Le premier disque du duo Ermitage : une aventure musicale dans l’univers franco-slave 

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"Ermitage".Francis Poulenc (1899-1963), Sonate pour violoncelle et piano  FP 143 ; Nikolai Roslavets (1881-1944), Sonate pour violoncelle et piano n°1 ;  Sergei Rachmaninov (1873-1943), Sonate pour violoncelle et piano op.19. Paul-Marie Kuzma, violoncelle, et Ionah Maiatsky, piano.  2025. Livret en français. 67’44”. Scala Music.

Le violoncelliste Paul-Marie Kuzma et le pianiste Ionah Maiatsky forment le duo Ermitage depuis 2018. Issus du Conservatoire National Supérieur de Musique et de danse de Paris, ils remportent en 2022 le 2e prix au Concours international de musique de chambre de Lyon. Un prix spécial, celui de La Belle Saison, leur a ouvert la porte de nombreuses salles.

Pour leur premier disque chez Scala Music, en collaboration avec l’Académie de Villecroze, ils ont choisi un programme peu banal qui reflète leurs origines, française et slave : la Sonate de Poulenc, la première Sonate de Nikolai Roslavets (1881-1944) et la Sonate de Rachmaninov op. 19. Ces compositions du XXe siècle, fort différentes l’une de l’autre dans leurs styles, leurs caractères et leurs atmosphères, constituent un mini-panorama d’œuvres modernes pour violoncelle et piano.

Ils nous invitent d’emblée dans la brièveté des instants avec les motifs courts de Poulenc, qui a esquissé cette Sonate dès 1940, dont la composition s’est prolongée jusqu’en 1948. La Seconde Guerre mondiale est passée par là, mais la partition reste sereine. Kuzma et Maiatsky s’y expriment avec un lyrisme évident, notamment dans le deuxième mouvement intitulé Cavatine. La vocalité du violoncelle s’épanouit dans un soutien infaillible du piano. Après une certaine nonchalance et un sourire légèrement ironique du troisième mouvement Ballabile, l’élégance typique de Poulenc revient, pour céder momentanément à un air plus grave et sérieux.

Cette gravité se retrouve tout au long de l’œuvre de Roslavets. Le compositeur soviétique d’origine ukrainienne, accusé d’être contre-révolutionnaire suite à son opposition aux musiciens prolétariens, voit ses partitions bannies. Son langage personnel symboliserait le bouleversement d’un ordre préétabli. Il va clairement vers l’atonalité de Schoenberg mais ne franchit pas totalement le pas. Nos deux musiciens sont saisissants dans l’expression de ce conflit esthétique aussi bien que d’un tourment intérieur, dans une admirable adéquation entre les deux instruments.

Cette unité est intacte dans la Sonate que Rachmaninov a composée en 1901. La virtuosité va de pair avec l’exaltation romantique, telle une infinie nostalgie d’un monde en train de disparaître. La sonorité profonde du violoncelle trouve un écho dans le piano équilibré, les deux musiciens livrent une version passionnée mais merveilleusement maîtrisée.

Un tel disque suscitera inévitablement l’envie de suivre l’évolution du duo Ermitage.

Son : 9 Notice : 8 Répertoire : 10 Interprétation : 9

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