plus terne, ou plus vivante, ou plus énergique. Oui, il faut que s’y ajoute l’énergie de l’expression...”. 

A cette énergie de l’expression, l’éclat instrumental peut contribuer de manière décisive, et si le romantisme de la nature ou de l’histoire représente l’un des grands pôles de la création weberienne, la virtuosité instrumentale représente l’autre. Elle se manifeste tout d’abord au piano. Weber, doté de mains gigantesques, était l’un des plus grands pianistes virtuoses de son temps et sa production, tant pour piano seul qu’avec orchestre (trois Concertos, dont le Konzertstück est le dernier) annonce fréquemment Liszt du point de vue de l’écriture instrumentale. D’autre part, Weber possède en commun avec Mozart une prédilection pour les instruments à vent, dont il sut admirablement solliciter toutes les ressources techniques et expressives. C’est dans ses pages concertantes pour clarinette, cor ou basson avec orchestre que s’effectue la plus heureuse rencontre entre les deux Weber, le Romantique et le Virtuose. Si une place privilégiée revient à la clarinette, ce fut suite à une amitié qui le lia dès 1811 au clarinettiste de la Chapelle royale de Munich, Heinrich Bärmann, qui fut à Weber ce qu’Anton Stadler avait été à Mozart et ce que Richard Mühlfeld sera à Brahms.

Entretien avec Arnaud Marzorati : Histoire et musique se rencontrent

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Proposant une nouvelle épopée, Les Lunaisiens et Les Cuivres Romantiques, rejoints par Sabine Devieilhe, reviennent à la musique qui a accompagné les partisans et les détracteurs de Napoléon. Signant leur nouveau disque Sainte-Hélène : La légende napoléonienne, ils reconstruisent l'ambiance sonore de toute une époque. Le disque dépasse rapidement le concept du simple enregistrement et fascine par ses diverses entrées (musicologique, organologique, historique…) qui permettent à tous de s’approprier ces musiques. Une vraie leçon d’histoire racontée en musique. 

Arnaud Marzorati, le baryton et directeur artistique des Lunaisiens, a partagé avec nous quelques détails de la fabrication de cette aventure au vrai sens du terme.

Votre disque s’inscrit dans le cadre du bicentenaire de la mort de Napoléon Ier. Quelle est l’origine de ce projet qui s’inscrit dans la continuité d’une longue série d’ouvrages et de disques publiés à cette occasion ?

Dès l’origine, les deux ensembles sont impliqués dans le projet : Les Lunaisiens pour le côté "chanson historique" et Les Cuivres Romantiques qui sont des grands spécialistes d’instruments anciens. Nous avons une passion commune pour l’histoire de la musique et nous avions véritablement cette envie de récréer un univers napoléonien. Cela fait des années que je travaillais sur ce répertoire de chanson et je voulais que Les Cuivres Romantiques accompagnent ce projet qui réunit des musiques de circonstance, des musiques presque guerrières et puis tout cet art de la chanson. C’est la raison pour laquelle nous avons été soutenus par Le Souvenir Napoléonien qui nous a attribué ce label.

Votre projet bénéficie de nombreux partenaires, notamment celui du Festival Berlioz qui vous accueille régulièrement à la Côte-Saint-André, de la Philharmonie de Paris et du musée de la Musique pour le prêt d’instruments historiques. Comment se sont déroulés ces divers partenariats qui vous ont permis de ressortir un répertoire méconnu et peu enregistré ? 

Effectivement, certaines chansons n’ont jamais été enregistrées même si, depuis déjà des années, un certain nombre d’historiens s’intéressent à cet univers de la chanson d’un point de vue poétique. Ils considèrent ces chansons comme une passerelle très pertinente pour s’intéresser à toutes les strates de l’histoire. 

