Une destinée peu commune
Lundi dernier, la mezzo-soprano Barbara Smith Conrad est décédée à l'âge de 79 ans. Grande artiste de la scène lyrique américaine, elle s'est produite régulièrement au Metropolitan Opera et consacrait une grande partie de ses activités à l'enseignement.
Et son nom reste associé à la lutte contre les discriminations raciales aux Etats-Unis.
A 19 ans, Barbara Smith Conrad est choisie pour interpréter le rôle de Didon dans une production scolaire de Didon et Enée de Purcell à Austin (Texas). Mais après des mois de répétition et à deux semaines du début des représentations, elle en est écartée : elle est afro-américaine et son partenaire sur scène est blanc, ce qui ne passe pas auprès de plusieurs étudiants qui refusent de les voir ensemble sur scène. Joe Chapman, député démocrate, et Logan Wilson, président de l’Université, décident du spectacle pour éviter une « mauvaise publicité » à l’école, qui se prépare à voter son projet de finance. Elle reçoit des menaces téléphoniques et doit faire faire à des actes d'intimidation. J’ai ressenti une telle souffrance, confie-t-elle en 1998, j’ai pleuré intérieurement pendant des années.
Mais les médias nationaux l'apprennent et relaient l'information. Les voix s’élèvent alors contre l’attitude de l'Université, suivies de manifestations d’étudiants, pétitions, prise de parole publique de huit législateurs et Barbara Smith Conrad devient une figure de la lutte contre la ségrégation raciale.
Harry Belafonte lui propose alors de financer ses études dans l'université de son choix. Mais elle décide de rester à l’Université du Texas et y obtient son diplôme de musique en 1959. Sa carrière l’emmène sur les scènes du monde entier, du Metropolitan Opera à l’Opéra de Vienne, de Porgy and Bess, à Rigoletto ou Carmen.
Dans les années 80, l’Université du Texas lui présentera ses excuses en créant une Bourse à son nom.