La musique spirituelle de Thomas Adès

par
Asyla

Thomas ADES
(°1971)
Asyla, Op. 17 – Tevot – Polaris – Brahms
London Symphony Orchestra, Thomas Adès, direction – Samuel Dale Johnson, baryton
2016-SACD et Blu-Ray-62’55-Textes de présentation en anglais, allemand et français-LSO –Live-LSO 0798

Un florilège de sonorités issu d’un long questionnement sur comment écrire la musique de nos jours en tentant notamment d’innover sur des sujets qui suscitent la réflexion, voilà ce qui ressort à l’écoute de la musique de Thomas Adès. Thomas Adès est né en 1971 et se distingue en qualité de compositeur mais aussi de chef d’orchestre. Pianiste de formation et compositeur reconnu, il reçoit très rapidement de nombreuses commandes de grandes institutions musicales, sa musique faisant le tour d’orchestres tels que le Symphonique de Birmingham, les Philharmoniques de New-York et Los Angeles… A seulement 46 ans, Thomas Adès est titulaire de récompenses prestigieuses : Grawemeyer Award et le Prix de la Royal Philharmonic Society pour Asyla, le prix de composition Ernst von Siemens pour Arcadiana, un Grammophone Award pour le cd consacré à The Tempets ou encore le prix musical Léonie-Sonning. Si le C.V. est impressionnant, sa musique et son imaginaire sonore le sont encore davantage. A 26 ans, il écrit Asyla, sa première symphonie en quatre mouvements. Entre cosmique et surréalisme, on est ici au cœur des asiles hostiles et/ou bienveillants, ces lieux de sécurité, de confinement comme la salle de concert ou la boite de nuit, que le compositeur apprécie d’illustrer. L’asile, c’est aussi comme le rappelle l’excellent texte de présentation, une forme, une structure, ici une symphonie. Entre fantaisie, innovation et instinct, la partition d’Adès démontre surtout beaucoup de délicatesse et de vivacité. Adès explore toute l’étendue instrumentale, en propose de nombreuses combinaisons surprenantes, va au bout du potentiel acoustique. Ici plus qu’ailleurs, l’oreille suit le processus compositionnel à travers un récit qui, sans lecture préalable, impressionne par sa clarté. Dans la même lignée, Tevot (2005-2006) est la seconde symphonie d’Adès, ici en un seul mouvement. Terme hébreu, Tevot (pluriel) peut désigner à la fois des mesures et des mots. Au singulier, Tevah, c’est l’évocation de l’Arche de Noé ou encore la corbeille fabriquée par la mère de Moïse, à nouveau des « lieux de sécurité » transportant des biens précieux. Polaris date de 2010 et se dessine comme un « voyage spatial en sons » en relation aux « constellations célestes pour la navigation maritime, ainsi que la navigation émotionnelle entre les marins, absents, et ceux qu’ils ont laissés derrière eux… » Enfin, Brahms (2001) est un portrait du compositeur allemand sur un poème d’Alfred Brendel, commande de Luciano Berio et Harrison Birtwistle dont l’originalité réside dans la manière dont Adès a construit son architecture : « Je me suis demandé ce qui se passerait si j’écrivais une pièce qui n’évoque que la logique de la musique de Brahms, pas sa beauté ni sa chaleur ». A la tête du London Symphony Orchestra, Thomas Adès a toutes les cartes en main pour aller au bout de sa pensée et créer son idéal sonore. Si nous lui faisons confiance sur les choix de tempi et l’interprétation générale qu’il propose, on saluera la brillance et l’expertise de tous les pupitres de l’orchestre qui démontrent à nouveau un savoir-faire et une pratique d’orchestre des plus impressionnants. Les plans sont clairs, soignés et ne souffrent visiblement à aucun moment de doute ou d’hésitation. La lecture est franche, à l’image des partitions. Pour Brahms, le baryton Samuel Dale Johnson rejoint le plateau avec une voix solide et tout en délicatesse. Une découverte !
Ayrton Desimpelaere

Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 10

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