Pour ce qui est des musiques instrumentales, nous avons eu le souci de faire sonner les instruments d’origine qui nous ont été prêtés par le Musée de la musique de la Philharmonie de Paris pour retrouver les couleurs originales de ces musiques. Rappelons qu’à l’époque c’étaient les grands solistes de l’Académie Royale de Musique de Paris qui jouaient ces instruments un peu inhabituels pour nous, comme le serpent, les cors naturels et autres. Lors de l’enregistrement, Les Cuivres romantiques maniaient certains de ces instruments avec des gants. 

Une semaine de streaming : Paris, Lille, Londres et Hambourg

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On commence avec un concert enregistré dans la Nef du Musée d’Orsay avec l’Orchestre de Paris sous la direction de Pablo Heras-Casado. Au programme :  les Tableaux d’une Exposition de Modeste Moussorgski (dans l’orchestration de Maurice Ravel) ainsi que Bolero. La soprano Sabine Devieilhe est une invitée de prestige pour les courtes mais si belles Cinq mélodies populaires grecques. Ce concert est à revoir sur le site de la Philharmonie de Paris 

A Lille, notre cher Chœur de Chambre de Namur est aux côtés de l’Orchestre National de Lille pour Thomas, Roi d’Egypte sous la direction de notre compatriote David Reiland. Une interprétation en compagnie de la comédienne Clara Hédouin Saïs et dans une mise en scène de Damien Chardonnet-Darmaillacq.  

Au Wigmore Hall de Londres, qui propose une fomidable série de concerts de musique de chambre et de récitals en streaming, on s’attarde avec une soirée de musique contemporaine en compagnie de l’excellent Nash Ensemble dans des oeuvres de notre temps :  Simon Holt,  Sir Harrison Birtwistle,  Julian Anderson, Colin Matthews et  Mark-Anthony Turnage.  

https://www.youtube.com/watch?v=eA2ScSerjT8

Enfin à Hambourg, la NDR met en ligne une belle archive de Maria Callas dans la Seguidilla de Carmen de Bizet 

Un anniversaire quelque peu oublié: le 230e anniversaire de la naissance de Carl Czerny

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Carl Czerny est né le 20 février 1791 au début de cette année qui, en décembre, verra la mort de Mozart. Comme fils unique du professeur de piano Wenzel Czerny, sa destinée était tracée : il sera pianiste ! Lorsqu’il a neuf ans, le jeune Czerny est présenté à Beethoven par le violoniste Wenzel Krumpholtz, frère du virtuose de la harpe. Beethoven, alors âgé de 30 ans, est séduit par les capacités du jeune Carl et s’occupera de son éducation musicale. Évoluant dans le cercle viennois, Czerny sera, comme son prestigieux aîné, remarqué par le Prince Lichnowsky. Pour le Prince, il devra jouer de mémoire, alors que ce n’était pas la tradition, l’ensemble des œuvres connues de Beethoven. Il en résultera une profonde coopération entre les deux musiciens ; en 1811, l’aîné demandera au cadet de créer son célèbre 5e Concerto, "L’Empereur". C’est également Czerny qui se chargera de la réduction pour piano de Fidelio. Sédentaire, il ne quittera pas sa ville natale et se consacrera exclusivement à l'enseignement et la composition, parmi lesquelles un grand nombre d’Exercices et d'Études pour le piano. Quel pianiste ne se souvient pas de "L'art de la vélocité" ou celui de "délier les doigts" ? Mais le catalogue du Maître comporte plus de 850 opus parmi lesquelles onze Sonates pour le piano, six Symphonies (dont seules les deux premières ont reçu un numéro d’opus, les autres restant à l’état de manuscrit), une trentaine de Quatuors, deux Concertos pour piano, un Concerto pour piano à quatre mains, une rareté à côté de ceux pour deux pianos et… un Concerto pour quatre pianos. 

