Chaque année se tiennent au mois de février les Flagey Piano Days, cinq journées passionnantes pour les pianophiles qui se se réjouissent tout autant de retrouver dans le cadre du paquebot des Étangs d’Ixelles aussi bien des grands noms à la réputation établie que de découvrir des talents prometteurs.
Pour cette édition, notre choix s’était porté sur deux pianistes de premier ordre qui, curieusement, ne s’étaient encore jamais produits dans l’acoustique parfaite du Studio 4 de ce qui fut la Maison de la radio.
Pour ouvrir ces Piano Days, les organisateurs avaient fait appel à András Schiff, un pianiste dont la longue carrière a été l’illustration non seulement de dons musicaux et pianistiques hors du commun, mais aussi d’une volonté d’aborder les oeuvres dans un remarquable mélange de modestie, d’érudition et de volonté d’interroger les textes au plus près sans jamais vouloir briller aux dépens de l’intégrité musicale. (Ceux qui aimeraient en savoir plus sur les conceptions de ce grand artiste pourront liront avec intérêt le livre LaMusique naît du silence publié chez Alma Nuvis en 2018, regroupant des entretiens de Schiff avec le critique Martin Meyer et des textes dûs au pianiste lui-même.)
Pour ce récital donné devant une salle comble au point que des chaises avaient été rajoutées sur la scène et auquel assistaient également le Roi Philippe et la princesse Eléonore, András Schiff n’avait pas prévu de programme à l’avance et prit chaque fois la parole dans un très bel anglais -on n’est pas Sir András Schiff pour rien- pour annoncer les morceaux interprétés. Le récital s’ouvrit par le Caprice sur le départ de son frère bien-aimé BWV 992 de Bach, compositeur que Schiff a toujours superbement défendu, combinant son impeccable formation pianistique à l’Académie de Budapest avec un apprentissage ultérieur auprès du claveciniste britannique George Malcolm. Dès l’abord, on ne peut qu’admirer la sonorité pleine et riche, l’articulation soignée, le parfait équilibre des voix et la souplesse féline du pianiste. Suit alors la Sonate N° 17 en si bémol majeur K. 570 de Mozart. Dans l’Allegro introductif, Schiff fait entendre un Mozart sobre et précis, sans joliesse indue. Les traits de virtuosité sont invariablement limpides et d’une irréprochable égalité. Après un Adagio d’une belle et digne simplicité, l'œuvre se conclut sur un Allegretto, abordé avec gaieté mais sans exubérance, montrant à quel point Schiff prend le compositeur au sérieux.
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonates K. 310 et 311 ; Fantaisies K. 396 et 397 ; Sonates K. 330 à 333. Angela Hewitt, piano. 2022. Notice en anglais, en français et en allemand. 155’ 55’’. Un album de deux CD Hyperion CDA68421.
Love Songs. Robert Schumann (1810-1856), arr. Franz Liszt (1811-1886) : Liebeslied ‘Widmung’ S566 ; Frühlingsnacht. Robert Schumann, arr. Leopold Godowski (1870-1938) : Du bist wie eine Blume op. 25 n° 4. Franz Schubert (1797-1828), arr. Franz Liszt : Ständchen ‘Leise flehen’, seconde version S560 n° 7. Franz Schubert, arr. Gerald Moore (1899-1987) : An die Musik D547. Richard Strauss (1864-1949), arr. Walter Gieseking (1895-1956) : Freundliche Vision op. 48 n° 1. Richard Strauss, arr. Max Reger (1875-1916) : Morgen ! op. 27 n° 4 ; Nachtgang op. 29 n° 3 ; Allerseeelen op. 10 n° 8 ; Cäcilie op. 27 n° 2. Christoph Willibald Gluck (1714-1787), arr. Wilhelm Kempff (1895-1991) : Lamentation d’Orphée & Danse des esprits, d’après Orfeo e Euridice. Gottfried Heinrich Stölzel (1690-1749), arr. Angela Hewitt (°1958) : Bist du bei mir, tiré de Diomedes. Gustav Mahler (1860-1911), arr. Angela Hewitt : Adagietto de la Symphonie n° 5. Edvard Grieg (1843-1907) : Dernier printemps op. 34 n° 2 ; Ich liebe dich op. 41 n° 3. Gabriel Fauré (1845-1924), arr. Percy Grainger (1882-1961) : Nell op. 18 n° 1. Manuel de Falla (1876-1946), arr. Ernesto Halffter (1905-1989) : Siete canciones populares españolas, extraits. George Gershwin (1898-1937), arr. Percy Grainger : Love walked in. Percy Grainger, arr. Alexander Siloti (1863-1949) : Irish tune from County Derry. Angela Hewitt, piano. 2020. Notice en anglais. 75.57. Hyperion CDA68341.