Célèbre, Czerny est évidemment sollicité pour les oeuvres collectives. On le trouve dans le recueil des 50 Variations Diabelli dont il compose aussi la coda conclusive. Il y est associé à des personnalités comme Hummel, Kalkbrenner, Moscheles, le fils Mozart, Schubert, l'abbé Stadler ou encore le jeune Liszt de 11 ans. Au début des années 1830, il collabore avec Pixis, Thalberg, Herz et… Chopin à l’Hexameron de Franz Liszt, une oeuvre pour piano et orchestre élaborée à l'instigation de la Princesse de Belgiojoso. C’est une série de Variations sur la Marche des Puritains de Bellini dont il écrit la cinquième Variation "vivo e brillante". 

Czerny ne pratiquera que peu une carrière de pianiste virtuose. Il se consacrera pleinement à ses compositions didactiques. Il meurt à Vienne le 15 juillet 1857. Fauré a déjà 12 ans, d’Indy, 6 et Claude Debussy naîtra six ans plus tard.

Christa Ludwig, la voix de mezzo  dans toute sa splendeur   

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Que sa personnalité était attachante, tant elle irradiait la scène par sa présence, sa musicalité et son art du dire qui justifiaient la versatilité de son répertoire à l’opéra, en récital, au concert ! Sa voix était celle d’un véritable mezzosoprano avec une facilité dans l’aigu lui permettant d’aborder la tessiture de soprano dramatique, toutefois prudemment abandonnée après cinq ou six saisons. Néanmoins, le timbre réussit à préserver sa patine cuivrée tout au long d’une impressionnante carrière qui dura quarante ans.

Enfant de la balle, ainsi peut-on qualifier Christa Ludwig, née à Berlin le 16 mars 1928, fille d’Anton Ludwig, baryton devenu ténor héroïque puis directeur de scène et d’Eugenie Besalla qui passait avec une rare désinvolture de Carmen à Elektra sur la scène d’Aix-la-Chapelle dont le Generalmusikdirektor était le jeune… Herbert von Karajan. Tout enfant, Christa commence avec sa mère l’étude du chant qu’elle poursuivra à Francfort puis à Munich avec Felicie Hüni-Mihaczek. A dix ans, elle se produit en public. Mais elle attendra septembre 1946 pour débuter à l’Opéra de Francfort avec le Prinz Orlofsky dans Die Fledermaus. Durant six saisons, elle y ébauche Siebel de Faust, Oktavian, Dorabella et même Ulrica d’ Un Ballo in Maschera avant d’être engagée à Darmstadt où, dès l’automne de 1952, elle aborde Carmen, la Princesse Eboli, Giulietta des Contes d’Hoffmann, le Compositeur d’Ariadne auf Naxos et les personnages wagnériens (Waltraute, Ortrud, Fricka, Venus et Kundry). Entre 1954 et 1957, elle fait partie de la troupe de la Staatsoper de Hanovre où elle s’empare de Marie de Wozzeck. Par trois fois, elle auditionne à Vienne devant Karl Böhm qui, face à ses Azucena et Amneris trop lourdes pour ses vingt-sept ans, lui rétorque : « Eh bien, mon enfant, chez moi, tu chanteras  Cherubino ! ». Et c’est effectivement le rôle du page qui la fera débuter, sous sa baguette, à la Salle de la Redoute le 14 avril 1955. Trois mois plus tard, Christa paraîtra au Festival de Salzbourg en Deuxième Dame dans une Zauberflöte dirigée par Georg Solti puis en Compositeur dans une Ariadne avec Lisa Della Casa, Hilde Güden, Rudolf Schock et Karl Böhm au pupitre.

Le 26 décembre 1955, sur le plateau de la Staatsoper à peine reconstruite, la jeune mezzo triomphe avec Oktavian. A côté de ses Amneris ou Eboli, elle ajoute à son répertoire Nicklausse des Contes, Brangäne, Konchakovna du Prince Igor avant de prendre part à la création de Der Sturm de Frank Martin que dirige Ernest Ansermet le 17 juin 1956. A Salzbourg, elle fait applaudir sa Dorabella et son Cherubino au cœur d’un plateau prestigieux incluant Elisabeth Schwarzkopf, Irmgard Seefried, Erich Kunz et Dietrich Fischer-Dieskau, alors que le 17 août 1957, elle sera Georgette dans la version remaniée de Die Schule der Frauen de Rolf Liebermann. Elle épouse alors son collègue de scène, le baryton Walter Berry, dont elle aura un fils. Mais la carrière trépidante se poursuit… Le 21 avril 1958, elle débute à la Scala de Milan où elle n’est que Waltraute au troisième acte d’une Walküre dirigée par Karajan, alors que six mois plus tard, elle y chantera les soli de la Missa solemnis pour George Szell. Et le public milanais accueillera avec transport son Cherubino en mai 1960, son Oktavian, un an plus tard. Le disque révèle ses premiers récitals de lieder accompagnés par Gerald Moore et ses fructueuses collaborations avec le mythique Otto Klemperer qui  veut enregistrer la Matthäus-Passion, la Rhapsodie pour contralto de Brahms, les Wesendonck-Lieder de Wagner et Das Lied von der Erde de Gustav Mahler. A Vienne elle présente en traduction allemande sa Rosina et sa Cenerentola, tandis qu’à Salzbourg, elle aborde la Messa da Requiem de Verdi pour Karajan et dialogue, pour cinq saisons consécutives, avec Elisabeth Schwarzkopf dans un Così fan tutte mis en scène par Günther Rennert et dirigé par Karl Böhm. 

L'Opéra royal de Wallonie-Liège en festival numérique

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L’Opéra royal de Liège Wallonie propose actuellement un véritable festival en ligne avec des représentations d’opéra, des concerts lyriques ou symphoniques et même des concerts de musique de chambre. Dans le même temps, l’institution belge met en ligne un Espace Game digital. Crescendo Magazine rencontre Isabelle Reisenfeld, la responsable communication de l’Opéra royal de Liège Wallonie. 

L’Opéra Royal de Wallonie-Liège est très actif au niveau numérique, que ce soit avec un véritable festival en ligne mais également avec un Escape Game Digital. Le numérique est-il le vecteur indispensable dans ces moments de crise pandémique ? 

Absolument. Si le public ne peut se rendre à l’Opéra, alors c’est l’Opéra qui doit aller vers lui. C’est, du reste, une préoccupation de longue date de notre Maison, bien avant la crise sanitaire. L’Opéra Royal de Wallonie-Liège a été parmi les premiers opéras à diffuser des productions en streaming dès 2010, et accorde également une attention soutenue au reste de la sphère numérique : réseaux sociaux, politique de marketing axée sur le numérique, production de contenus adaptés, ...

 Si le streaming apparaît comme un bras séculier naturel des institutions culturelles, un Escape game semble plus original et inattendu. Qu’est-ce qui a motivé l’Opéra de Liège à prendre part à ce projet ?  

L’idée vient de la société Neominds, qui conçoit ce type de jeux notamment à destination des entreprises. Comme il n’était pour le moment plus possible d’en organiser dans des conditions classiques, ils ont eu l’idée d’adapter leur concept en version digitale : ils ont imaginé une intrigue se déroulant à l’Opéra, et ils nous ont sollicité pour venir y tourner des images. Nous avons tout de suite accepté : c’est un beau moyen de donner un coup de pouce à une jeune société de notre Région, et puis cela permettra au public de découvrir notre Théâtre dans ses moindres recoins. Même les habitués de l’Opéra pourront sans doute y découvrir des choses inattendues !  

Streaming de la semaine  : Liège, Vienne, New York et Venise

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Rendez-vous à L’Opéra de Liège pour un concert pour une fois purement symphonique de l’Orchestre de l’Opéra Royal dans un programme de tubes (Mozart : ouverture des Noces de Figaro ; L’Inachevée de Schubert et Roméo et Juliette de Tchaïkovski). A cette occasion, les Liégeois vont retrouver Paolo Arrivabeni, leur ancien Directeur musical.  C’est à voir en ligne dès ce jeudi 29 avril, sur la plateforme de streaming de l’Opéra royal de Liège

Le monde de la musique a été fort ému par le décès de la légendaire Christa Ludwig. Heureusement, les disques et la vidéo permettent de retrouver cette immense artiste. En 1992, elle était sur la scène du Musikverein de Vienne pour les Rückert-Lieder de Mahler avec les Wiener Philharmoniker sous la direction de Riccardo Muti. 

https://www.youtube.com/watch?v=4nOJnLX_Bkk

La musicienne était également particulièrement investie dans le travail avec des jeunes chanteurs. On peut revoir ici une masterclass de 2014 consacrée au lied Wo die schönen Trompeten blasen de Gustav Mahler. 

Enfin à Venise, on célèbre Verdi avec en star invitée l'impressionnant Michele Pertusi et les forces chorales et orchestrales de la Fenice sous la baguette sobre de Luca Salsi. 

Sandrine Piau, soprano multiple

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La fabuleuse Sandrine Piau fait l’actualité avec trois nouvelles parutions qui marquent ce printemps musical :  Haendel, Haydn, Strauss, Berg et Zemlinsky sont à l’honneur avec ce même bonheur musical absolu. Crescendo Magazine rencontre l’une des très grandes artistes de notre époque. 

Vous êtes au cœur de l’actualité des enregistrements avec pas moins de 3 albums dans des répertoires très différents, Haendel, Haydn, Strauss, Berg et Zemlinsky. Cet éclectisme musical est-il une ligne directrice de votre ambition artistique ? 

Je ne sais pas si le mot ambition est le plus juste, mais je suis curieuse par nature. Mon parcours d’étudiante me destinait sans doute aussi à cet « entre deux » au CNSM de Paris. Côté répertoire, je jouais essentiellement des compositeurs du 19e et du 20e siècles.  J’étais particulièrement fascinée par l’école de Vienne, et je ne connaissais rien à la musique baroque jusqu’à ma rencontre déterminante avec Philippe Herreweghe, comme choriste, puis William Christie au CNSM de Paris dans sa classe d'interprétation de la musique ancienne.

L’un et l’autre m’ont fait découvrir ce répertoire que j’aime infiniment… Si j’ai beaucoup chanté Lully, Rameau, Couperin, Haendel, à mes débuts de chanteuse en France, j’interprétais Mozart, Prokofiev, Debussy, Britten sur scène en d’autres contrées ... Aujourd’hui, avec la sortie de l’album « Clair-obscur », je renoue avec des amours de jeunesse omniprésentes tout au long de mon parcours.  Il est vrai aussi que dans la tourmente sanitaire, sociale et culturelle où nous a plongés la Covid, plusieurs disques sortent presque simultanément et mettent l’accent sur cette diversité. 

Avec Didier Martin (directeur d’Alpha Classics), nous avions évoqué l’idée d’une sortie simultanée de la Brockes Passion de Haendel et de « Clair-Obscur », d’assumer ce grand écart entre les époques et les styles. En revanche, d’autres albums comme  « Magic Mozart » avec Laurence Equilbey, le Requiem de Jommelli  avec Giulio Prandi et la Cantate de Bérénice de Haydn avec Giovanni Antonini devaient sortir plus tôt, ou ... plus tard, selon …. Mais ces aléas donnent une image assez juste de qui je suis et de ce que j’aime.

Vous avez enregistré avec Giovanni Antonini la superbe cantate Scena di Berenice de Haydn dont vous livrez une interprétation engagée et bouleversante. Qu’est-ce qui vous touche dans cette oeuvre ? 

La douleur impossible face au deuil !  Je n’ai certes pas une voix très lyrique mais la souffrance est universelle et le drame n’est pas l’apanage des grandes voix.  C’est la souffrance de Bérénice qui m’émeut avant tout.  Cette cantate a été interprétée par des voix très différentes. Si j’ai pu y ajouter la mienne, c’est grâce à Giovanni Antonini et son orchestre magnifique « il Giardino Armonico » qui ont ciselé les nuances à l’infini.  Quel cadeau !

La sincérité au cœur de la musique : rencontre avec la violoncelliste Emmanuelle Bertrand

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La violoncelliste Emmanuelle Bertrand et l’Orchestre National de Bretagne ont récemment sorti du silence le sublime, et même pianistique, Concerto pour violoncelle de Marie Jaëll. Au cours de  notre entretien, nous avons aussi abordé le rôle de musicien dans la société, les 20 ans de son duo avec Pascal Amoyel, toujours d’une sincérité musicale absolue, et son rôle de pédagogue.  

Quelle est l’histoire de votre rencontre avec le Concerto pour violoncelle de Marie Jaëll ? Dans une interview accordée à l’Orchestre National de Bretagne, vous avez évoqué votre sœur Florence Badol-Bertrand (la musicologue et personnalité hors norme qui nous a quittés en décembre 2020), comme à l’origine de cette aventure musicale.

Nous avons toujours eu beaucoup de plaisir à collaborer sur différents projets, et la personnalité de Marie Jaëll était un sujet d’échange. J’ai une grande pile d’œuvres que je m’apprête à jouer un jour et le Concerto de Marie Jaëll en faisait partie. Florence (qui de son côté s’est beaucoup intéressée à Hélène de Montgeroult mais qui a aussi croisé Marie Jaëll et nombre d’autres compositrices) m’a incitée à jouer ce concerto. Nous l'avons donc programmé d’abord avec l’Orchestre de Saint-Étienne, notre ville d’attache. Ce premier concert m’a permis de mesurer à quel point l’œuvre méritait qu’on la diffuse davantage. Je l’ai alors présentée à Marc Feldman, l’administrateur de l’Orchestre National de Bretagne.
Cette captation s’est déroulée dans le contexte que nous connaissons tous. Lorsque des musiciens se retrouvent pour jouer ensemble, il se passe quelque chose de particulier. Actuellement, c’est même devenu un privilège. 

Nous sommes encore parfois étonnés qu’une pianiste virtuose comme Marie Jaëll compose pour un autre instrument (une démarche inverse de celle de Chopin ou de Liszt qui n’ont quasi écrit que pour leur instrument, le piano). Mais vous avez évoqué l’écriture parfois pianistique de ce concerto. Comment cela se traduit-il ? Est-ce que le Concerto de Marie Jaëll « tombe bien » dans les doigts ? 

Oui, magnifiquement bien, même s’il est redoutable et nécessite du temps de préparation pour ses passages d’une grande vélocité. On y sent l’intelligence instrumentale et sensible de la compositrice. Pourtant, je ne pourrais pas le comparer à quoi que ce soit d’autre dans le répertoire. Il y a des modes de jeu qui sont singuliers, notamment dans les passages les plus virtuoses, que je n’ai pas retrouvé ailleurs et qui sont très proches de l’écriture du piano.

La sélection streaming : Liège, Lille, Cologne et Montpellier 

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La sélection streaming de la semaine nous emmène à l’Opéra de Liège où le concert de la soprano Saioa Hernández sous la direction de Daniel Oren est toujours en ligne jusqu’au 27 avril avec, au programme, des airs Verdi, Ponchielli, Giordano et Puccini.

A Lille, l’Orchestre National de Lille sous la  direction de  David Reiland accueillait au piano, la jeune Marie-Ange Nguci dans le concerto n°20 de Mozart. 

A Cologne, l’Orchestre du Gürzenich accueillait la formidable violoncelliste Raphaela Gromes pour le Concerto pour violoncelle de Schumann. La phalange allemande était dirigée par Michael Sanderling qui propose également Bernhard Gander et Franz Schubert.     

https://www.youtube.com/watch?v=XBMixHdDer4&t=648s

A Montpellier, le Choeur Opéra National Montpellier Occitanie, sous la direction de la cheffe Noëlle Gény et avec Valérie Blanvillain au piano, propose des extraits du rare From the Bavarian Highlands d'Edward Elgar.